178
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prières de la messe
manuscrit autographe signé
Paris, 1725
PRIÈRES DE LA MESSE MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ PARIS, 1725
Estimation
280 000350 000
Lot. Vendu 321,600 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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prières de la messe
manuscrit autographe signé
Paris, 1725
PRIÈRES DE LA MESSE MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ PARIS, 1725
Estimation
280 000350 000
Lot. Vendu 321,600 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Royal Provenance
Furniture, Works of Art, Paintings and Drawings, Silver, Jewels, Books and Manuscripts

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Paris

prières de la messe
manuscrit autographe signé
Paris, 1725
PRIÈRES DE LA MESSE MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ PARIS, 1725

Manuscrit à peinture signé et daté par Rousselet, 45 feuillets in-12 (165 x 105 mm) sur papier, écrit en lettres romaines avec encadrement à chaque page d'un double filet or et noir.

illustration : titre en lettres d'or, bleues et roses avec large décor de guirlande de fleurs et feuillages sur fond or ; 2 miniatures à pleine page représentant le Christ au jardin des oliviers et la Crucifixion ; 2 bandeaux à mi-page ; 4 culs-de-lampe ; 2 grandes lettrines bleues sur fond or avec motif de fleurs ; 37 initiales bleues sur fond or.    

reliure de l'époque par Padeloup. Maroquin citron, décor central mosaïqué de maroquin bleu nuit orné au pointillé portant les monogrammes entrelacés de Louis XV et de Marie Leczinska surmontés de la couronne de France, large dentelle mosaïquée de maroquin rouge et bleu nuit avec trilobes fleur-de-lysés aux angles, dos orné d'un décor mosaïqué, doublure de maroquin bleu nuit avec dentelle dorée aux petits fers, gardes de papier dominoté or à grand motif floral violet, prune, rose, orange et vert, tranches dorées.   
Infimes rousseurs.


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Provenance

Marie Leczinska--Duchesse de Berry (ex-libris manuscrit, vente de ses manuscrits en 1864)--Bancel (vente en 1882)--La Roche Lacarelle (ex-libris, vente le 30 avril 1888, n° 29)--Henri Bordes (ex-libris, vente en 1897)--Bulletin Morgand (n° 37441)--Robert Hoe (ex-libris, vente le 16 janvier 1912, n° 2509)--André Langlois (ex-libris). 

Bibliographie

Exemplaire cité par Portalis, Nicolas Jarry, 1896, p. 131--Quentin-Bauchart, Les Femmes bibliophiles de France, II, p. 47, n° 3--Pierre Michon, Les Reliures mosaïquées du XVIIIe siècle, n° 177.

Description

un cadeau de mariage royal

Une note autographe du bibliothécaire de la duchesse de Berry, au verso du 2ème feuillet de garde, indique : "Ce manuscrit a été exécuté par Rousselet pour la reine Marie Lesczinska à qui il fut présenté par le roy Louis XV le 4 septembre 1725". Ce jour marque la première rencontre de Louis XV avec Marie Leczinska, la veille de leur mariage : "Le 4 septembre, Louis XV, informé que Marie (...) devait se rendre à Moret, monta en carrosse suivi de sa cour et partit à ses devants. Il s'arrêta près de Montarlot. La pluie avait cessé, il faisait un peu de soleil. Aussitôt qu'il aperçut le carrosse de la Reine, le Roi descendit du sien. La Reine, au même instant mit pied à terre. Ils s'avancèrent l'un vers l'autre. Marie s'inclina. Louis la releva, la serra dans ses bras, l'embrassa, puis lui présenta les princes de sang." (Michel Antoine, Louis XV, p. 157). Ce manuscrit lui fut très certainement présenté par Louis XV à cette occasion. Le lendemain, le mariage royal était célébré à Fontainebleau avec tout le faste que la cour de France pouvait déployer. Quentin-Bauchart, le catalogue de la vente La Roche Lacarelle (p.14) puis Portalis (Nicolas Jarry et la calligraphie au XVIIe siècle, 1896, p. 130-131) ont confirmé qu'il s'agit bien d'un cadeau de mariage royal. Deux éléments supplémentaires viennent souligner les circonstances exceptionnelles d'exécution de ce manuscrit à peinture et de son admirable reliure.

