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PROVENANT D'UNE COLLECTION PARTICULIÈRE EUROPÉENNE

Pablo Picasso
HOMME AU MAILLOT
Estimation
1 800 0002 500 000
Lot. Vendu 3,171,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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PROVENANT D'UNE COLLECTION PARTICULIÈRE EUROPÉENNE

Pablo Picasso
HOMME AU MAILLOT
Estimation
1 800 0002 500 000
Lot. Vendu 3,171,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Art Impressionniste et Moderne

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Paris

Pablo Picasso
1881 - 1973
HOMME AU MAILLOT
signé Picasso (en haut à droite) ; daté et numéroté 27.5.65.III (au dos)
huile sur toile
92 x 72,5 cm ; 36 1/4 x 28 1/2 in.
Peint le 27 mai 1965.
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Provenance

Galerie Louise Leiris, Paris (acquis directement de l'artiste)
Jacques Spreiregen, Monaco
Vente : Sotheby's, Londres, 31 mars 1987, lot 68
J & G Art, Milan
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel

Exposition

Humblebaek, Louisiana Museum, Picasso, 1968, no. 107

Bibliographie

Christian Zervos, Pablo Picasso, œuvres de 1965 à 1967, Paris, 1972, vol. 25, no. 137, reproduit pl. 78

Description

"Moi, je vise toujours à la ressemblance… Un peintre doit observer la nature, mais jamais la confondre avec la peinture. Elle n’est traduisible en peinture que par des signes. Mais on n’invente pas un signe. Il faut fortement viser à la ressemblance pour aboutir au signe. Pour moi, la surréalité n’est autre chose, et n’a jamais été autre chose que cette profonde ressemblance au-delà des formes et des couleurs sous lesquelles les choses se présentent…"

Pablo Picasso cité par Brassaï, Conversations avec Picasso, Paris, Gallimard, 1964, p. 198.

Lorsqu’il peint Homme au maillot en 1965, Picasso, âgé de 84 ans, vit à Notre-Dame-de-Vie à Mougins avec Jacqueline qu’il a épousée en 1961. Alors au crépuscule de sa vie, ces dernières années sont une période d’apaisement, où l’artiste se livre à une véritable introspection dans le sanctuaire de son atelier et y retrouve le calme propice à la création artistique. Il s’agit également d’une période d’intense activité pour l’artiste vieillissant qui peint de manière frénétique. Au terme de dix années passées à réinterpréter les grands maîtres du passé, Picasso souhaite en effet renouer avec l’essence de son métier de peintre : la peinture d’après le modèle vivant. Cette exaltation à revenir aux bases de la peinture s’exprime dans de multiples portraits : portraits de Jacqueline, qu’il peint dans tous les costumes et dans toutes les situations, mais également une importante série de portraits d’hommes, qui sont autant d’autoportraits déguisés, une représentation du stéréotype du peintre affrontant son propre regard.

Le présent tableau appartient à une série de portraits d’hommes commencée en 1964. Entre le 10 et le 24 octobre 1964, Picasso peint ainsi vingt-neuf variations autour de ce même motif, donnant au modèle des coiffures différentes, modifiant ses traits à volonté. L’homme représenté apparaît tantôt comme un jeune homme, tantôt comme un vieillard, parfois avec une barbe, parfois imberbe, chapeauté ou non. Une nouvelle série consacrée à ce thème intervient au mois de mai 1965, date de la présente œuvre. Cette démarche du portrait peint en série n’est pas sans évoquer les impressionnantes séries d’autoportraits qu’exécute Andy Warhol à la même époque.

Dans Homme au maillot, Picasso a mis en scène un homme mal rasé en maillot rayé. S’il n’est pas possible d’affirmer avec certitude qu’il s’agit bien d’un autoportrait de l’artiste, cette interprétation n’en est pas moins la plus plausible, le célèbre maillot marin à rayures restant pour toujours associé à Picasso à partir des années 1950.

Dans l’urgence des dernières années qui lui restent à vivre, Pablo Picasso a ici inventé une nouvelle manière de peindre, brutale, elliptique, spontanée, usant de signes simplificateurs pour évoquer la figure humaine. Cette nouvelle manière de peindre réduit les êtres à leur essence première, comme cela est le cas de cet Homme au maillot, peint avec une grande économie de moyens qui en renforce l’expressivité et la puissance. Le langage elliptique et synthétique du style tardif de Picasso s'exprime par la dynamique des raccourcis et l'épuration formelle, cherchant à exprimer l'essence même du corps et des détails anatomiques. La gamme chromatique réduite, usant essentiellement de noir, blanc, vert et rose, se fait le chantre d'une représentation expressive et minimale. Ainsi la toile revendique-t-elle la fusion du dessin et de la couleur, dans une quête d'art total et syncrétique, afin que "le dessin et la couleur soient la même chose" (Hélène Parmelin, Picasso dit..., Paris, 1966, p. 85). Cette recherche de spontanéité, de rapidité, correspond au désir primordial de dire l'essentiel avec les moyens les plus simples.

Un portrait d’homme émerge ainsi de la toile, brossé en coups de larges pinceaux, en épais empâtements et en quelques points sommaires, dans une peinture du geste qui n’a rien à envier à celle de l’avant-garde américaine. Les larges traits colorés employés par le peintre façonnent le visage du modèle, semblant le diviser en plusieurs parties distinctes, dans une esthétique que l’on retrouve presque au même moment chez Andy Warhol, tandis que les déformations qu’il fait subir au visage font écho à l’art d’un Bacon ou d’un Basquiat. Nous sommes ici en face d’un portrait d’une expressivité saisissante et d’une bouleversante modernité prouvant le talent de Picasso, à quelques années de sa mort, à révolutionner une fois de plus la conception de l’art.

Art Impressionniste et Moderne

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Paris