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Rimbaud, Arthur
PLAISIRS DU JEUNE ÂGE. 7 DESSINS MANUSCRITS AUTOGRAPHES. [1865.]
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PLAISIRS DU JEUNE ÂGE. 7 DESSINS MANUSCRITS AUTOGRAPHES. [1865.]
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Rimbaud, Arthur
PLAISIRS DU JEUNE ÂGE. 7 DESSINS MANUSCRITS AUTOGRAPHES. [1865.]
2 pages sur un feuillet in-8 (200 x 152 mm). 5 dessins à l’encre sur le recto ; 2 sur le verso, l’un à l’encre, l’autre à la mine de plomb. Légendes autographes, ainsi que, probablement, le titre Plaisirs du jeune âge à la mine de plomb. Encre et plume. Signé "A. Rimbaud" en bas à droite.
Trace d'onglet, pliure médiane.

Rarissimes et très émouvants dessins originaux.

Le Cahier des dix ans. Ces deux pages illustrées proviennent d’un cahier de brouillons qui fut un temps appelé Cahier des dix ans et dont n’ont survécu que 8 feuillets. Étant donné que les textes correspondent au programme scolaire du dernier trimestre de la classe de sixième, on a pu dater le cahier de 1865, alors que Rimbaud avait dix ans et demi (Œuvres complètes, Pléiade, p. 1006). Sans que l’on sache s’ils sont exactement contemporains du reste du cahier, les dessins figuraient sur le dernier des 8 feuillets. Le cahier appartint à Jacques Guérin. À sa vente, les feuillets manuscrits furent vendus au Musée-bibliothèque Arthur-Rimbaud de Charleville-Mézières (vente VII, 20 mai 1992, lot 93), tandis que la feuille de dessins, qui avait été séparée par le collectionneur, a été présentée aux enchères plus tard (28 mars 2007, vente où l’actuel propriétaire en fit l’acquisition). Ces dessins ne furent publiés que tardivement, entre 1956 et 1998.

Le monde d’un poète de 10 ans. Ces dessins reflètent l’univers d’un enfant de son âge : jeux imitant la vie des adultes (le baptême de la poupée), glissades en traîneau, jeux de navigation, balançoire ou jardinage. Plus précisément, le jeune garçon évoque son entourage familial : L’Agriculture montre peut-être Arthur avec son frère Frédéric et ses deux petites sœurs, Vitalie la cadette, Isabelle l’aînée ; la prononciation ardennaise des dialogues accentue aussi l’enracinement autobiographique. On y décèle un regard déjà mature, critique, voire inquiet, avec une parodie de la religion, une noyade, une révolte civile, etc.

L’un des 5 documents illustrés connus et authentifiés de Rimbaud. Comme les manuscrits de Rimbaud, ses dessins authentiques sont d’une infime rareté. Seuls 5 ensembles sont reconnus comme parfaitement authentiques :
- [1864-1865] Plaisirs du jeune âge, provenant du Cahier des dix ans ;
- [1871] croquis dans les marges de l’Album Zutique (collection privée) ;
- [1873] un Jeune cocher de Londres (ancienne collection Pierre Belfond, Artcurial, 17 février 2012, lot 105) ;
- [1873 et 1875] 2 lettres illustrées à Ernest Delahaye (conservées à la B.n.F.).
On connaît aussi quelques "décalques" d’après des périodiques illustrés, sans que l’on puisse distinguer qui, d’Arthur, de son frère ou de ses sœurs en est l’auteur. Plus tard, quand il envisage de quitter l’Afrique, Rimbaud réalise aussi deux dessins plus techniques, notamment celui de sa civière, conservé au Musée-bibliothèque Arthur-Rimbaud.
Les croquis de Rimbaud illustrent souvent les lettres qu’il adresse à ses amis ; ils n’ont qu’exceptionnellement une valeur intrinsèque et autonome, comme ces Plaisirs du jeune âge ou le Jeune cocher de Londres. Une autre caractéristique de la production réside dans sa dimension caricaturale. Parodies d’activités adultes, les Plaisirs du jeune âge esquissent une réflexion sur l’enfance, confrontée à l’âge mûr et montrent déjà une rébellion par rapport au monde des adultes.