un manuscrit unique dans l'oeuvre de rousselet

Des 24 manuscrits de Rousselet répertoriés par Portalis, celui-ci est le seul à la fois signé et daté, témoignant bien du caractère extraordinaire de la commande. Rousselet -à l'inverse de Padeloup- n'en était pourtant pas à ses premières "armes" puisqu'il avait auparavant travaillé pour Louis XIV, la Sainte Chapelle, le comte de Toulouse et les familles de Richelieu, Beauvilliers et Pontchartrain. Il ne signera pas les deux manuscrits à peinture, les Epîtres et les Evangiles (ancienne collection Edmond de Rothschild puis vendu par Sotheby's à New York le 5 décembre 2003, lot 535) faits la même année pour la chapelle Notre-Dame de Versailles. Portalis postulait que ces deux manuscrits fussent aussi préparés pour le mariage de Marie Leczinska :  "la dernière miniature [des Evangiles] semble représenter Marie Leczinska sous la figure de la Vierge" (Portalis, op.cit., p. 129). Il est probable que ces deux manuscrits commémorèrent le mariage royal et furent exécutés après, Rousselet n'ayant jamais vu le visage de Marie Leczinska avant qu'elle ne devienne reine de France. Ces Prières de la messe constituent donc le seul manuscrit à peinture offert à la Reine pour son mariage. Jean-Pierre Rousselet fut actif à Paris entre 1677 et 1736. Avec le célèbre Nicolas Jarry, ils sont aujourd'hui reconnus comme les plus grands maîtres de la calligraphie et de l'enluminure des XVIIe et XVIIIe siècles. La production de Rousselet se distingue par son extrême minceur (moins d'une trentaine d'ouvrages contre 110 pour Jarry).    

une exceptionnelle reliure mosaïquée de padeloup, la seule connue aux monogrammes entrelaçés 

La reliure est ornée des monogrammes entrelacés des deux époux (le chiffre L en mavelot pour Louis XV et le chiffre M pour Marie), et non du simple chiffre de Marie Leczinska (formé des majuscules A M V, cf. Olivier 2507) comme Quentin-Bauchart et Portalis l'ont écrit. Aucune autre reliure de Padeloup aux monogrammes entrelacés, royaux ou non, n'est connue. De toute évidence, ce manuscrit fut offert à la reine dans sa reliure. La présence de fers caractéristiques de la première période d'Antoine-Michel Padeloup notamment des décors pour les reliures du Régent tels que la petite flamme et le calice à long pistil, permet à Pierre Michon de la situer avant 1727. Dans le groupe des 32 premières reliures mosaïquées de Padeloup recensées par Michon, celle-ci s'impose comme l'une des trois premières au chiffre ou aux armes, avec celles exécutées pour le comte d'Hoym sur un Catulle (Venise, Alde, 1503, "reliure exécutée entre 1720 et 1730", Michon p. 94, n° 17) aujourd'hui à la Bnf et un Office de l'Eglise aux armes de Madame de Chamillart (Michon, p. 70, n° 126). C'est la première fois que Padeloup habille un manuscrit d'une reliure mosaïquée aux armes. Padeloup recevra son brevet de relieur du Roi en 1733 et conservera le monopole de la reliure de livres de fêtes de Louis XV. Marie Leczinska lui commandera par la suite 6 autres reliures (Quentin-Bauchart, II, p. 45) dont 3 à décor mosaïqué. Antoine-Michel Padeloup est sans nul doute le relieur français le plus novateur et le plus influent de tout le XVIIIe siècle, excellant dans l'art du décor mosaïqué très en vogue entre 1718 et 1770 et dont nous présentons ici l'une de ses plus parfaites réalisations. Conservée dans une exceptionnelle fraîcheur, cette reliure n'a subi aucune restauration.       

une trajectoire parfaite 

Ce manuscrit a sans doute été conservé comme un talisman dans la collection de la famille royale exilée lors de la Révolution puisqu'on le retrouve dans la bibliothèque du duc de Berry, fils du comte d'Artois et dauphin de la couronne de France. Après l'assassinat du duc le 13 février 1820, les Prières de la Messe reviennent à sa célèbre veuve la duchesse de Berry qui ne les inclut pas dans la vente de la bibliothèque de Rosny en 1837. Cet ouvrage est donc resté dans les collections royales jusqu'en 1864, date à laquelle les manuscrits de la duchesse de Berry sont mis en vente. Cette provenance royale parfaite se prolonge ensuite par une succession de différents propriétaires formant la plus magistrale généalogie de collectionneurs privés, de La Roche Lacarelle à André Langlois, en passant par les collections Robert Hoe, Henri et Adolphe Bordes. Lorsqu'il sélectionne les livres de Marie Leczinska "qui ont le plus frappé notre attention", Quentin-Bauchart cite en premier ce manuscrit, "véritable joyau (...), dont la reliure... est d'une rare élégance" (II, p. 45). De même Arthur Rau, dans son article sur la collection d'André Langlois, le considère comme "one of the jewels of M. Langlois library" (The Book Collector, 1956, p. 136). La duchesse de Berry voulut qu'une telle pièce sorte des collections royales à l'occasion d'une vente publique. Toutes les collections particulières, par lesquelles il passa après, furent mises à l'encan, sauf la dernière. Les enchères remettent donc aujourd'hui les Prières de la messe pour Marie Leczinska et Louis XV dans le droit sillon de leur destin moderne.

La délicatesse maniériste et la sensualité des gouaches, le luxe historique de la reliure, le lien profond tissé avec la personnalité de la destinataire, la provenance au prestige sans tâche, l'éblouissante condition et, par-dessus tout, la valeur souveraine du geste que ces Prières accomplissent, classent incontestablement un tel manuscrit enluminé parmi les plus beaux et plus purs objets d'art de la cour de France.                            

Royal Provenance
Furniture, Works of Art, Paintings and Drawings, Silver, Jewels, Books and Manuscripts

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