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Proust, Marcel
À L’OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS. PARIS, N.R.F., 1920. PETIT IN-FOLIO, EN FEUILLES, SOUS CHEMISE CARTONNÉE D’ÉDITEUR ORNÉE D’UN DÉCOR DE FEUILLES BLEU CLAIR, BLEU FONCÉ ET VIOLET, POMMES MAUVES, BLANCHES ET GRENAT SUR FOND NOIR, PLACÉ DANS UN EMBOÎTAGE DE MAROQUIN BLEU FONCÉ, DOS À NERFS ET PLATS ENCADRÉS DE FILETS À FROID, DOUBLURE DE DAIM VIOLET (LOUTREL).
Estimación
80.000120.000
Lote. Vendido 175,500 EUR (Precio de adjudicación con prima del comprador)
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Proust, Marcel
À L’OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS. PARIS, N.R.F., 1920. PETIT IN-FOLIO, EN FEUILLES, SOUS CHEMISE CARTONNÉE D’ÉDITEUR ORNÉE D’UN DÉCOR DE FEUILLES BLEU CLAIR, BLEU FONCÉ ET VIOLET, POMMES MAUVES, BLANCHES ET GRENAT SUR FOND NOIR, PLACÉ DANS UN EMBOÎTAGE DE MAROQUIN BLEU FONCÉ, DOS À NERFS ET PLATS ENCADRÉS DE FILETS À FROID, DOUBLURE DE DAIM VIOLET (LOUTREL).
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80.000120.000
Lote. Vendido 175,500 EUR (Precio de adjudicación con prima del comprador)
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Details & Cataloguing

Bibliothèque R. et B.L. Éditions Originales Autographes et Manuscrits du XXe siècle En association avec Binoche & Giquello

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París

Proust, Marcel
À L’OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS. PARIS, N.R.F., 1920. PETIT IN-FOLIO, EN FEUILLES, SOUS CHEMISE CARTONNÉE D’ÉDITEUR ORNÉE D’UN DÉCOR DE FEUILLES BLEU CLAIR, BLEU FONCÉ ET VIOLET, POMMES MAUVES, BLANCHES ET GRENAT SUR FOND NOIR, PLACÉ DANS UN EMBOÎTAGE DE MAROQUIN BLEU FONCÉ, DOS À NERFS ET PLATS ENCADRÉS DE FILETS À FROID, DOUBLURE DE DAIM VIOLET (LOUTREL).
Édition ornée en frontispice d’un portrait de l’auteur par Jacques-Émile Blanche.

TIRAGE UNIQUE À 50 EXEMPLAIRES SUR PAPIER BIBLE.

PUBLIÉE DEUX ANS APRÈS L’ORIGINALE, CETTE ÉDITION OFFRE D’INTÉRESSANTES VARIANTES : LA PLUPART DES FAUTES Y ONT ÉTÉ CORRIGÉES ET DES MODIFICATIONS INTRODUITES.

LA FRAGILE CHEMISE PEINTE, CONÇUE PAR MARCEL PROUST, EST ICI EN BEL ÉTAT.

Manque à un cordon de soie noire.

EXEMPLAIRE BIEN COMPLET DES DEUX PLACARDS D’ÉPREUVES CORRIGÉES PAR MARCEL PROUST JOINTS À CHAQUE EXEMPLAIRE, CEUX-CI SPÉCIALEMENT CHARGÉS DE CORRECTIONS AUTOGRAPHES DE MARCEL PROUST :

