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Apollinaire, Guillaume
LES TROIS DON JUAN. PARIS, BIBLIOTHÈQUE DES CURIEUX, COLLECTION "L'HISTOIRE ROMANESQUE", 1914 [1915].
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Apollinaire, Guillaume
LES TROIS DON JUAN. PARIS, BIBLIOTHÈQUE DES CURIEUX, COLLECTION "L'HISTOIRE ROMANESQUE", 1914 [1915].
In-8 (226 x 143 mm). Chagrin bleu mosaïqué représentant Don Juan tombant dans les Enfers, en veau noir, chagrin jaune et rouge, filets dorés, couverture conservée, étui (Reliure amateur postérieure).

Exemplaire de Madeleine Pagès, avec envoi, enrichi de deux remarquables dessins originaux, datant de mai-juin 1916.
Exemplaire inconnu des bibliographes.

Édition originale de ce livre publié en octobre 1915. Ces histoires de Don Juan sont des copiés/collés réécrits et unifiés, et accompagnés d’illustrations hors texte d’après Goya, Boucher, Vernet, Deveria, Delacroix, etc. Extrait du catalogue des éditions en fin du volume.

Bel envoi autographe signé d’Apollinaire à Madeleine Pagès :

"A ma très chère petite fée
Madeleine
exquise et belle amie secrète
de raisins noirs coiffée
avec l’affection de son
poète voyageur
Gui. Apollinaire
[souligné 2 fois]".

Apollinaire rencontre Madeleine Pagès (1892-1965) dans un train le 2 janvier 1915, quand, au terme d'une courte permission passée avec sa maîtresse Lou, il rejoint son régiment basé à Nîmes. S’ensuivent à partir d’avril une correspondance très riche en poèmes (près de 50, qui seront repris dans Calligrammes) et, en juillet, une déclaration d’amour puis, en août, sans qu’il ait même revu Madeleine, une demande en mariage. Fin décembre 1915, il traverse la Méditerranée pour la rejoindre à Oran, où il reste une quinzaine de jours. Il ne la reverra jamais plus : revenu au front, il est blessé d’un éclat d’obus le 17 mars 1916 et meurt le 9 novembre 1918 sans avoir revu Madeleine, dont il avait refusé la visite à l’hôpital.

Cet exemplaire des Trois Don Juan est le second qu’Apollinaire ait envoyé Madeleine Pagès, puisque le 21 octobre 1915, il lui a déjà adressé un exemplaire portant cet envoi plus sobre : "À Madeleine, Ce livre d’infidélité En témoignage de la Fidélité Gui" (Correspondance générale, n° E320 ; voir la lettre n° 1227 qui date ce premier cadeau : "Je t’envoie aujourd’hui un livre qui était sous presse avant la guerre et qui vient de paraître. C’est sans valeur mais t’amusera peut-être venant de moi."). L’aquarelle qui revêt ce second exemplaire permet de dater l’envoi de mai-juin 1916, période à laquelle il pratique l’aquarelle durant son hospitalisation suite à sa blessure de guerre (Debon-Read, "La couleur à l’hôpital", p. 123 ; P. Read, p. 212).

Petit calligramme : se disant "poète voyageur" (en allusion à son voyage à Oran en décembre 1915), Apollinaire écrit ces mots comme un petit calligramme, avec les lettres qui s'entrecroisent. L’expression "ma fée / De raisin noir coiffée" est tirée du poème qu’il lui a adressé le 12 août 1915 du front : "C’est une nuit d’orage / Le Tonnerre fait rage / La Mitrailleuse aussi / Mais je suis bien ici / Je pense à vous ma fée / De raisin noir coiffée" (Correspondance générale, n° 1065 ; Œuvres poétiques, p. 616 ; voir aussi p. 622).  L'envoi qualifie Madeleine d’"exquise et belle amie secrète" parce que l’institutrice, qui vivait à Oran avec sa mère et ses jeunes frères, voulait que le poète ne parle pas d’elle, ni à ses amis, ni dans les revues : plusieurs des poèmes qu’il lui consacre sont des "poèmes secrets" (Œuvres poétiques, p. 622-637).
Contrairement à ce qui est souvent dit, l’exemplaire montre donc qu’Apollinaire ne se détache pas si vite qu’on le pensait de Madeleine : leur relation s’est prolongée au moins jusqu’à l’été 1916 (voir aussi Debon-Read, le Puisque je t’aime aquarellé qu’il lui envoie en mai 1916, ibidem).

Deux dessins originaux inédits enrichissent l’exemplaire :

Cheval et palmiers. Aquarelle originale, signée "Gui", à pleine page au faux-titre.
Le cheval est peint hennissant dans toute sa fougue, sa force virile et son ardeur érotique flamboyantes, parmi un décor mauresque de palmiers et un soleil éclatant comme un obus ; il s’agit évidemment d’une incarnation du poète, dans un paysage qui évoque Oran où vit Madeleine. Cavalier à l’armée, Apollinaire se représente souvent à cheval (voir par exemple Debon-Read, p. 104, 110, 124, 128-131). L'un des poèmes qu'il envoie à Madeleine évoque un cheval : "pour la cavalcade / qui me ramènera près de vous" (Œuvres poétiques, p. 614).

Autoportrait en brigadier d’artillerie avec Madeleine, un cheval et un canon. Dessin à la mine de plomb, avec rehauts de crayon bleu, à pleine page sur la page de titre.
Dédicace autographe signée : "À ma Vénus africaine, Gui", faisant allusion à nouveau à Oran.
Guerre et amour : les obsessions du poète. Pointé vers Madeleine, tel un phallus proéminant (faisant penser à celui du cheval du dessin précédant), le canon semble avoir davantage une portée sexuelle que militaire, ce que renforce encore le cheval, autre incarnation du poète. La page est dominée par le portrait de Madeleine, d’une échelle plus imposante que les trois autres éléments. Dans sa lettre du 19 octobre 1915, Apollinaire s'est extasié devant sa photographie qu'elle lui a envoyée : "on voit peu, mais j'ai vu tes seins sous la transparence de la blouse, tes seins exquis ; les vrais seins de la Vénus de Praxitèle et tes bras et ton cou adorable."

Références : G. Apollinaire. Correspondance générale, éd. de V. Martin-Schmets, Champion, 2015. -- Œuvres poétiques, éd. M. Adéma et M. Décaudin, Pléiade, 1965. -- Cl. Debon et P. Read, Les Dessins d’Apollinaire, Buchet-Chastel, 2008. -- P. Read, Apollinaire, lettres, calligrammes, manuscrits. Textuel, 2016.


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