323
323
Table à mécanisme dite "table à coulisse" en marqueterie et bronze ciselé et doré d'époque Louis XV, attribuée à Jean-François Oeben, vers 1750
A GILTBRONZE MOUNTED MARQUETRY TABLE MECANIQUE, LOUIS XV, ATTRIBUTED TO JEAN-FRANÇOIS OEBEN, VERS 1750
Estimation
100 000150 000
Lot. Vendu 186,750 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
ACCÉDER AU LOT
323
Table à mécanisme dite "table à coulisse" en marqueterie et bronze ciselé et doré d'époque Louis XV, attribuée à Jean-François Oeben, vers 1750
A GILTBRONZE MOUNTED MARQUETRY TABLE MECANIQUE, LOUIS XV, ATTRIBUTED TO JEAN-FRANÇOIS OEBEN, VERS 1750
Estimation
100 000150 000
Lot. Vendu 186,750 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
ACCÉDER AU LOT

Details & Cataloguing

Mobilier et Tableaux anciens Provenant de la Collection d'un Érudit Français

|
Paris

Table à mécanisme dite "table à coulisse" en marqueterie et bronze ciselé et doré d'époque Louis XV, attribuée à Jean-François Oeben, vers 1750
A GILTBRONZE MOUNTED MARQUETRY TABLE MECANIQUE, LOUIS XV, ATTRIBUTED TO JEAN-FRANÇOIS OEBEN, VERS 1750
le plateau centré d'une rosace flanquée de bouquets de fleurs dans un double encadrement de filets, ceint d'une lingotière, coulissant et découvrant un tiroir comportant une tablette inclinable gainée de cuir vert, un tiroir secret et deux compartiments latéraux ; reposant sur des pieds cambrés ornés de chutes d'angle et de sabots en bronze doré, le côté droit muni d'une serrure et d'une clé à mécanisme
Haut. 66 cm, larg. 61 cm, prof. 29 cm
Height 26 in; width 24 in; depth 11 1/2 in
Lire le rapport d'état Lire le rapport d'état

Bibliographie

Références bibliographiques
A.Pradère, Les Ebénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, 1989

S. Eriksen, Early Neo-Classicism in France, Londres, 1974

P. Kjellberg, Le Mobilier français du XVIIIe siècle, Paris, 1989

D. Alcouffe, A. Dion-Tennebaum, A.Lefebure, Le Mobilier du Louvre, tome I, Paris, 1993

Boutemy, Les Tables Coiffeuses de Jean-François Oeben, in Bulletin de la Société de l’Art français, décembre 1962

Cat. Expo musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, 24 février – 15 mai 2002, Madame de Pompadour et les Arts, B. Rondot, De la Rocaille au Goût grec, RMN, Paris, 2002

 

Description

Les tables " à coulisse "

Quoique non estampillée, il est aisé d’attribuer la paternité de notre table à Jean-François Oeben, aussi bien par son galbe, son décor de marqueterie que par son mécanisme. En tant qu’ébéniste privilégié de la Couronne, il n’était pas obligé de prendre la maîtrise et d’apposer son estampille sur les pièces quittant son atelier. Jean-François Oeben s’était spécialisé dans l’ébénisterie de luxe et ses tables mécaniques à fonctions multiples rencontrèrent le plus grand succès et contribuèrent à sa réputation.

Outre la qualité de construction et la finition irréprochable remarquables sur l’ensemble de sa production, Jean-François Oeben s’est distingué par l’invention, la conception et la réalisation de mécanismes particulièrement sophistiqués qui lui ont valu une reconnaissance quasi immédiate d’une clientèle passionnée par la technique et friande d’équipements mécaniques. Il a fait preuve de beaucoup d’ingéniosité pour mettre au point des systèmes complexes actionnés par des moyens mécaniques finalement très simples.

Egalement appelé table " à deux fins ", ce modèle de table mécanique a toujours été exécuté avec un soin extrême. En créant et développant ce type de meubles au raffinement technique et décoratif incontestable Jean-François Oeben produit, estampillée ou non, toute une série de meubles.  Ce type de tables combine la coiffeuse et la table à écrire. Ce sont surtout les tables mécaniques et à transformations dont le plateau glisse en arrière en découvrant des casiers équipés d’écritoire ou de flacons.

Un certain nombre d’exemplaires sont conservés dans les collections suivantes : 

Huntington Art Collections, San Marino, Californie
Hillwood Museum and Gardens, Washington DC
National Gallery museum, Washington DC
J. Paul Getty Museum, Californie (2 tables)
Metropolitan Museum of Art, New York
Musée du Louvre, Paris (2 tables)
Musée de La Résidense, Munich
Musée Calouste Gulbekian, Lisbonne (2 tables)
Musée Cognacq-Jay, Paris
Rijksmuseum, Amsterdam
Bowes Museum, Barnard Castle, Teesdale,County Durham
Victoria & Albert Museum, Londres
Lord and Lady Rosebery, Dalmeny House, Ecosse
Collection princière européenne, une table présentée en vente publique chez Philipps à New York, le 5 décembre 2001, lot 48. 

