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Bernard Buffet
BŒUF ÉCORCHÉ, 1954
Estimation
200 000400 000
Lot. Vendu 609,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Bernard Buffet
BŒUF ÉCORCHÉ, 1954
Estimation
200 000400 000
Lot. Vendu 609,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Pierre Bergé: From One Home to Another

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Paris

Bernard Buffet
1928 - 1999
BŒUF ÉCORCHÉ, 1954
signé Bernard Buffet et daté 54 en bas à droite ; huile sur toile
195,5 x 149,9 cm; 77 x 59 in.
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Provenance

Pierre Bergé, Paris (don de l'artiste)

Exposition

Paris, Galerie Charpentier, Cent tableaux de 1944 à 1958 par Bernard Buffet, 1958, no. 70
Paris, Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent
Paris, Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, Rétrospective Bernard Buffet, 2016-17, reproduit dans le catalogue p. 61
Saint-Rémy de Provence, Musée Estrine, Bernard Buffet, la collection Pierre Bergé, 2018

Bibliographie

Jérôme Coignard, Bernard Buffet, Les années 1950, Entretien avec Pierre Bergé, Paris, 2016, no. 12, reproduit p. 26

Description

L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par la Galerie Maurice Garnier.



"Ce Bœuf écorché est extraordinaire ! C’est un vrai grand morceau de peinture, un défi qu’il s’est lancé à lui-même et qu’il a parfaitement relevé. Il a évidemment pensé à Rembrandt, il a évidemment pensé à Soutine, un des rares artistes de son époque pour qui il eût de la considération. […] Il y a évidemment, dans la peinture de Buffet, une précision qui n’existe pas chez Soutine."

Pierre Bergé


S’il est un tableau dans lequel l’admiration que voue Bernard Buffet aux maîtres anciens s’exprime pleinement, il s’agit du Bœuf écorché. Admirateur de Dürer, Rembrandt, Chardin, David et Courbet, Bernard Buffet fréquentait assidument les galeries du Musée du Louvre dès leur réouverture en 1946 après la guerre. De là sans aucun doute vient cet amour de la peinture ancienne et cette confrontation qui traverse tout son art, depuis ses natures mortes qui s’inspirent parfois directement des chefs d’œuvre du Louvre jusqu’à ses portraits empreints d’un hiératisme puisant ses racines dans les grands portraits du XVIIe siècle.

Dans son Bœuf écorché, Bernard Buffet rend un hommage direct à Rembrandt. Le thème du bœuf écorché n’est pas inédit dans l’art de Bernard Buffet. Ainsi, quelques années auparavant déjà, le jeune peintre avait réinterprété le sujet mythique de Rembrandt dans Le Garçon boucher (1949, Surugadaira, Musée Bernard Buffet), Etal de boucherie (1949) et le Bœuf écorché (1950, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris).

Il s’agit toutefois de la première fois que Bernard Buffet cite aussi directement le chef d’œuvre du maître hollandais, tant dans le cadrage que dans la palette employée. Comme dans l’œuvre du Louvre, la carcasse du bœuf émerge ici seule, dans une majesté encore amplifiée par la monumentalité du format employé. Les tonalités de gris et de bleu, si caractéristiques de la peinture de l’après-guerre chez Bernard Buffet font ici place aux tons bruns et rouges, évoquant plus directement la chair de l’animal écorché et la source d’inspiration du peintre.

Ce faisant, Bernard Buffet s’inscrit dans toute une tradition de peintres qui ont réinterprété l’œuvre emblématique de Rembrandt au cours du XXème siècle, de Chaïm Soutine, qui en fit l’un de ses sujets de prédilection et dont Bernard Buffet appréciait infiniment la peinture, à Marc Chagall qui peignit Le Bœuf écorché en 1947 (Paris, Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou). C’est en 1954, date du présent tableau, que Francis Bacon, qui avait déjà interprété le motif du bœuf écorché dans diverses compositions dès 1946, réalisa également son célèbre Figure with meat (Art Institute of Chicago).

De la même manière qu’il peindra ses Ecorchés en 1964, Bernard Buffet adopte ici un gigantisme, dépouille la figure de tout accessoire, explore la couleur et la matière avec des empâtements profonds, donnant à son œuvre un aspect particulièrement charnel. Ainsi que le soulignait Maurice Sérullaz l’année même où ce tableau fut peint, en 1954, "quoi qu’on puisse dire ou penser de Bernard Buffet et du choix de ses sujets, il n’en reste pas moins vrai que son art est celui d’un maître. […] Nous pénétrons alors dans le véritable univers recréé par Bernard Buffet et, faisant abstraction de la laideur apparente, nous en saisissons enfin la beauté universelle, comme nous saisissons celle du Bœuf écorché de Rembrandt, des macchabées et des fous de Géricault, de certains portraits de Goya ou du Viol de Degas. Les œuvres de Bernard Buffet sont harmonieuses de composition comme de couleur. Un rythme qui l’apparente aux plus grands maîtres du Moyen Age ou du classicisme confère une grandeur, et je dirais même une noblesse de style."

Pierre Bergé: From One Home to Another

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Paris