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PROVENANT D'UNE COLLECTION PARTICULIÈRE

Nicolas de Staël
PAYSAGE À AGRIGENTE
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PROVENANT D'UNE COLLECTION PARTICULIÈRE

Nicolas de Staël
PAYSAGE À AGRIGENTE
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Details & Cataloguing

Art Contemporain Vente du Soir

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Paris

Nicolas de Staël
1914 - 1955
PAYSAGE À AGRIGENTE
signé; signé, titré et daté 1953 au dos
huile sur toile
60,3 x 81 cm; 23 3/4 x 31 7/8 in.
Exécuté en 1953.
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Veuillez noter que cette oeuvre fait l'objet d'une demande de prêt de l'Hôtel de Caumont Centre d'Art à Aix-en-Provence pour l'exposition Nicolas de Staël qui aura lieu en 2018.

Provenance

Paul Rosenberg & Co., New York
Succession Sarabel Florsheim, Chicago (acquis auprès de celui-ci circa 1954)
Vente: Sotheby's, Londres, Contemporary Art, 10 février 2005, lot 21
Acquis lors de cette vente par le propriétaire actuel

Exposition

New York, Paul Rosenberg and Co., Recent Paintings by Nicolas de Staël, 1954, no. 23
New York, Paul Rosenberg and Co., Loan Exhibition of Paintings by Nicolas de Staël, 1955, no. 14

Bibliographie

Jacques Dubourg et Françoise de Staël, Nicolas de Staël Catalogue Raisonné des Peintures, Paris 1968, , no. 645, p. 274 et p. 318, illustré
Françoise de Staël, Nicolas de Staël: Catalogue Raisonné de l’Oeuvre Peint, Neuchâtel 1997, no. 731, p. 480, illustré en couleurs

Description

COMP
Nicolas de Staël dans son atelier (c) D.R.

A l’été 1953, de retour de New York où son exposition à la Knoedler Gallery du 10 au 28 mars a connu un succès retentissant, Nicolas de Staël décide de partir pour l’Italie. Il espère y trouver une lumière, qui, comme celle de Dieppe, Gravelines, ou Ménerbes à une autre époque, pourrait donner un nouveau souffle à sa peinture. En quête d’inspiration, il fait ainsi grimper dans sa camionnette Citroën son épouse, ses enfants et Jeanne, la femme du propriétaire de la maison qu’ils louent à Lagnes et dont l’artiste est tombé éperdument amoureux.

Direction la Sicile. Pour atteindre la plus grande île de la Méditerranée, ils passent par Rome, Assise, Tivoli, Ravenne, Naples, Pompéi, et Paestum. En quelques jours, ils atteignent Syracuse, et enfin, Agrigente. Fondée en 582 avant Jésus-Christ, la « plus belles des cités mortelles » d’après Pindare, célèbre poète lyrique de l’antiquité, émerveille l’artiste par ces paysages dévorés de soleil. Il redécouvre les formes pures et franches des temples grecs qui seront le point de départ de la plus merveilleuse série que Nicolas de Staël ait peinte dans les mois précédents sa disparition tragique.

De retour à son atelier du Vaucluse à la fin de l’été, exalté par les visions qu’il a eu en Sicile, l’artiste se met à dessiner et peindre sans relâche, habité, presque avec frénésie. Tant et si bien que son galeriste tentera de refreiner ses ardeurs en lui demandant dans un télégramme parvenu jusqu’à nous ne pas « trop produire pour ne pas effrayer les clients. »

Entre 1953 et 1954, Staël réalise ainsi, de mémoire, dix-neuf éblouissantes toiles dont les intitulés varient d’Agrigente à Sicile-Agrigente et Paysage à Agrigente. En sculptant l’huile à l’aide d’un couteau, il dépeint le décor fruste et aride de la Sicile tout aussi bien que les ruines de ses temples. Sa façon à lui de transposer le choc esthétique éprouvé, Staël ne peignant « jamais ce qu’il voit, mais le coup reçu. » Et, dans le cas présent, le coup reçu par l’expérience de l’infini qu’il a faite à Agrigente.

Paysage à Agrigente, 1953, est le premier tableau que Staël réalise en rentrant à Lagnes, inaugurant avec brio la fabuleuse série qui nous occupe. Exposé à New York dans le cadre de la première grande exposition que le célèbre marchand Paul Rosenberg orchestre pour l’artiste après l’avoir volé à la galerie Knoedler, il séduit immédiatement la collectionneuse et philanthrope chicagoane Sarabel Florsheim, qui conservera l’œuvre ainsi que d’autres chefs d’œuvres tels que La Route de Vétheuil de Claude Monet et Tête de femme d’Edgar Degas jusqu’à son dernier soupir.

Composé d’aplats à la transparence quasi minérale, monochromes au premier abord mais en réalité subtilement déclinés, Paysage à Agrigente s’inscrit dans une longue tradition de transcription des paysages antiques italiens du XVe siècle à l’époque contemporaine. Comme le souligne Robert Rosenblum dans Modern Painting and the Northern Romantic Tradition, publié en 1975, la peinture de Mark Rothko elle-même, que l’on peut par-là rattachée à celle de Casper David Friedrich, s’inspire des ruines de l’antiquité grecque, empreintes de mysticisme, de sentiment religieux et soulignant la petitesse des hommes face à l’infini.

Dans Ecrits sur l’art (1934-1969), Mark Rothko fait le récit de ses voyages en Europe et notamment à Paestum, en Campanie, où les ruines lui font lui une si forte impression qu’interpelé par deux guides italiens qui lui demandent s’il vient pour peindre les temples, il répond : « I have been painting Greek temples all my life without knowing it », « j’ai peint des temples grecs toute ma vie sans le savoir. » La démarche inverse de celle de Nicolas de Staël à Agrigente, mais pourtant aussi puissante et inspirée.

« Je n'oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d'un espace » (extrait de Témoignages pour l'art abstrait, Paris, 1952).

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