De cet ensemble on isolera deux tables, certainement parmi les toutes premières créations de J.F. Oeben, et leur invention remonte probablement à son séjour aux Gobelins, voire auparavant au Louvre, puisqu’une de ces tables est représentée sur un portrait de Madame de Pompadour et de sa fille Alexandrine peint par François Guérin avant 1754 (voir Casimir Stryienski, François Guérin, in Gazette des Beaux-Arts, 1902, pp. 307-310). 

La table figurant sur le tableau pourrait être celle du musée Getty ou celle du Louvre, car toutes deux présentent la particularité de posséder une marqueterie identique à motifs géométriques sur le dessus des casiers disposés de part et d’autre de la tablette centrale du large tiroir monobloc.

De forme et proportion identiques, ces deux tables présentent néanmoins d’infimes différences, tant dans le décor marqueté que dans leur aménagement ; il s’agit d’une constante dans l’œuvre de Oeben, il est en effet significatif qu’on ne connaisse pas deux meubles de lui strictement identiques. 

La marqueterie de fleurs 

Roubo (in L’Art du menuisier ébéniste, Paris, 1771, p.388) donnait comme premier critère de qualité pour la marqueterie, la ressemblance avec le naturel : " L’objet de la mosaïque étant d’imiter la nature, ou pour mieux dire, la nature des différents sujets dont cette dernière n’est que la copie, il faut [ ...] que les ouvrages de mosaïque ressemblent aux sujets qu’on veut représenter comme les fleurs, les fruits, etc ".

Les fleurs étaient la grande spécialité d’Oeben, il a certainement contribué à remettre au goût du jour ce type de décor et son installation au Louvre, à l’époque où il était le sous-locataire du plus jeune fils d’André-Charles Boulle, n’est sans doute pas étrangère à ses compositions "réalistes" en marqueterie de fleurs, à la différence d’un B.V.R.B. ou d’un Joseph qui privilégiaient la marqueterie de bois de bout. Comme A-C. Boulle, Oeben aimait tout particulièrement les riches bouquets de fleurs, et les disposait dans des paniers d’osier caractéristiques, le tout reposant sur des socles stylisés dont l’emploi sélectif de placage de loupe rappelait le marbre, et ce, certainement pour parfaire l’imitation du naturel. Ces compositions évoquent les représentations de Monnoyer et de ses contemporains. L’inventaire après-décès d’Oeben (op. cit.) mentionne un grand nombre de gravures ainsi que des tableaux de fleurs, et l’on peut se demander s’il ne connaissait pas les vases de fleurs d’André-Charles Boulle.

P. Ramond (op.cit. p. 148-153), dans son étude détaillée des plateaux de la table du Getty et du Louvre, ne dénombre pas moins de seize bois différents pour constituer ces compositions florales qui sont très proches de celles de deux artistes, Louis Teissier (1719-1781) et Maurice Jacques (vers 1712-1784), deux colocataires d’Oeben aux Gobelins, spécialisés dans la représentation de fleurs destinées aux décorateurs de porcelaine et aux cartonniers de tapisseries ou de tissus.

La marqueterie à motifs géométriques 

L’inventaire après-décès précise : " 4 volumes in-fol ; Un petit in-4, reliés tant en veau que brochés, qui sont différents recueils d’estampes imprimées, deux autres volumes in-4, deux autres in-8, deux autres in-12, dont institutions de geomettrie, prisés et estimés ensemble 8 liv. " . Ces livres en sa possession nous renseignent sur l’intérêt que portait Oeben pour la géométrie et plus largement pour les questions de proportion et de construction.

Jean-François Oeben

Originaire de Rhénanie du Nord, Jean-François Oeben émigre avec plusieurs membres de sa famille en France. On le retrouve à Paris, rue du Faubourg Saint-Antoine en 1749 quand il épouse la fille de l’ébéniste François Vandercruse. Les deux frères de Jean-François Oeben, Girard et Simon sont également ébénistes. En 1751, Jean-François Oeben quitte le Faubourg Saint-Antoine pour s’installer au Louvre où il occupe l’entresol du logement de Charles-Joseph Boulle, le plus jeune des fils d’André-Charles Boulle. A la mort ce dernier, Jean-François Oeben obtient, par un brevet du 15 décembre 1754, de s’installer aux Gobelins et reçoit le titre d’ébéniste du roi. A ce moment il engage son frère cadet Simon comme compagnon. Cette même année, son nom apparait dans le Journal du Garde-Meuble de la Couronne puisqu’il livre une commode pour l’appartement du Dauphin à Versailles.

