43
43
Bernard Buffet
NATURE MORTE À LA SOLE, 1952
Estimation
100 000150 000
Lot. Vendu 609,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
ACCÉDER AU LOT
43
Bernard Buffet
NATURE MORTE À LA SOLE, 1952
Estimation
100 000150 000
Lot. Vendu 609,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
ACCÉDER AU LOT

Details & Cataloguing

Pierre Bergé: From One Home to Another

|
Paris

Bernard Buffet
1928 - 1999
NATURE MORTE À LA SOLE, 1952
signé Bernard Buffet et daté 52 en haut à droite ; huile sur toile
134,7 x 224,3 cm; 53 x 88 3/8 in.
Lire le rapport d'état Lire le rapport d'état

Provenance

Pierre Bergé, Paris (don de l'artiste)

Exposition

Paris, Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent
Paris, Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, Rétrospective Bernard Buffet, 2016-17, reproduit dans le catalogue p. 58
Saint-Rémy de Provence, Musée Estrine, Bernard Buffet, la collection Pierre Bergé, 2018

Bibliographie

Jérôme Coignard, Bernard Buffet, Les années 1950, Entretien avec Pierre Bergé, Paris, 2016, no. 80, reproduit pp. 136-137

Description

L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par la Galerie Maurice Garnier.




"Je suis passé à Nanse avant-hier. […]. L’hiver a mis dans les bois maigres une impitoyable clarté. [ …]. J’ai néanmoins cueilli près des murs de la ferme vide, un bouquet de ces hauts chardons que tu as si souvent associés à des lampes à pétrole, des litres de rouge, des verres renversés et, à l’abri de l’amandier, près de la porte, un bouton de rose étonné, qui montrait encore un peu de couleur dans du noir."

Jean Giono



Dans la bergerie de Nanse, non loin de Manosque et de l’ami Giono, Bernard Buffet établit son atelier et dresse la table. Point de banquet et d’abondance. Le repas est frugal. Quelques éléments demeurés de la nuit des temps – une bougie, un chardon, un pichet, quelques fruits épars, un poisson, un morceau de pain – sont posés sur un plateau de planches et de bois. Quelle majesté pourtant. On dirait que la table entre les murs de pierre est le réceptacle du sacrifice qui succèdera à la crèche. Pétri de culture classique, Bernard Buffet est assez étranger à la tradition hollando-flamande des nature mortes où la générosité des choses le dispute à l’exubérance de la mise en scène. Dans Nature morte à la sole, l’on est loin de l’opulence et de la vigueur des toiles d’un Franz Snyders où les panses des animaux frétillent encore pêle-mêle entre les fruits et les fleurs grasses. L’on est bien plus proche de la concision et de l’austérité des maîtres espagnols des bodegones comme Juan Sánchez Cotán qui annonce Zurbarán.

Dans les natures mortes de Bernard Buffet en général, dans celles qui furent peintes à Nanse jusqu’en 1955 en particulier, le dépouillement volontaire, l’évidence du silence et la nécessité de l’absence de mouvement dont sont naturellement ou subitement dépourvues les choses, ont des accents sacrés. En 1952 précisément, l’année de Nature morte à la sole, Bernard Buffet expose ses toiles de la Passion du Christ : "En regardant sa Flagellation, sa Crucifixion, sa Résurrection […] on s’étonne de voir si clairement tout ce qui place Buffet dans la tradition française, non pas celle des plus heureux paysages animés, mais celle dramatique, qui va des christs douloureux, des églises romanes de campagne, d’Enguerrand Quarton à Georges de la Tour, et à travers lesquels dure ce sens du tragique immobile caractéristique de notre pays" (Pierre Descargues, Les Lettres françaises, 7 février 1952). Ce "sens du tragique immobile" est tout à fait palpable ici.

Cette immobilité est accrue par le fait qu’aucune concession n’est faite à l’anecdote. D’un point de vue structurel, la négation de la perspective et des volumes participent de cette autonomie absolue de la peinture. Cézanne et le cubisme sont passés par là. Le fond mat et abstrait pourrait avoir encore des échos médiévaux. Dans le rapport des unes aux autres, les choses qui se trouvent de manière presque heuristique sur le plateau de la grande table acquièrent une réalité stupéfiante. Un peu comme "la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie". Bernard Buffet connait bien Les Chants de Maldoror aussi. Au-delà des références et des influences, cette corporéité des choses qui évoque également, dans une manière forte, la magie de Morandi, s’opère dans un style absolument nouveau.

En dépit du dépouillement apparent, Bernard Buffet parvient à imposer l’aristocratie d’un genre dont on oublie avec lui et avec la modernité de sa jeunesse qu’il fut fort longtemps considéré comme mineur. Dans Nature morte à la sole, il y a tant de somptuosité dans le hiératisme.

Pierre Bergé: From One Home to Another

|
Paris