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APPARTENANT À UNE COLLECTION ARISTOCRATIQUE

Adélaïde Labille-Guiard
PORTRAIT DE LA DUCHESSE D'AIGUILLON (1770-1814)
Estimation
200 000300 000
Lot. Vendu 657,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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APPARTENANT À UNE COLLECTION ARISTOCRATIQUE

Adélaïde Labille-Guiard
PORTRAIT DE LA DUCHESSE D'AIGUILLON (1770-1814)
Estimation
200 000300 000
Lot. Vendu 657,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Tableaux, Sculptures et Dessins Anciens et du XIXe siècle

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Paris

Adélaïde Labille-Guiard
PARIS 1749 - 1803
PORTRAIT DE LA DUCHESSE D'AIGUILLON (1770-1814)
Signé en bas à gauche Labille dite Guiard
Huile sur sa toile d'origine
73 x 60 cm ; 28 3/4 by 23 5/8 in.
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Provenance

Collection Eugène Kraemer (1852-1912), Paris ;
Sa vente, Paris, Galerie Georges Petit, 28-29 avril 1913, lot 27 (25 500 francs) ;
Collection de Mme Vagliano (probablement Danäe ou Hélène Vagliano, Cannes) ;
Collection Cailleux, Paris ;
Collection Visconti di Modrone.

Exposition

Paris, Bagatelle, Portraits de femmes sous les trois Républiques, 1909, n° 126 repr., p. 30 ou 50 (en fonction de l'édition) ;
Copenhague, Palais de Charlottenbourg, Exposition de l’art français du XVIIIe siècle, 25 août au 6 octobre 1935, n° 104 ;
Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek, Portraits français de Largillière à Manet, Copenhague, 15 octobre au 15 novembre 1960, n° 26 ;
Rome, Palazzo Venezia, Il ritratto Francese da Clouet à Degas, 1962-1963, n° 114 repr.

Bibliographie

R. Portalis, Adélaïde Labille-Guiard, Paris, 1902, p. 72 ;
La Revue hebdomadaire, 12 juin 1909, supplément illustré, repr. n° 20.095 ;
G. Mourey, « Exposition rétrospective de portraits de femmes sous les trois Républiques »,Les Arts, juillet 1909, no. 91, p. 29, repr. p. 25 ;
G. Grappe, « L’Art français du XVIIIe siècle », Exposition de Copenhague, L’amour de l’art, juillet 1935, n° 7, p. 250, pl. 50 ;
A.-M. Passez, Adélaïde Labille-Guiard 1749-1803. Biographie et Catalogue raisonné de son œuvre, Paris, 1971, no. 113, p. 236, repr. pl. XC, p. 237.

Description

Adélaïde Labille-Guiard (fig. 1), au même titre que sa consœur Elisabeth Vigée Le Brun, fait partie de ces rares femmes peintres qui ont réussi à se faire un nom au XVIIIe siècle et à parvenir à être nommée académicienne. Le portrait que nous présentons est celui d’une deuxième personnalité féminine particulièrement intéressante. Jeanne-Victoire-Henriette de Montaut de Navailles, vicomtesse de Saint-Martin d’Arberonne, baronne d’Assat et de Mirepeix, devenue plus tard duchesse d’Aiguillon, était en effet l’une des femmes les plus en vue à son époque, membre de l’aristocratie parisienne et véritable icône de beauté. Fille du baron de Mirepeix, elle épousa en 1785 le comte Armand Désiré de Vignerot du Plessis de Richelieu, comte d’Agenois, devenu duc d’Agenois en 1785 et d’Aiguillon en 1788. Ce dernier, paire de France, a marqué l’Histoire car il fut l’un des premiers à proposer l’abolition des titres.


Adélaïde Labille-Guiard fut admise en 1769 à l’Académie de Saint-Luc et en 1783 à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Cette jeune femme au caractère bien trempé était et reste souvent comparée à Vigée Le Brun, alors peintre de la reine. Labille-Guiard quant à elle devint peintre de « Mesdames », les tantes du roi Louis XVI. Grâce à ce titre acquis en 1787, mais aussi aux nombreux contacts qu’elle se créa dans le milieu artistique et mondain de l’époque, la talentueuse portraitiste reçut alors des commandes de multiples personnalités de la noblesse. Plus tard, elle sympathisa avec les idées révolutionnaires et, contrairement à Vigée Le Brun, demeura en France.

Notre tableau est signé « Labille dite Guiard » et constitue, selon le baron Roger Portalis, biographe du peintre, « l’une des plus réussies de ses peintures » (voir bibliographie). Le splendide portrait représente une dame au port altier, vêtue d’une toilette très simple. Ni l’éventail fermé, ni la discrète boucle d’oreille n’indiquent le rang du modèle : seule la distinction naturelle qui émane de sa présence pourrait être un indice laissé par le peintre. La duchesse était particulièrement intégrée dans les milieux à la mode en cette fin d’Ancien Régime. Elle accéda au cercle choisi du Palais-Royal par l’entremise de son mari, ami intime du duc d’Orléans, le « régicide » Philippe-Egalité. Elle se lia avec la comtesse Charles de Lameth – également portraiturée par Labille-Guiard – avec laquelle elle vécut pendant la Révolution au château de Busagny, près de Pontoise.

