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Proust, Marcel
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À BERTHE LEMARIÉ. [16 FÉVRIER 1919].
Estimation
20 00030 000
Lot. Vendu 49,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Proust, Marcel
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À BERTHE LEMARIÉ. [16 FÉVRIER 1919].
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20 00030 000
Lot. Vendu 49,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Livres et Manuscrits

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Paris

Proust, Marcel
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À BERTHE LEMARIÉ. [16 FÉVRIER 1919].
Longue lettre inédite de 16 pp. in-12 (181 x 131 mm). Signée Marcel Proust. Sans date [16 février 1919, date donnée par une annotation de l’époque]. Le nom de Lemarié a été, dans le texte, par trois fois effacé.

Après la première édition de Swann en 1913 chez Grasset et ayant convaincu Proust qu’il lui confie la suite de la Recherche, Gaston Gallimard s’apprête à marquer un grand coup : en juin 1919, l’éditeur veut publier conjointement Du Côté de chez Swann, A l’Ombre des jeunes filles en fleurs et Pastiches et Mélanges. Cette longue lettre à Berthe Lemarié, collaboratrice de Gallimard, montre Proust s’attelant, en ce mois de février 1919, à corriger ces trois titres ; il s’inquiète aussi de l’édition de luxe des Jeunes filles alors en gestation.

Dans Swann, il signale une modification capitale par rapport au texte de l’édition Grasset : "l’action doit se passer dans une région indéterminée, les derniers volumes le plaçant beaucoup plus au nord que n’est Chartes". En effet, la guerre ayant éclaté depuis l’édition de 1913, Proust veut situer Combray à proximité de la ligne de feu. Ses corrections concernent aussi l’emploi, parfois fautif, de l’imparfait du subjonctif. Il évoque aussi l’envoi de sa dédicace [à Walter Berry] pour Pastiches et Mélanges.

Mais la préoccupation principale de l’auteur est le retard d’impression. Traumatisé par l’indisponibilité de Swann en librairie avant que le titre ne soit repris par Gallimard, il insiste : "il faut éviter avant tout qu’il arrive pour les Jeunes filles en fleurs, le même interrègne que pour Du côté de chez Swann, et que quand le volume sera épuisé, on reste sans exemplaires nouveaux à offrir aux acheteurs. Sans cela il arrivera pour ce livre comme pour Swann qu’on se passe de mains en mains et qu’on n’achètera plus". Il poursuit par un intéressant passage sur la différence entre le temps réel et le temps ressenti ("vous avez fait erreur sur le temps qui s’est écoulé entre le moment où je vous ai remis les Pastiches et celui où j’en ai eu les placards temps infiniment plus long même que je ne me rappelais, et inversement du [le] temps que j’ai conservé les placards, temps infiniment plus court"), avant de presser Berthe Lemarié d’accélérer le processus de correction : "j’espère que c’est avec une rapidité vertigineuse que vont être prêts les trois volumes et qu’on va pouvoir les mettre en vente". Pour les détails de mise en page, il s’en remet aux choix de Berthe Lemarié, pour autant qu’elle lui assure qu’elle ne devra pas attendre le retour de Gallimard des Etats-Unis. En effet, il faut lancer la fabrication des volumes avant ce retour "parce que le retour de Gaston n’aura pas lieu avant un mois, et peut avoir lieu avant un mois, et peut avoir lieu beaucoup après, que même si rien ne retarde son départ, il se peut que les C[ompagn]ies de navigation ne fonctionnent pas convenablement quand il voudra partir, que tout cela peut faire perdre du temps, et que nous ne pouvons vraiment pas souhaiter qu’il risque de se noyer ou de heurter une mine pour un exemplaire sur Japon." Ce n’est pas sans humour que l’auteur de la Recherche détourne des expressions qui évoquent le titre de son ouvrage : "du temps nous n’en avons que trop perdu, […] nous sommes à la recherche du temps perdu, du temps que nous cherchons à regagner."

Comme souvent, Proust termine sa missive en rassurant son correspondant par des circonlocutions de politesses : "Quand vous me dites, ce qui est très aimable du reste, que Gaston a de la chance, parce que je l’aime beaucoup, vous savez très bien, j’en suis sûr, que, ce que je ne me permettrais pas non plus d’appeler cette chance, vous l’avez aussi, et que l’autre soir je n’aurais manqué un rendez-vous indispensable et d’autres choses en restant une heure de plus auprès de votre lit parce que vous me disiez que vous dormiriez mieux si je vous disais tous mes griefs, si je n’avais pour vous des sentiments si respectueux et de vif attachement auxquels ma seule tristesse était de trouver que vous n’aviez pas franchement répondu, et que je désire non pas comme vous le dites pour me taquiner voir se rompre, mais se consolider."

Cette lettre prend chronologiquement place juste avant celle, publiée par Pascal Fouché (lettre n° 87, p. 151-152), de Berthe Lemarié à l’imprimeur Bellenand du 18 février 1918, dans laquelle elle transmet les éléments communiqués par Proust.

[On joint :] enveloppe adressée à Berthe Lemarié, non autographe, de la même période.

référence : lettre absente de Kolb et de la Correspondance Proust-Gallimard publiée par Pascal Fouché.

provenance : Dr Roger Froment.


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