180
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François-Auguste Biard
NAUFRAGÉS SUR LA BANQUISE
Estimation
30 00040 000
Lot. Vendu 37,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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180
François-Auguste Biard
NAUFRAGÉS SUR LA BANQUISE
Estimation
30 00040 000
Lot. Vendu 37,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Tableaux, Sculptures et Dessins Anciens et du XIXe siècle

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Paris

François-Auguste Biard
LYON 1798 - 1882 LES PLÂTRERIES
NAUFRAGÉS SUR LA BANQUISE
Signé et daté en bas à droite Biard 1876 - 1877
Huile sur toile
124,5 x 196,5cm
49 by 77 3/8 in.
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Provenance

Acquis par le père du propriétaire actuel dans les années 1930

Exposition

Probablement, Salon, Paris, 1877, n°208 titré Les Naufragés de la Lucie-Marguerite, Vue prise à Magdalena-Bay (Spitzberg), par le 80e degré de latitude Nord (Souvenir du voyage de l'auteur au Pôle Nord en 1839 à bord de la corvette La Recherche)

Description

Nous sommes très certainement en présence du tableau exposé au Salon de 1877 Les Naufragés de la Lucie-Marguerite, Vue prise à Magdalena-Bay (Spitzberg). En effet le paysage rappelle celui de Magdalena Bay, avec sa succession de pics enneigés.

La fascination que Biard porte aux paysages sublimes et grandioses remonte aux voyages qu’il effectue en Suisse et en Ecosse dans les années 1830 et son premier tableau sur le thème de l’Arctique Embarcation attaquée par des ours blancs date de 1839, donc avant son voyage dans le Grand Nord. Exposé au Salon de 1839, le tableau est admiré par le roi Louis-Philippe qui suggère à l’artiste d’accompagner la mission scientifique partant bientôt pour le Spitzberg. Louis-Philippe portait un intérêt particulier au Grand Nord, ayant visité le Nord de la Norvège et s’étant aventuré jusqu’au Cap Nord alors qu’il était un jeune prince en exil. Biard accepte avec enthousiasme, il a le goût du risque et des voyages lointains. Il s’embarque, accompagné de sa future femme, Léonie d’Aunet. Après quatorze jours d’un voyage en mer à bord de la corvette La Recherche, souvent rendu périlleux par la neige, la glace et le brouillard, la mission arrive à Magdalena Bay. Le séjour sur place dure treize jours. Ensuite, Biard et Léonie d’Aunet décident de continuer le périple et d’explorer la Laponie. Biard est émerveillé par la variété et la splendeur grandiose des paysages et des ciels. Il est aussi très impressionné par les aurores boréales et les variations météorologiques.

Dès son retour à Paris, Biard peint une série de dix-huit études détaillées montrant diverses vues de Magdalena Bay et des aurores boréales. Les souvenirs vivaces qu’il gardera du voyage, ainsi que ces précieuses études, lui inspireront par la suite plus de douze tableaux, qu’il exposera au Salon entre 1841 et 1880. Les premiers, d’inspiration très romantique, mettent l’accent sur la petitesse et la faiblesse de l’homme face à l’immensité solitaire des déserts de glace. Le plus célèbre d’entre eux Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des Tombeaux au nord du Spitzberg, exposé au Salon de 1841 et conservé au musée du Louvre, représente un naufragé perdu dans un immense paysage de neige et de montagnes, contemplant une sublime aurore boréale et, probablement, son destin inéluctable.

La passion de Biard pour l’Arctique culmine avec le décor qu’il peint pour la Galerie de minéralogie du musée d’histoire naturelle à Paris. Biard en reçoit la commande en 1851 et va s’attacher à rendre la grandiose beauté et la solitude du Grand Nord en un vaste panorama à 360° de Magdalena Bay. La commande est effectuée en trois phases et le panorama est enfin visible dans son intégralité en 1864.

Notre tableau, peint en 1876-77, montre non seulement la passion persistante de Biard pour l’Arctique mais aussi celle du public pour ces sujets éminemment romantiques et dépaysants, qui transportaient les spectateurs dans des contrées totalement vierges et inconnues, non souillées par l’homme ni ravagées par la révolution industrielle. La partie gauche de la toile montre le site de Magdalena Bay couronné d’une magnifique aurore boréale. Ce phénomène naturel à l'aspect fantastique capte toute l'attention du spectateur de prime abord. Sur la droite, on découvre ensuite le groupe de naufragés qui fait un feu et tire au pistolet pour signaler sa présence à un bateau au loin. Comme l'indique le titre du catalogue du Salon, Biard représente probablement ici un naufrage réel, celui de la Lucie-Marguerite, qui se termina heureusement pour les naufragés.

Le Grand Nord a fasciné le XIXe siècle. C’était l’époque des grandes expéditions polaires, qui suscitèrent et entretinrent l’intérêt pour ces régions tout au long du siècle. Des gravures et les récits des explorateurs commencèrent à circuler et exaltèrent les imaginations. Les artistes romantiques, surtout les Scandinaves, les Anglais et les Allemands, s’emparèrent de ce thème qui soulevait en eux tant d’impressions et d’émotions. Les premières pages du « roman gothique » de Mary Shelley Frankenstein (1818) relatent une expédition au Pôle Nord. Le héros du roman de Charlotte Brontë, Jane Eyre (1847) imagine les paysages du Nord de la Norvège. Quant au peintre norvégien Peder Balke (1804 – 1887), il a peint principalement des vues du Nord de la Norvège et du Cap Nord. D’autres artistes européens ou américains ont choisi ces sujets, Friedrich par exemple, ou Frederick Church. Certaines de leurs œuvres possèdent une dimension symbolique, intériorisée, presque religieuse, qui transcende la simple représentation d’un paysage réel. Montrant une nature immense et solitaire, elles invitent à l’introspection et à la méditation sur l’insignifiance de l’homme et sur l’éternité.

Tableaux, Sculptures et Dessins Anciens et du XIXe siècle

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