204
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Proust, Marcel
DU CÔTÉ DE CHEZ SWANN. PARIS, GRASSET, 1913.
Estimation
20 00030 000
Lot. Vendu 62,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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204
Proust, Marcel
DU CÔTÉ DE CHEZ SWANN. PARIS, GRASSET, 1913.
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20 00030 000
Lot. Vendu 62,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Livres et Manuscrits

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Paris

Proust, Marcel
DU CÔTÉ DE CHEZ SWANN. PARIS, GRASSET, 1913.
In-12 (182 x 114 mm). Bradel demi-maroquin bleu à long grain à coins, dos lisse, titre et tête dorés, couverture et dos, étui bordé (Stroobants).
Coiffes et coins frottés ; petite restauration de papier à la première page de l’envoi.

Édition originale.
Mention fictive de deuxième édition sur la couverture. Exemplaire d'un tirage inconnu de Max Brun mêlant des remarques de premier et de second tirage (mention de deuxième édition sur la couverture, sans la faute à Grasset sur la page de titre, avec l'achevé d'imprimer au verso de la page 523 et sans la table...).

Long envoi autographe signé à Walter Berry, daté de juillet 1916.
Courant sur trois pages
, il est en partie inédit.

"À Monsieur Walter Berry
Monsieur,
Vous pensez probablement comme moi que les plus sages, les plus poètes, les meilleurs, ne sont pas ceux qui mettent dans leur œuvre toute leur poésie, toute leur bonté et toute leur science mais qui savent encore d’une main ingénieuse et prodigue en mettre un peu dans leur vie. L’histoire de la reliure aux armes de Guermantes est une si belle histoire qu’en attendant le poète qui, espérons-le, ne manquera pas pour l’écrire (et je saurais me présenter à son défaut), il fallait déjà être un poète pour la créer, pour la vivre. C’est 
[en] ce sens que je dirais qu’un surplus de votre science, de votre bonté et de votre poétique conception de la vie était déjà dans cette histoire. Les choses n’ont pas que les "lacrymae" dont parle Virgile. J’aime mieux me souvenir en ce moment d’un proverbe latin qui est apparenté à ce sens-là : "Habent sua fata libelli" ["Les livres ont leur destinée"]. Je suis persuadé que dans le complexe enchaînement des effets et des causes, le "fatum" de ce petit livre voulait que, par vous, il vînt à celui qui avait exhumé les Guermantes de leurs tombes et tenté de rallumer l’éclat du nom éteint. Puisse ne pas s’arrêter là son destin ; et qu’il ait été aussi de rapprocher l’un de l’autre, afin de tisser entre eux "les fils mystérieux où les cœurs sont liés" le merveilleux découvreur qui fit un plus rare présent que celui rapporté dans Sylvestre Bonnard et son bien reconnaissant et admiratif
Marcel Proust. Juillet 1916
".

Walter Berry, l'ami américain. Ce long envoi de Proust fait allusion au volume aux armes des Guermantes -- un exemplaire des Œuvres du P. Rapin sur les grands hommes de l'antiquité de 1709 -- que Walter Berry lui offrit alors qu’il ne le connaissait pas encore. Relisant Swann en mai 1916, Walter Berry raconte avoir trouvé ce livre chez un bouquiniste le long de la Seine : "Je sortis, enchanté, emportant ma trouvaille, et quelques jours plus tard, avec une lettre dans laquelle j'exprimais combien profondément j'étais pénétré de son œuvre, je faisais parvenir le volume à Marcel Proust encore -- de moi -- inconnu." (cité par Kolb). Peu de temps après avoir offert cet exemplaire aux armes, Walter Berry rencontra Proust chez Mme Scheikévitch. Avocat, expert en droit international et Président de la Chambre de commerce américaine de Paris, Walter Berry (1859-1927) aidera Proust dans différentes affaires (différends, déclarations sur le revenu, vente de meubles, etc.). Très proches, ils avaient pour habitude de dîner au Ritz. En 1919, Proust lui dédia Pastiches et Mélanges ainsi : "À Monsieur Walter Berry. Avocat et lettré, qui, depuis le premier jour de la guerre, devant l'Amérique encore indécise, a plaidé, avec une énergie et un talent incomparables, la cause de la France, et l'a gagnée. Son ami, Marcel Proust". En 1920, Walter Berry souscrivit à trois exemplaires de l'édition de luxe d’À l'Ombre des jeunes-filles en fleurs sur papier bible ; Proust y fut très sensible, voyant là un véritable acte d'amitié. Dans une lettre du 10 juin 1922, il lui écrit, comme il l'a aussi écrit à d'autres : "vous, probablement l'être que j'aime le plus au monde" (Kolb, XXI, n° 183). Dans l'Hommage à Marcel Proust de la N.R.F. en 1923, Walter Berry décrit ainsi son ami disparu: "Je le vois, toujours, arrivant par le long couloir du Ritz, une heure en retard sur le rendez-vous, un peu hagard, éperdu, descendant de son rêve, comme un aviateur embrouillardé qui hésite à atterrir [...]. Puis, lentement, il se reprenait. Il regardait joyeusement la salle où s'agitait la foule mondaine. Souvent il s'arrêtait à une table et recueillait des futilités qu'il me rapportait, enchanté -- des propos dignes, disait-il du duc de Guermantes".

Une partie de cet envoi est resté inconnu de Kolb. Comme à son habitude, Proust commence son envoi sur les "fausses gardes" ("papier bulle de protection inférieure de la couverture, papier bistre fin, de qualité médiocre, que les relieurs suppriment généralement", Galantaris, I, p. 89) et le poursuit sur la page de faux-titre puis de titre.

[On joint :]
Anna de Noailles au bras de Walter Berry, à la sortie de l'église au mariage de Suzy Proust et Gérard Mante. [26 janvier 1926]. Photographie originale (110 x 80 mm, contrecollée sur carton).

Provenance : Précieux manuscrits à Miniatures… Œuvres de Marcel Proust avec autographes, Drouot, 6 juin 1955, n° 169.

Expositions : B.N.F., n° 402d. -- L’Écriture et les Arts, n° 290b.

Références : Kolb, XV, n° 86 (partiellement publié). -- Album Pléiade, p. 304. -- K. Kolb, "Walter Berry, l’Américain", in Le Cercle de Marcel Proust, p. 37-50. -- W. Berry, "Du côté de Guermantes", in Hommage à Marcel Proust, p. 77-80.

Sur Walter Berry et ce livre aux armes, voir aussi lot 208.


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