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Mallarmé, Stéphane
6 JEUX D’ÉPREUVES POUR UN COUP DE DÉS JAMAIS N’ABOLIRA LE HASARD DE L’ÉDITION DÉFINITIVE CHEZ VOLLARD. [IMPRIMERIE FIRMIN-DIDOT, POUR VOLLARD, JUILLET-NOVEMBRE 1897.]
Estimation
100 000150 000
Lot. Vendu 123,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Mallarmé, Stéphane
6 JEUX D’ÉPREUVES POUR UN COUP DE DÉS JAMAIS N’ABOLIRA LE HASARD DE L’ÉDITION DÉFINITIVE CHEZ VOLLARD. [IMPRIMERIE FIRMIN-DIDOT, POUR VOLLARD, JUILLET-NOVEMBRE 1897.]
Estimation
100 000150 000
Lot. Vendu 123,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

De la bibliothèque Stéphane Mallarmé

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Paris

Mallarmé, Stéphane
6 JEUX D’ÉPREUVES POUR UN COUP DE DÉS JAMAIS N’ABOLIRA LE HASARD DE L’ÉDITION DÉFINITIVE CHEZ VOLLARD. [IMPRIMERIE FIRMIN-DIDOT, POUR VOLLARD, JUILLET-NOVEMBRE 1897.]
Jeux d’épreuves de 12 feuillets in-4 chacun (environ 282 ou 295 x 388 mm). Brochés ou en feuilles. Emboîtage de maroquin kaki à encadrement, plats et intérieur couverts de balsa (P.-L. Martin).
Sur certains feuillets, traces de pliures médianes, quelques bords effrangés et petites déchirures marginales. Quelques feuillets doubles ont été séparés à la pliure.

La succession des 5 épreuves. Vollard et Mallarmé ayant convenu, dès décembre 1896, de publier ensemble une "édition de luxe" illustrée par Odilon Redon, Mallarmé adressa, en avril-mai 1897 (en tous cas avant le 14 mai), une maquette manuscrite à l’imprimeur Firmin-Didot, qui devait s’occuper pour Vollard de la fabrication de l’ouvrage (voir lot précédent).

A partir de juillet 1897, au moins 5 épreuves vont se succéder, à raison d'une épreuve par mois. Cette multitude d'épreuves s’explique par la mise en page réalisée sur double page, laquelle pose à l'imprimeur des problèmes de précision et oblige Mallarmé à de méticuleux réajustements.

La correspondance de Mallarmé permet de suivre le travail difficile de Firmin-Didot, qui jamais ne satisfait l’exigeant poète. Le 27 mai 1897, Mallarmé annonce à Gide qu'il lui enverra "les premières épreuves présentables ; mais je n'en ai encore reçu aucune" ; effectivement, les premières épreuves lui parviennent en juillet 1897, épreuves qu'il corrige abondamment (ce jeu d'épreuves, de la collection Pierre Berès, est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France), les secondes en août et les troisièmes en septembre. Le 15 septembre 1897, Mallarmé écrivait à Vollard à propos de ce troisième tirage : "Vous savez que la Maison Didot traîne infiniment : j’ai eu trois fois des épreuves, mais à des mois d’intervalle, les intermédiaires assez satisfaisantes ; les dernières, inconsidérément et sans indication mienne, modifiées". Le 5 octobre 1897, il se plaignit auprès de Valéry de n'avoir "pas encore d’épreuves, satisfaisantes tout à fait, chez les Didot", avant d’enfin pouvoir dire à "ses dames", le 2 novembre, "que les épreuves d'imprimerie sont en bonne voie, à la maison Didot". Cependant, après l'envoi, le 27 novembre 1897, les cinquièmes et dernières épreuves corrigées, il fallut encore attendre les illustrations de Redon, qui n’assura se mettre enfin à la tâche qu’en avril 1898 : "J'ai les pierres au grainage, c'est vous dire que je serai bientôt définitivement à l'ouvrage". En mai 1898, on sait que Vollard versa un acompte à Mallarmé : les choses semblaient en bonne voie quand, la disparition de Mallarmé, en septembre 1898, interrompit définitivement les travaux. Le poète était mort sans avoir vu paraître le Coup de Dés tel qu’il le rêvait. En 1900, après avoir envisagé d’imprimer l’ouvrage selon les épreuves corrigées, Vollard abandonna définitivement le projet, d’autant que Firmin-Didot avait détruit les formes typographiques.

