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Bernard Buffet
COUPLE NU ASSIS, 1956
Estimation
80 000120 000
Lot. Vendu 705,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Bernard Buffet
COUPLE NU ASSIS, 1956
Estimation
80 000120 000
Lot. Vendu 705,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Pierre Bergé: From One Home to Another

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Paris

Bernard Buffet
1928 - 1999
COUPLE NU ASSIS, 1956
signé Bernard Buffet et daté 56 en haut au centre ; huile sur toile
199,9 x 160 cm; 78 3/4 x 63 in.
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Provenance

Pierre Bergé, Paris (don de l'artiste)

Exposition

Paris, Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent
Saint-Rémy de Provence, Musée Estrine, Bernard Buffet, la collection Pierre Bergé, 2018

Bibliographie

Jérôme Coignard, Bernard Buffet, Les années 1950, Entretien avec Pierre Bergé, Paris, 2016, no. 16, reproduit p. 33

Description

L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par la Galerie Maurice Garnier.




Portrait anonyme de deux êtres aussi nus que stéréotypés dans leur vulgarité (au sens latin du terme), Couple nu assis est une œuvre majeure. Nimbé d’un silence accru par l’évidente incommunicabilité de l’homme et de la femme qui se font face, cette toile est à elle seule un manifeste de modernité.

D’un format imposant, comparable à celui d’un retable (rappelons que Bernard Buffet expose la suite de la Passion du Christ en 1951) ou d’un tableau d’histoire, Couple nu assis est dépouillé de toute religiosité et de toute narration. C’est cette absence de prétexte précisément qui lui confère une valeur moins relative qu’absolue. Bernard Buffet connait bien les Primitifs flamands. Grünewald bien sûr et son expressionnisme exacerbé. Mais aussi Cranach. En attribuant des valeurs et un prénom (Adam et Eve) aux protagonistes d’une scène peu ou prou dénuée d’action (le geste de l’homme est en vain), c’est à lui que l’on songe. Mais encore faudrait-il que la confrontation se déroulât dans un jardin plutôt que sur le sol fuyant d’un parquet. L’arrière-plan ajoute à l’absence de décor. Peut-être le mur est-il chaud ou froid. Encore est-il désespérément nu. Il faudra rechercher ailleurs et inventer une autre mythologie pour comprendre ce qui se trame. Au même moment, il y a Giacometti et Balthus pour inventer des mondes avec des lignes de fuite et des espaces clos. A regarder l’homme puis la femme de Bernard Buffet dans ce qu’ils ont de primordial et de primitif, l’on pense également à Richier qui, presque côte à côte, crée L’Ouragane (1947-1948) et L’Orage (1948-1949). Dans Couple nu assis, placés dans l’axe de la signature démiurgique du peintre, le bras tendu de l’homme et celui replié sur la poitrine de la femme annihilent finalement, par leurs mouvements contraires, toute tentative d’explication. Il n’a pas plus d’histoire qu’il n’y a de dialogue.

Parce qu’elle est à rebours de la traditionnelle représentation du corps dans l’art, une œuvre aussi solennelle et déconcertante que Couple nu assis assoit la modernité du discours qui n’est pas. On est bien loin des canons et de la pondération des corps antiques, de la grâce et du nombre d’or incarnés dans ceux de la Renaissance. Le corps est livré sans idéalisation aucune, dans un état de crudité qui en nierait l’humanité. La femme est rien moins que sensuelle. De haut en bas, une absence de musculature parcourt l’homme. Il y a du maniérisme (Bernard Buffet a dû regarder Greco) dans cet ascétisme. Tous deux sont dans une pose inconfortable, assis sur des chaises paillées dont le caractère sommaire rappelle également celui de la chaise de Van Gogh (dont on sait que Bernard Buffet lisait assidûment la correspondance avec Théo). Cette nudité totale et sans réserve trouve des accents dans les chairs ultra-réalistes d’œuvres d’un artiste aussi contemporain que Lucian Freud. Mais si les corps de Freud provoquent à la fois de la répulsion et, disons-le, de l’attirance parfois, les corps de Bernard Buffet engendrent du malaise. Freud affirmait par ailleurs : "Ma conception du portrait provient de ma déception devant les portraits qui ressemblaient à des gens, mais n’étaient pas comme eux […]. Pour moi le tableau est la personne". Or, avec Bernard Buffet (dont la maîtrise de l’art du portrait triomphe la même année que Couple nu assis, en 1956, dans l’exposition collective du Palais Galliera, La Réhabilitation du portrait), la personne s’efface derrière le tableau en tant que tel. La confusion des genres qui va jusqu’à la transgression des sexes ajoute au caractère presque totalitaire de l’œuvre, du moins à son autonomie. Ici, l’ambiguïté ajoute à la puissance.

Pierre Bergé: From One Home to Another

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Paris