Une bande-dessinée rimbaldienne. Très narratifs, isolés dans une case, certains accompagnés de dialogues inscrits dans des "bulles", les dessins sont également surmontés d’un titre souligné. Cette présentation révèle une conscience littéraire particulièrement précoce.

1. "Le Traîneau". (Case de 73 x 76 mm). Encre.
"Ce dessin à la plume, sur lequel un collégien tire une luge portant une fillette, parodie la légende nordique de Malgven, la "fille du Nord" incarnée par la fillette. Dans cette légende, Gardlon, roi de Cornouaille, et Malgven, la reine du Nord aux longs cheveux roux, souveraine régnant sur les pays froids, enfourchent le cheval magique Morvac’h ("cheval de mer"), remplacé sur le dessin par le garçon. "Vive la reine du Nord !" s’exclame la fillette. "Nous allons naufrager", s’écrie le garçon." (J.J. Lefrère, Les Dessins d'Arthur Rimbaud, p. 16 ; dessin reproduit p. 17.)
Première publication en 1956 : La Grive, n° 90.

2. "La Balançoire". (Case de 73 x 76 mm). Encre.
"Une fillette se dandine sur une chaise accrochée à la poignée d’une porte et faisant fonction d’escarpolette : "Ah ! che tumbe", s’écrie-t-elle. "Tin toi d un min", lui conseille le garçon en levant les bras au ciel. Ce sont en effet les plaisirs du jeune âge, mais bien curieuse est cette parodie de l’accent ardennais -- si c’en est réellement une, comme […] la lettre que Rimbaud adressa, en mai 1973, à son ami d’enfance Ernest Delahaye." (Idem, p. 18 ; dessin reproduit p. 19.)
Première publication en 1982 : Rimbaud vivant, "Dessins inédits de Rimbaud", n° 21.

3. "La Messe". (Case de 41 x 76 mm). Encre.
"Deux fillettes sont agenouillées sur un prie-Dieu. L’une tend une poupée au garçon qui joue les vicaires et lit un livre à haute voix. Elle lui déclare : "Faut baptiser ça" [la poupée]." (Idem, p. 22 ; dessin reproduit p. 23.)
On peut aussi voir dans cette parodie de messe l’embryon de l’anticléricalisme de Rimbaud que l’on retrouvera déjà vers 1869 dans sa nouvelle Un cœur sous une soutane (Œuvres complètes, p. 21-67), et plus tard dans Les Premières Communions.
Première publication en 1982 : Rimbaud vivant, "Dessins inédits de Rimbaud", n° 21.

4. "L’Agriculture". (Case de 84 x 76 mm). Signé. Encre.
Peut-être le premier autoportrait de Rimbaud.
"Ce dessin à la plume est le seul que Rimbaud signa, sans doute parce qu’il était logique que la signature de l’"artiste" figurât en bas de page, sur le dessin de droite. Il montre deux collégiens en uniforme et deux fillettes s’affairant autour d’une plante posée sur le rebord d’une fenêtre. Si ce sont là les quatre enfants Rimbaud, il s’agit du premier autoportrait connu du futur auteur de Ce qu’on dit au Poète à propos de fleurs. On serait cependant bien en peine de dire lequel des deux garçons est Arthur, lequel est son frère Frédéric." (Idem, p. 24 ; dessin reproduit p. 25.)
Première publication en 1973 : Rimbaud vivant, n° 1.

