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Marc Chagall
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Details & Cataloguing

Collection Marcel Arland : Dans L’Amitié des Peintres

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Paris

Marc Chagall
1887 - 1985
MUSIQUE EN PLEIN AIR
Exécuté vers 1935-38.
signé Marc Chagall (en bas à droite)
aquarelle, gouache et encre sur papier marouflé sur carton
48,4 x 60,5 cm ; 19 1/8 x 23 3/4 in.
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Provenance

Marcel Arland, Paris
Puis par descendance au propriétaire actuel

Description

L'authencité de cette œuvre a été confirmée par le comité Marc Chagall.


"C’est dans les aquarelles qu’il fit pour Vollard : Les fables, le Cirque…, et dans les suivantes : bouquets, scènes et paysages de Russie (un coq rouge, un enfant bleu, un violoneux mauve à barbe verte : l’un de ses chefs-d’œuvre), intérieurs d’églises en Palestine, images bibliques…, c’est là que son art s’affirme à la fois comme le plus spontané et le plus savant, le plus délicat et le plus aigu – et sans doute le plus durable."
Marcel Arland, Dans l’amitié de la peinture, 1980, p .173


Chagall n’a de cesse de revisiter certains motifs récurrents, le violoniste, le coq, la chèvre ou encore sa ville natale de Vitebsk, toujours empreints d’une dimension personnelle. La musique est omniprésente dans son œuvre. L’artiste crée un lien mystérieux entre la peinture, art immobile, et la musique, qui n’est que mouvement. Rappel de son enfance à Vitebsk, où le violon accompagne les événements fondamentaux de la vie - naissance, bar mitzvah, mariage et mort -, le personnage du violoniste exerce un pouvoir presque totémique sur l’œuvre de Chagall et est resté au centre de son œuvre tout au long de sa vie. Les violonistes, très présents dans la communauté juive d’Europe de l’Est au début du XXe, sont des personnages symboliques qui accompagnent la destinée humaine. Marcel Arland témoigne de leur importance dans l’œuvre de Chagall : "Il est une figure que Chagall évoquait dès ses premières années de peintre , à Witebsk, qui l’a poursuivi en France, qui a pris en Amérique une intensité plus farouche : le Moujik, le Rabin en prière, le Vieux Juif, le mendiant qui passe au-dessus de Witbesk, et tant d’autres personnages humbles, solennels et tenaces se rejoignent dans une seule et commune figure, celle du Violoneux […], installée au centre de son œuvre, au cœur de son monde, qu’elle envoûte, ébranle à grands coups d’archet et fait entrer dans une danse forcenée." (Marcel Arland, Dans l’amitié de la peinture, 1980, p .171)

Dans cette œuvre, les deux musiciens sont entourés d’animaux, affectionnés par Chagall depuis l’enfance. Il dit ainsi "Je me suis servi des vaches, des filles de ferme, de coqs et de l’architecture de la province russe parce qu’ils font partie de l’environnement dans lequel j’ai grandi". Les figures de la chèvre et du coq sont, d’ailleurs, récurrentes dans le bestiaire de Chagall, souvent inspiré de gravures sur bois de l’art loubok. Le coq, animal le plus fréquent, est investi d’une multitude de sens dans l’art chagallien. Lié à un sacrifice rituel la veille de la fête de Yom Kippour, il évoque autant la rédemption, le renouveau, la fête, la joie que la mélancolie. La chèvre, qui accompagnait souvent les troupes itinérantes de saltimbanques et musiciens lors des fêtes de la communauté juive de Vitebsk, rappelle également les traditions juives de son enfance. Elle est le personnage principal d’une comptine "Had Gadya" chantée lors des repas de Pessah et représente tous ceux qui ont été persécutés. Chagall la définie comme "un appel à la tendresse et à la compassion". Cependant, les animaux, fréquemment représentés sous forme humaine chez Chagall, subissent le même sort que les humains : naître, vivre et mourir. En effet, dans Musique en plein air, une des chèvres est emportée par un homme, inspiré peut être de son oncle boucher, pour être sacrifiée. " On dirait qu’un tableau est pour lui moins une œuvre d’art qu’un épanchement. Il ne peut peindre s’il n’est pas ému, s’il n’a pas à conter, à confier, à chanter une heure de sa vie ; et toute son œuvre n’est enfin que le conte et le chant de cette vie. […] c’est à travers son cœur qu’il évoque les scènes et les figures de ce Witebsk, où il naquit et qui est toujours resté sa vraie patrie : un village, un vieillard sur le banc d’une isba, un violoneux, un mariage, un accouchement ; son peuple et sa race le pressent, le pénètrent et cherchent jour à travers lui ; il s’en fait l’imagier lyrique, et trouve là sa poésie la plus profonde." (Marcel Arland, Dans l’amitié de la peinture, 1980, p .170 et 171)

Cette dimension mélancolique est accentuée par les tonalités grises des maisons traditionnelles en bois du Shtetl de Vitebsk. La tunique violette du violoniste est, en sus, la couleur du rêve et de la solitude tandis que la couleur verte de la peau du violoniste peut décrire l’état d’une personne malade, l’intervention divine mais aussi la joie et le foyer familial. Au contraire, le rouge de la poule et le bleu du petit musicien nous illumine. Chagall, dans un mouvement tournoyant parsème la toile de deux musiciens devant des maisons penchées dans une vision colorée et ignorante des lois de la pesanteur. Il suit ainsi sa maxime "il faut faire chanter le dessin par la couleur".

Collection Marcel Arland : Dans L’Amitié des Peintres

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Paris