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[Sade, Donatien-Alphonse-François de]
LA MARQUISE DE GANGE. PARIS, MARRE-ROGUIN POUR BECHET, 1813.
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LA MARQUISE DE GANGE. PARIS, MARRE-ROGUIN POUR BECHET, 1813.
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Livres et Manuscrits

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Paris

[Sade, Donatien-Alphonse-François de]
LA MARQUISE DE GANGE. PARIS, MARRE-ROGUIN POUR BECHET, 1813.
Exceptionnel exemplaire offert par le fils de Sade au descendant de la marquise de Gange.

2 volumes in-12 (165 x 97 mm). Veau brun, roulette en encadrement sur les plats, titre doré, tranches marbrées (Reliure de l’époque, vers 1825).
Fortes restaurations, cuir reteinté, charnières refaites, coins émoussés, importantes rousseurs.

Édition originale du dernier roman paru du vivant de l’auteur, paru anonymement un an avant sa mort.
"Ouvrage devenu rarissime" (Lely, p. 584).

Ce roman noir s’inspire du destin tragique de Diane-Élisabeth de Rossan, marquise de Ganges (que Sade écrit "Gange"), qui fut sauvagement assassinée en 1667 par ses deux beaux-frères, avec la complicité de son second mari, désireux d’hériter des biens de son épouse. La beauté et l’innocence de la marquise, la cruauté de ses tourments, la noirceur des persécuteurs et un climat d’érotisme inspirèrent le dernier roman de Sade.

Envoi autographe signé d’Armand de Sade (1769-1847), fils de l'auteur :
"Mr de Sade offre son respect [?] à Mr le marquis de Fortia. Ce nest que ce matin qu'il a retrouvé un exemplaire de la Marquise de Gange qu'il s'empresse de lui envoyer. Il y a bien longtemps qu'il a lu le livre. Ainsi il ne sait pas trop ce qu'il lui envoye, si l'auteur dans ces écrits a dénaturé les fait ou dit quelque chose qu'il auroit du taire. Ces la moindre faute qu'il ai fait et son fils en demande pardon pour lui", sur une lettre montée en tête du premier volume.

Le destinataire a daté cet envoi : "2 août 1824" et certifié : "Cette lettre m'a été adressée par M. le Comte Armand de Sade, fils de l'auteur". L’adresse figure au verso, de la main d’Armand de Sade : "À Monsieur [mot répété deux fois] le marquis de Fortia, Rue de la Rochefoucauld, n° 12".

Le destinataire de l’ouvrage, Agricol-Joseph Fortia d'Urban (1756-1843), n’est autre que l’un des descendants de la marquise de Ganges, Marie-Elisabeth de Rossan, dont Sade romança les tourments. Érudit et historien avignonnais, le marquis de Fortia avait lui-même écrit une Histoire de la marquise de Ganges, publiée avant la version romancée de Sade (1810).

"la moindre faute qu'il ai fait[e]". Alors que Sade était considéré comme atteint de folie, il n’était pas aisé d’être son fils à une époque où la folie était considérée comme héréditaire. Élevé dans le respect des vertus bourgeoises, sans aucune imagination, jaloux de sa respectabilité, Armand de Sade, un "avare bigot" selon Lely (p. 667), eut toujours pour son père une "répulsion instinctive" (Lever, p. 642). Il n’accepta d’assumer la charge de son père, enfermé à l’hospice de Charenton, que pour éviter le déshonneur de la famille. Comme son frère Louis-Marie et sa sœur Madeleine-Laure, il ne tirait aucune fierté des écrits de son père, et même n’en parlait qu’avec gêne, comme cette lettre au marquis de Fortia le démontre encore. D'ailleurs, s’il consent lui à offrir un exemplaire de La Marquise de Gange, c’est en "demand[ant] pardon" pour les fautes de son père.
Il explique aussi avoir lu le livre "il y a bien longtemps" ; sa lecture remonte en effet à une dizaine d’années, comme en témoigne l’une des dernières lettres qu’il écrivit à son père, quinze jours avant la mort de ce dernier : "J’ai lu La Marquise de Gange avec un grand plaisir", écrit-il le 17 novembre 1814 (idem, p. 639).
Comme Armand de Sade le souligne dans sa lettre, son père n’a pas, comme Fortia, fait œuvre d’historien, mais de romancier : il a "dénaturé les faits". "Ce n'est point un roman que nous offrons ici", avait d’ailleurs expliqué l’auteur dans sa préface, reprenant ce qu'il affirmait déjà dans celle d’Isabelle de Bavière : "L'historien doit dire et ne rien créer, tandis que le romancier peut, s'il le veut, ne dire que ce qu'il crée" (cité par Trousson, p. 6 ; sur les nombreux changements opérés par Sade rapport à la vérité historique, voir p. 6-10).

À la mort de Sade, 4 exemplaires de La Marquise de Gange avaient été trouvés dans son logement de l’hospice de Charenton.

Références : G. Lely, Vie du marquis de Sade, 1989, n° 9. -- M. Lever, Sade, 1991. -- Sade, un athée en amour, n° 131. -- J. Gay, Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour..., col. 70-71. -- R. Trousson, "Un fait divers à succès : l’histoire de la marquise de Ganges, du marquis de Sade à Charles Hugo" [www.arllfb.be, en ligne].

Provenance : Claude-Armand de Sade. -- Agricol-Joseph Fortia d'Urban (lettre).


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