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Pablo Picasso
LE PEINTRE ET SON MODÈLE
Lot. Vendu 3,009,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Pablo Picasso
LE PEINTRE ET SON MODÈLE
Lot. Vendu 3,009,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Art Impressionniste et Moderne

|
Paris

Pablo Picasso
1881 - 1973
LE PEINTRE ET SON MODÈLE
signé Picasso (en haut à droite) ; daté 13/14.11.64 (au dos)
huile sur toile
97,9 x 130,5 cm ; 38 1/2 x 51 3/8 in.
Peint les 13 et 14 novembre 1964.
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Provenance

Galerie Louise Leiris, Paris
Galerie Karsten Greve, Cologne
Collection particulière, Europe
Collection particulière, Suisse
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel

Exposition

Cologne, Galerie Karsten Greve, Pablo Picasso, 1988, no. 62

Bibliographie

Christian Zervos, Pablo Picasso, vol. XXIV : œuvres de 1964, Paris, 1971, no. 267, reproduit p. 101

Description

signed 'Picasso' (upper right), dated '13/14.11.64' (on the reverse), oil on canvas. Painted on 13th and 14th November 1964.

"Que l’artiste au travail – presque toujours ‘Le peintre et son modèle’ qui, dans l’œuvre de Picasso, apparaît dès longtemps comme un thème majeur – soit devenu, non pas son thème unique, mais du moins le plus fréquent montre toute l’importance que l’acte même de peindre revêt aux yeux de Picasso."
Michel Leiris, 1963 (in Jean Leymarie, Picasso. Métamorphoses et Unité, Genève, 1971, p. 191)

"Picasso a tellement peint, dessiné, gravé ce sujet [Le Peintre et son modèle] tout au long de sa vie et sous tous les angles possibles que c’en est presque devenu un ‘genre’ en soi, comme le paysage ou la nature morte. En 1963 et 1964, il ne peint quasiment plus que cela (…)". Ce commentaire de Marie-Laure Bernadac (in Picasso. La Monographie 1881-1973, Barcelone, 2000, p. 439) est révélateur de l’importance du thème iconique du Peintre et son modèle dans l’art de Picasso. Si ce sujet apparaît tôt dans l’œuvre du peintre, notamment en 1926 dans un tableau qu’il exécute à la demande d’Ambroise Vollard (Le Peintre et son modèle, 1926, Musée Picasso, Paris) ou, deux ans plus tard, en 1928, dans une somptueuse composition aujourd’hui conservée au Museum of Modern Art de New York (Fig. 2), c’est surtout vers la fin de sa vie, dans les années 1960, que Picasso en fait le thème central de son art.

A partir de de 1963, Picasso aborde le thème du Peintre et son modèle de manière quasiment frénétique. Le peintre vient alors d’emménager à Notre-Dame-de-Vie à Mougins et les séries de tableaux qu’il va consacrer à ce thème correspondent à la période d’appropriation de son nouvel atelier. Pendant plusieurs mois (d’abord pendant une première période de février à mai 1963 puis lors d’une seconde, d’octobre à décembre 1964, au cours de laquelle est peint le présent tableau), il se consacre presque exclusivement à ce sujet, traduisant sa passion créatrice directement sur la toile, sans esquisse préparatoire. Au cours de cette période d’intense création, près de cent cinquante toiles représentant le Peintre et son modèle sont exécutées par Picasso. Le plus souvent, comme cela est le cas dans la présente œuvre, le peintre y apparaît avec ses attributs traditionnels (les pinceaux et la palette) faisant face au modèle nu, assis ou couché. Le chevalet sur lequel repose la toile sert à créer une séparation de la toile en deux parties, correspondant à deux univers distinct : celui de l’artiste et celui du modèle.

Au-delà d’une évocation de son propre travail, c’est bien un hommage au métier-même de peintre que Picasso vise à rendre dans cette série emblématique de tableaux. S’approchant alors du terme de sa vie, après avoir consacré presque dix ans à réinterpréter les grands maîtres du passé (notamment avec ses œuvres dédiées aux Ménines de Velasquez, aux Femmes d’Alger de Delacroix, à L’Enlèvement des Sabines de Poussin ou encore au Déjeuner sur l’herbe de Manet), l’artiste vieillissant renoue dans cette série avec l’essence de son métier : la peinture d’après le modèle vivant. Manifeste éclatant de ce qu’est selon lui le métier de peintre, par opposition aux nouvelles tendances de l’art contemporain d’alors, il met en scène dans le présent tableau l’acte-même de peindre : Picasso vise ici à révéler au monde la relation complexe existant entre le peintre et son modèle. Si la femme nue, représentée avec un érotisme cru, incarne le monde réel, elle n’existe cependant que par le regard de l’artiste, point de départ de la création. Peint dans des tonalités pastel qui contrastent avec l’érotisme de la composition, le présent tableau met bien en évidence cette relation fusionnelle et magique unissant les deux protagonistes, le spectateur apparaissant ici dans le rôle d’un voyeur qui accède à l’intimité de l’atelier du peintre. Ainsi que l’exprime si bien Jean Leymarie, "Le Peintre et son modèle, c’est le dialogue entre l’art et la nature, entre la peinture et le réel" (in Jean Leymarie, Picasso. Métamorphoses et unité, Genève, 1971, p. 279), en quelque sorte le testament de Picasso alors au sommet de son art.

Art Impressionniste et Moderne

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Paris