5. "Le Siège". (Case de 126 x 76 mm). Encre.
"Notre préféré de la série, pour des raisons que nous ne nous expliquons pas en espérant que ce n’est pas pour la violence qu’il exprime. Du premier étage d’une maison, quatre personnages lancent sur des passants des projectiles qui semblent être des assiettes (ou des pommes de terre). L’un de ces derniers, porteur d’un chapeau haut de forme, la trouve mauvaise : "Faudra s’plainde de ça"." (Idem, p. 20 ; dessin reproduit p. 21.)
Ajoutons que les quatre personnages pourraient aussi bien être les quatre enfants Rimbaud (voir L'agriculture) jetant, tels de petits vauriens, des projectiles sur les passants ; coiffé d'un chapeau haut de forme, l'une des victimes pourrait représenter un bourgeois. Ici aussi, la prononciation ardennaise est singée ("plainde" pour "plaindre").
Première publication en 1982 : Rimbaud vivant, "Dessins inédits de Rimbaud", n° 21.

6. "Navigation". (Case de 73 x 76 mm). Au verso du feuillet. Encre.
"Ce dessin à la plume, qui figure, comme le suivant, sur le verso de la feuille, clôt la série des Plaisirs du jeune âge. Il appartient bien à cette série, puisqu’il est, lui aussi, titré et encadré, à la différence du dessin qui suit. On y voit deux enfants couchés dans une barque et levant les bras en signe de détresse, l’un criant "au secours"." (Idem, p. 26 ; dessin reproduit p. 27.)
Si quelques commentateurs ont vu dans cette embarcation une préfiguration du Bateau ivre, il est en tous cas certain qu’elle s’inspire des jeux de Rimbaud au bord de la Meuse qui longe le collège de Charleville où le poète entre en 1865 : "Arthur et Frédéric, toujours impeccablement vêtus, s'amusaient à monter dans une barque amarrée à la rive" (Album Pléiade, p. 15).
Première publication en 1982 : Rimbaud vivant, "Dessins inédits de Rimbaud", n° 21.

7. [Sans titre]. (100 x 100 mm). Au verso du feuillet. Mine de plomb.
"Le dernier dessin, le seul sans titre et le seul au crayon, est aussi d’une facture différente des autres. Tenant surtout de l’ébauche, il apparaît moins soigné que ceux de la série de Plaisirs du jeune âge, et surtout plus hermétique de sens. On y voit une femme assise par terre, dans une esquisse de bosquet, la main sur le front, comme si elle exprimait sa douleur, sa surprise ou son indignation, tandis qu’au premier plan un individu semble prendre le large à pas de loup et à grandes enjambées." (Idem., p. 28 ; dessin reproduit p. 29.) "Il n’est pas le moins intéressant." (Idem, p. 14).
Le personnage à l'avant-plan pourrait aussi être un patineur sur glace, dans l'esprit des enfants en traîneau ou en barque.
Première publication en 1998 : Passion Rimbaud, p. 25.

Exceptionnels dessins originaux d'un poète de 10 ans.

Provenance : Jacques Guérin. -- Drouot, Pierre Bergé & Associés, 28 mars 2007, lot 112.

Références Album Rimbaud. Gallimard, Pléiade, 1967, repr. partiellement p. 17. -- Cl. Jeancolas, Passion Rimbaud : l'album d'une vie. Textuel, 1998, repr. partiellement p. 19. -- J.-J. Lefrère. Arthur Rimbaud. Fayard, 2001, p. 55-57 ; repr. partiellement dans le cahier iconographique. -- A. Rimbaud. Œuvres complètes. Éd. de St. Murphy. Champion, 2002, dessins reproduits dans IV, Fac-similés, repr. p. 127-128 ; voir aussi p. 500-501. -- J.-J. Lefrère, Les Dessins d'Arthur Rimbaud. Flammarion, 2009. -- A. Rimbaud, Œuvres complètes. Éd. de A. Guyaux, avec A. Cervoni. Gallimard, Pléiade, 2015.


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