Grâce à la coiffure bouclée et au costume, le tableau peut être daté de 1790. On remarquera également la parenté manifeste de ce portrait avec celui de Madame de Genlis, signé et daté par l’artiste (« Labille dme Guiard 1790 ») [1]. De plus, il est probable que le portrait du mari de la duchesse (lui daté et signé « Labille fme Guiard l’an 2e de la liberté ») [2] ait été peint postérieurement pour lui servir de pendant (fig. 2). Les époux sont en effet représentés symétriquement, à mi-corps et tournés de trois-quarts pour être placés en vis-à-vis. De même, la technique à l’huile a été dans les deux cas privilégiée et les dimensions correspondent, confirmant ainsi la théorie des pendants.

Ne recevant plus de commandes des filles de Louis XV qui avaient fait sa renommée, Labille-Guiard dût former une nouvelle clientèle qu’elle trouve, au second semestre de l’année 1790, en étant introduite dans le cercle du duc d’Orléans. C’est probablement en allant peindre à Bellechasse les portraits de Madame de Genlis et de la princesse Adélaïde d’Orléans qu’elle eût l’occasion de rencontrer certaines personnalités politiques en vogue : le duc d’Aiguillon mais aussi Alexandre, vicomte de Beauharnais, ainsi que Charles et Alexandre de Lameth.

Peu de temps après la réalisation du portrait, Anne-Marie de Lameth et Jeanne-Victoire-Henriette d’Aiguillon furent arrêtées et emprisonnées dans l’ancien couvent des Carmes jusqu’à la fin de la Terreur. Après sa libération, la duchesse rejoignit son mari à Londres et l’accompagna à Hambourg où ils demeurèrent jusqu’à la mort de celui-ci, le 4 mai 1800. Elle se remaria avec Louis, marquis de Girardin, duquel elle eût trois enfants. Un temps dame d’honneur de la reine d’Espagne, Julie Clary, épouse de Joseph Bonaparte, elle décéda en 1818, à l’âge de quarante-huit ans.

Lors de son exil dans l’Oise, le frère des comtes de Lameth, Théodore, se réfugia en 1793 au château de Busagny où séjournait la duchesse. Dans ses mémoires, ce dernier exalte le souvenir de la belle duchesse : « Il me semble voir Madame d’Aiguillon, modèle de toutes les formes imposantes, ravissantes et de tous les charmes de la beauté. Que ne voudrais-je rendre ce que produisait sa mélancolique tristesse, son mépris pour nos oppresseurs, sa noble, sa fière insouciance de ses propres dangers, son honorable effroi des miens et sa tendre compassion »[3]. Et, en effet, la duchesse était réputée pour être l’une des plus belles femmes de son temps ; à tel point que d’aucuns affirment, à son propos de son portrait, tellement emblématique de l’idéal féminin de la seconde moitié du XVIIIe siècle, qu’il serait la « Joconde » (fig.3) du siècle des Lumières.

Le parcours d’Adélaïde Labille-Guiard témoigne de la difficulté pour une femme d’exercer le métier de peintre à l’époque. Grâce à sa pugnacité et à son talent, elle put contredire les calomnies qui la visaient, ces dernières arguant que ses tableaux étaient retouchés par son professeur et futur époux, François-André Vincent. Ces accusations compromettant sa réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture, elle parvint à prouver que les femmes sont autant capables que les hommes, en tirant le portrait des académiciens qui ne purent que constater par leurs propres yeux qu’elle peignait elle-même ses portraits. Ayant en outre défendu en vain devant l’Académie l’ouverture de l’institution à toutes les femmes sans limitation de nombre, la carrière d’Adélaïde Labille-Guiard s’inscrit résolument dans une histoire de l’art au féminin.

[1] Portrait de Madame de Genlis, huile sur toile, 74 x 60 cm ; anciennement dans la collection de Mme Harry Blunt, Bethseda, Maryland ; voir Passez,1971, pp. 232-234, cat. no. 111, repr. Pl. LXXXIX, p. 233.

[2] Portrait du duc d’Aiguillon, huile sur toile, 73 x 60 cm ; anciennement dans une collection privée française ; voir Passez, 1971, pp. 252-253, cat. no. 123, repr. Pl. XCVIII, p. 253.

[3] E. Welwert, Mémoires de Théodore de Lamerth, Paris, Fontemoing, 1913, p. 285 cité in Passez 1971, p. 236.

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