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PROVENANT DE L'ANCIENNE COLLECTION DENYS SUTTON

Nicolas de Staël
COMPOSITION
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PROVENANT DE L'ANCIENNE COLLECTION DENYS SUTTON

Nicolas de Staël
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Details & Cataloguing

Art Contemporain Evening Sale

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Paris

Nicolas de Staël
1914 - 1955
COMPOSITION
signé
huile sur toile
204 x 404,5 cm; 80 5/16 x 159 1/4 in.
Exécuté en 1950.
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Provenance

Collection Denys Sutton, Londres
Collection particulière (puis par descendance)
Vente: Sotheby's, Paris, Art Contemporain Vente du Soir, 3 juin 2014, lot 10
Collection particulière

Exposition

Londres, Nicolas de Staël at Matthiesen, 1952; catalogue, préface Denys Sutton, no. 13
Londres, Whitechapel Art Gallery, Twentieth Century Form, avril - mai 1953; catalogue, no. 44, illustré
Londres, Whitechapel Art Gallery, Nicolas de Staël 1914-1955, mai - juin 1956; catalogue, no. 44, illustré
Cardiff, National Museum of Wales, prêt longue durée de l'oeuvre, 1973 - 1988
Paris, Musée National d'Art moderne, Nicolas de Staël, 12 mars - 30 juin 2003; catalogue, pp. 104, 105, 218, illustré en couleurs
Martigny, Fondation Pierre Gianadda, Nicolas de Staël 1945-1955; catalogue, pp. 84-85, no. 12, illustré en couleurs

Bibliographie

Georges Duthuit, Nicolas de Staël, Paris, 1950, p.30, illustré
Julien Alvard, Roger van Gindertal, Témoignage pour l'Art abstrait, Paris, 1952, p.269, illustré
The New Stateman and Nation, John Berger, Nicolas de Staël at Matthiesen's, Londres, 43, 1er mars 1952, pp. 244-245
Jacques Dubourg et Françoise de Staël, Nicolas de Staël : Catalogue raisonné des peintures établi par Jacques Dubourg et Françoise de Staël, Paris, 1968 p. 142, p. 144 et pp. 148-149, illustré
Tate Gallery, Official Guide of the Tate Gallery, Londres, 1968, p.39
Catalogue d'exposition Nicolas de Staël, Centre Georges Pompidou, 1981, p. 13, illustré
Jean-Pierre Jouffroy, La Mesure de Nicolas de Staël, Neuchâtel, 1981, p. 235, no. 22 et pp. 56-57, illustré en couleurs
Françoise de Staël, Nicolas de Staël, Catalogue raisonné de l'oeuvre peint, Paris, 1997, pp. 107-288-289, illustré en couleurs
Marie du Bouchet, Nicolas de Staël, Une illumination sans précédent, Luçon, 2003, p.45, illustré
Françoise de Staël, Nicolas de Staël, Catalogue raisonné des oeuvres sur papier, 2013, Lausanne/Zurich, p.43, illustré

Description

Comment ne pas immédiatement penser à ces célèbres lignes de Nicolas de Staël face à la de cette immense Composition : « on ne peint jamais ce qu'on voit ou croit voir, on peint à mille vibrations le coup reçu, à recevoir, semblable, différent. Un geste, un poids. Tout cela à combustion lente » ?

De par son majestueux format, sa somptueuse palette sourde et son admirable enchevêtrement de lignes et de formes maçonnées en larges aplats, Composition traduit en effet mieux que nulle autre toile de cette époque l’état d’esprit dans lequel Nicolas de Staël se trouve au milieu du siècle dernier. Après des années d’errance, de tâtonnements et de misère, Staël touche enfin du doigt sa propre vérité, celle qu’il a tant cherchée, entre illumination et désespoir, constamment assailli par le doute.

Comme l’explique Jean-Paul Ameline dans le catalogue de la rétrospective Nicolas de Staël au musée national d’art moderne en 2003, avec Composition, l’artiste bouleverse « les règles du jeu qu’il avait institué précédemment », s’éloignant des spirales et des arabesques pétries d’angoisse des années quarante et refermant « progressivement l’espace de ses tableaux ». A travers cette toile qui lui aura demandé plus de trois années de travail, Staël parvient à canaliser les forces contraires qui l’animent, apaisant pour un temps le tumulte intérieur qui le tourmente et dévoilant « des jaillissements subreptices de lumière laissant percevoir un tremblement secret de la matière. » De son propre aveu, Composition marque effectivement un changement radical : « je crois que l’on peut dire que ma façon de suggérer l’espace en peinture est toute nouvelle », confie-t-il à Theodore Schempp et Georges Braque juste après avoir réalisé l’œuvre.