L’atelier se développa et deux ans plus tard, il se fit attribuer, ainsi qu’à sa femme, " leurs vies durant ", par l’administration royale un logement plus spacieux à l’Arsenal royal qui venait d’être créé. Son atelier connut un nouvel essor, et en 1759, un certificat signé par le marquis de Marigny, intendant des Bâtiments, lui permit d’acquérir la maîtrise sans aucun frais et il attendit semble-t-il 1761 pour légaliser sa situation. Il s’éteignit en 1763, au sommet de sa carrière et à la tête d’un atelier florissant alors qu’il travaillait sur sa commande la plus importante, le bureau du roi, tout en exécutant de nombreux meubles pour sa cliente privilégiée, Madame de Pompadour.

L’atelier de Jean-François Oeben était bien équipé comme l’atteste son inventaire après-décès puisqu’il comprenait quatorze établis ce qui laisse supposer que seize à dix-huit personnes y travaillaient. Parmi les personnes qui ont travaillé dans son atelier ou étroitement collaboré avec Jean-François Oeben, figurent tout d’abord son frère Simon et les noms des plus grands ébénistes du milieu et de la fin du XVIIIe siècle : Martin Carlin qui épousa sa soeur Marie-Catherine Oeben en 1759, Jean-Henri Riesener épousa quant à lui sa veuve et repris son la direction de l’atelier, Jean-François Leleu fut evincé de l’atelier à la mort de son maître, Roger Vandercruse fut son beau-frère et leur collaboration est établie par des documents et des ressemblances stylistiques. Oeben fut apprécié tant de son vivant qu’après sa mort et il fut l’un des rares ébénistes dont le nom se retrouve dans les catalogues de ventes du XVIIIe siècle.

Une clientèle prestigieuse 

Jean-François Oeben fut certainement l’un des plus créatifs et éminents ébénistes du XVIIIe siècle à une époque où le commerce du luxe connaissait un essor considérable liés aux changements de la société et de l’état culturel. Bien qu’actif seulement une quinzaine d’années, il connut une carrière étonnante.

Le Livre-Journal de Lazare Duvaux nous apprend que dès 1752 il fournit le célèbre marchand-mercier et que déjà, Madame de Pompadour achetait des meubles d’Oeben. Le Journal du Garde-Meuble indique ses livraisons pour la Cour, la première mention apparait en 1754 pour l’appartement du Dauphin à Versailles. Son inventaire après-décès dressé en 1763, nous renseigne sur ses clients à cette époque car une grande partie du commerce se faisait sur la base du crédit.

A la lumière de ces documents, on constate que sa clientèle faisait partie de la famille royale, de la haute aristocratie, des financiers et des hauts fonctionnaires de l’administration de la Couronne. De plus, beaucoup appartenaient à un cercle influent qui se voulait l’arbitre du bon goût et la mode. La marquise de Pompadour qui était au centre de ce cercle, resta la meilleure cliente d’Oeben et B. Rondot (op. cit.) pose la question suivante : le style Pompadour est-il le style d’Oeben ? Quelle que soit la réponse, il est indéniable qu’elle appréciait les meubles d’Oeben puisque deux meubles de l’ébéniste apparaissent distinctement sur des portraits : celui de François Guérin peint vers 1754 où figure une table "à coulisse", peut-être celle du Getty ou celle du Louvre, et sur un tableau de François-Hubert Drouais de 1763 la montrant à son métier à broder avec une table à ouvrage caractéristique de l’ébéniste. Par ailleurs, les motifs de fleurs sur la robe qu’elle porte sur ce même tableau ne sont pas sans rappeler une marqueterie de fleurs indiennes très particulière ornant une table aujourd’hui conservée au musée Cognacq-Jay à Paris (inv.373) et attribuée à J-F. Oeben.

L’inventaire après-décès d’Oeben mentionne : " Suivent les meubles réclamés par Madame de Pompadour qu’elle a envoyé aud. Deffunt sieur Oeben à l’effet d’ête raccomodés et réparés....................... "

De plus dans l’inventaire après-décès de la marquise (1764), sont indiquées dix-sept commodes à la grecque ; cette formule renvoie à un type de commode mise au point par Jean-François Oeben dont Alexandre Pradère (op. cit.) a démontré que l’ébéniste en était à l’origine.

Ses autres clients comptaient parmi les personnalités les plus émininentes de l’époque : la dauphine Marie-Josèphe de Saxe, les ducs de Bourgogne, d’Aumont, de Choiseul, de Richelieu, de Chaulnes, de Bouillon, la duchesse de Lauraguais, de Brancas, de Grammont ; le président de Lamoignon, le fermier-général Grimod de la Reynière et de bien d’autres encore sans oublier le roi, pour lequel Oeben n’a pu achever sa plus importante commande.




Mobilier et Tableaux anciens Provenant de la Collection d'un Érudit Français

|
Paris