Exceptionnel ensemble de 6 des 18 jeux épreuves connus. Entre août et novembre 1897, Firmin-Didot imprima successivement 5 épreuves différentes, chacune tirée à plusieurs exemplaires : l'une que Mallarmé devait renvoyer à l'imprimeur avec ses corrections, l'une qu'il gardait pour lui-même comme "témoin" et les autres qu'il offrait à ses amis, sans corrections. Au total, on a répertorié 18 jeux d'épreuves différents pour l'ensemble des 5 tirages successifs, certains corrigés, d'autres laissés vierges ; parmi eux, 4 sont incomplets. De cet ensemble d'épreuves, 10 sont conservées dans des bibliothèques publiques, et 2 autres dans des collections privées :
- 5 à la Bibliothèque nationale de France (dont un incomplet) ;
- 4 à la Houghton Library de Harvard (dont 3 incomplets) ;
- celle de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet ;
- celle de l’ancienne collection André Rodochanachi (aujourd’hui Bibliothèque Pierre Bergé) ;
- celle de l’ancienne collection Louis Clayeux ;
- enfin, les 6 épreuves de la présente collection.
Ce dernier ensemble est, de tous, le plus complet et celui qui présente le plus grand nombre d’épreuves.

Ces épreuves sont celles que le poète garda pour lui, après avoir envoyé les mêmes corrections à l’imprimeur. On y distingue les 4 tirages suivants :

2e tirage, [début août 1897]. Sur papier fort.
C'est à partir de ces épreuves que le titre, qui était Jamais un coup de dés n’abolira le Hasard dans le manuscrit typographique et dans les premières épreuves, est devenu Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard (avec les capitales aux mots "Dés" et "Hasard").

3e tirage, [début septembre 1897]. 2 exemplaires de ces épreuves, dont l’une avec corrections autographes. Le feuillet double formant la couverture est de papier vert-gris.
Annotations sur l’exemplaire corrigé, au crayon de couleur rouge :
- f. 1 r°, page de titre portant la mention : "Faire la couverture de papier blanc comme le reste". La même annotation figure également sur les épreuves de 3e tirage destinées à l’imprimeur et conservées à Harvard.
- f. 3 r° : alignement ;
- f. 4 r° et f. 5 v° : béquet de quelques vers recopiés ;
- f. 5 v° et f. 6 r° : nombreuses modifications d’alignement, avec cette annotation : "Les Distances ont été changées [depuis les épreuves précédentes], sans que je l'aie indiqué : c’était bien sur les épreuves précédentes, le reprendre tel, à part les quelques corrections et remaniements -- p. 6 et 7".
- f. 12 r° : très nombreuses marques modifiant l'alignement vertical ou horizontal de certains mots, avec des commentaires tels que : "reculer la fin du mot énumère jusqu’au trait vertical, puis les deux lignes suivantes en conséquence" ou "une ligne de blanc et reculer la fin du mot s’arrêter, le mot avant jusqu’au trait vertical, puis la ligne suivante en conséquence". Un béquet non collé.

4e tirage, [octobre 1897].
Joint : un feuillet présentant une imposition différente du f. 6v°.

5e tirage, [novembre 1897]. 2 exemplaires de ces épreuves, l'un annoté, l'autre avec 2 béquets.
Après avoir reçu les épreuves du cinquième tirage, Mallarmé renvoya ce jeu avec les corrections suivantes :
- f. 1 r°, page de titre : "Épreuve corrigée à comparer avec celle ci-jointe", au crayon rouge, avec, à l’encre noire, cette très longue explication : "Je joins à l’épreuve récente, que je retourne corrigée, cette épreuve-ci également du dernier envoi pour montrer que certains des inconvénients signalés dans l’épreuve corrigée ne se retrouvent pas ici et que, par contre, des manques de concordance entre les lignes d’une page à l’autre se trouvent ici qui ne se produisaient pas dans l’épreuve corrigée […]. Qu’en conclure ? Sinon que certains de ces inconvénients se produisent très probablement au brochage ; et, simplement, faute d’un repérage entre les feuilles juxtaposées. J’indique, dans la lettre qui accompagne l’épreuve corrigée en dernier lieu et celle-ci, le moyen qui me paraît aisé de faire ce repérage absolument indispensable".
- f. 3 r° : béquet apportant une modification autographe.
- Plusieurs doubles pages portent des traits à la mine de plomb marquant l’alignement exact entre les lignes. Pagination des feuillets au crayon rouge.
Le second jeu d'épreuves de ce 5e tirage présente 2 béquets imprimés (f. 11 v° et f. 12 r°).

Référence : Œuvres complètes, I, p. 1323. Depuis la parution de cette édition, un dix-huitième jeu d’épreuves est apparu sur le marché (Vente Pierre Berès, IV, 2006, n° 132).


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