Au-delà du changement de manière que marque Composition, intrinsèquement lié à un détail biographique, Staël quittant en 1947 un appartement exiguë pour s’installer dans une bâtisse dans laquelle il dispose d’un atelier qui s’élève sur 8 mètres de haut, 6 mètres de long et 10 mètres de large ; l’œuvre qui nous occupe ici est le témoin d’un retournement de situation qui marquera à la fois le commencement et la fin de la vie de peintre de Staël selon où l’on souhaite se placer.

Alors que depuis les débuts de sa carrière, Staël peignait frénétiquement, détruisant autant d’œuvres qu’il en produisait, l’année 1950 marque indéniablement un tournant dans sa carrière d’artiste. Pour la première fois, le très respecté Georges Duthuit lui consacre un formidable papier dans les Cahiers d’art de Christian Zervos, plaçant ses pas non seulement dans ceux de Yeats et de Mallarmé mais aussi dans ceux de Giotto, Le Greco, Vermeer ou encore Uccello. Pour la première fois, le musée national d’art moderne fait l’acquisition d’une de ses œuvres, une Composition justement. Pour la première fois, il expose chez Jacques Dubourg à Paris. Pour la première fois, on lui consacre une exposition personnelle à New York. Pour la première fois, il est à cours de toiles. Provenant de l’ancienne collection de Denys Sutton, l’un des grands critiques de sa génération, spécialiste de la peinture européenne d’avant 1800, Composition scelle aussi l’amitié de Nicolas de Staël et de son premier porte drapeau outre-Manche. A la fin des années quarante, Sutton convainc Staël, qu’il a rencontré par l’entremise de l’ancien résistant et professeur de littérature anglaise à la Sorbonne Jean-Jacques Mayoux, de sortir des frontières trop étroites de son pays d’adoption, la France, pour partir à la conquête de nouveaux marchés. Pour faciliter les échanges avec Francis Matthiesen, qui souhaite présenter les œuvres de Staël dans sa galerie londonienne, Sutton propose à l’artiste de s’installer quelques semaines dans la capitale anglaise pendant l’été. Durant ce séjour, l’auteur de Composition se fascine pour cette « ville immense, très assise sur des bases qui paraissent totalement indéracinables, mais alors totalement. » L’architecture et la lumière, différentes de celles qu’il a vu sur le vieux continent, l’inspire au même titre : « Quelle lumière… c’est très joli, vraiment très joli. (…) Il y a aussi Westminster l’abbaye, une masse énorme de grisaille où éclate un gazon vert sans précédent… Je me suis baladé sur l’eau hier jusqu’à Greenwich, leur école navale, espèce de Palais d’hiver au bord de la Tamise, gris noir, pierres noires colonnes grises froides, seules comme nulle part » écrit-il le 31 juillet avant de s’enchanter de l’idée de Sutton et Matthiesen de montrer son travail à la suite d’une exposition consacrée au dessin XVIIIe : « c’est une des choses les plus culottées qu’on puisse imaginer mais il a l’air d’avoir pas peur et de croire en ce que je fais », ajoute-t-il à la fin de sa lettre à sa femme Françoise. Mais si ce voyage enthousiasme dans un premier temps le peintre, celui se teinte progressivement, comme presque tout chez lui, de doute et d’incertitude. Le report de l’exposition chez Matthiesen, qui n’aura finalement lieu qu’en février 1952, n’y est pas étranger : « exposition à Londres sans progrès, plus ce sera tard, mieux pour moi, le tout c’est d’avoir des toiles déjà vendues là-bas » écrit-il sans doute pour se rassurer à Theodore Schempp le 17 octobre 1950. Et justement, dès l’automne 1950, Sutton achète Composition.

Qui d’autre que l’auteur de certaines des meilleures monographies d’artistes de l’ancien régime, commissaire de fabuleuses expositions à la Royal Academy of Arts après-guerre, aurait pu mieux saisir l’importance de cette œuvre clé ? « Dans le vaste et austère hangar d’un atelier situé dans le quartier d’Alésia, à Paris », Sutton a su dès le premier regard reconnaître le prodige parmi les « toiles, debout contre les murs, [et les] multiples études et notes, disposées en tas par terre » (Denys Sutton, Nicolas de Staël, Signature, 1953). Il faut dire que Composition est non seulement le tableau le plus monumental que Staël ait alors réalisé, le deuxième plus grand qu’il livrera au cours de l’ensemble de sa carrière -derrière Le Concert de 1955 (CR 1100), inachevé et demeurant dans les collections du Musée Picasso à Antibes- mais aussi certainement celui sur lequel il aura le plus travaillé, les photographies datées de 1947-1949 témoignant des années de labeur qu’il aura fallu au « Prince foudroyé » pour accomplir ce chef d’œuvre.

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