- Placard n° 31 d'épreuves d'imprimerie de À l'ombre des jeunes filles en fleurs, avec ajouts autographes, s.d. [juin 1914], une page grand in-folio (64,8 x 50 cm).
EXCEPTIONNEL ET PRÉCIEUX PLACARD CONSTITUÉ ENVIRON POUR MOITIÉ D’ADDITIONS AUTOGRAPHES.
Ce placard se compose de six pages d’épreuves imprimées, et d’une quantité à peu près équivalente de béquets et d’ajouts autographes. Il est frappant de constater que, à l’exception de deux petites corrections autographes ne portant que sur quelques mots, Proust n’a pas touché au texte imprimé, mais s’est au contraire employé à l’augmenter considérablement par de longs ajouts manuscrits.
Notre placard représente ainsi un état primitif, appartenant — du moins pour la partie imprimée — au livre proposé à Grasset en 1913 et qui aurait dû, dans la pensée de l'auteur, réunir en un seul volume compact ce qui deviendra plus tard Du côté de chez Swann et À l'ombre des jeunes filles en fleurs. Grasset sera effrayé par la longueur d'un tel livre (plus de 800 pages), ce qui contraindra Proust à ne publier, en 1913, que le premier épisode seul. Il prépara ensuite un second volume, Le Côté de Guermantes [sic], prévu pour paraître chez Grasset en octobre 1914 (la guerre fera avorter ce projet), et où devait figurer tout le passage donné dans ce placard. Il semble bien que celui-ci, numéroté 31, provienne de la seconde partie des épreuves, confectionnée par l'imprimerie Charles Colin, à Mayenne, partie reçue par Proust à la mi-juin 1914 et qui, selon Painter (II, 269), comportait 38 placards, numérotés de 29 à 66.
Ces placards ont été étudiés autrefois en détail par Albert Feuillerat, dans Comment Marcel Proust a composé son roman (Yale University Press, 1934). On sait que le manuscrit ayant servi à l’établissement de l’édition originale (Gallimard, 1918) sera partagé, sous forme de placards, entre les 50 exemplaires de l’édition in-folio de 1920, à raison de 2 placards par exemplaire.
Le texte de ce placard correspond aux pages 732-744 de l’édition Clarac-Ferré en « Pléiade », se décomposant, pour les épreuves, en ce qui correspondrait à environ 6 pages d’imprimé dans cette édition, et, pour les ajouts manuscrits, à 5 pages d’imprimé. Il s’agit d’un épisode important : la première rencontre du narrateur avec Robert de Saint-Loup (lequel est ici parfois nommé Beauvais dans les épreuves imprimées), il évoque également certains traits de la mauvaise éducation de Bloch. Le texte de ce placard corrigé diffère parfois sensiblement de l’édition en volume. Ainsi, certains passages manquent : Proust les aura donc ajoutés sur les épreuves de l’édition de 1918. D’autre part, il s’est employé à corriger d’autres passages, parfois pour les atténuer. Par exemple, ce qui, dans l’édition en volume, sera : un malodorant prétend qu’on sent mauvais ; un mari trompé voit partout des maris trompés ; une femme légère, des femmes légères ; le snob, des snobs, est ici plus brutal dans l’ajout autographe : … un malodorant [dénonce] ceux qui sentent mauvais, un sale les sales, un juif les juifs, un cocu, une femme légère, les cocus les femmes légères, les snobs et les invertis le snobisme et l’inversion, soit besoin de se confesser, soit aveu involontaire de sa constante préoccupation, soit amour du péril, espoir de tromper, mais surtout compétence que l’expérience personnelle donne à un odontalgique de toutes les mauvaises dents qu’il lui fait mieux regarder et décrire plus habilement et plus volontiers que ne ferait un autre. De manière générale, les ajouts autographes complètent et nuancent certains passages des épreuves imprimées. Ceux ayant trait à Saint-Loup soulignent les limites de l’intelligence de celui-ci, notamment vis-à-vis de son père, dont le dilettantisme le déconcerte. D’autre part, le très long ajout sur Bloch (qui occupe presque la moitié de ce placard) semble montrer que l’auteur s’est plu à opposer la mauvaise éducation de celui-ci aux bonnes manières de Saint-Loup, comme le prouvent ensuite les longues réflexions du narrateur sur la délicatesse et les impairs en amitié. En témoigne aussi l’évocation grinçante de « la colonie juive de Balbec » sur laquelle s’ouvre cet ajout : Personnellement je ne tenais pas beaucoup pour ma part à ce que Bloch vînt à l’hôtel. Il était, à Balbec, non pas seul, malheureusement, mais avec ses sœurs qui y avaient elles-mêmes beaucoup de parents et d’amis. Or la colonie juive de Balbec était plus pittoresque qu’agréable. Il en était de Balbec comme de certains pays, la Russie ou la Roumanie par exemple, où les cours de géographie nous enseignent que la population juive n’y jouit point de la même faveur et n’y est pas parvenue au même degré d’assimilation qu’à Paris par exemple. Toujours ensemble, sans mélange d’aucun autre élément, quand les cousines et les oncles de Bloch ou leurs coreligionnaires mâles ou femelles se rendaient au Casino, les unes pour le « bal », les autres se dirigeant vers le baccarat [sic], ils formaient un cortège homogène en soi et entièrement dissemblable des gens qui les regardaient passer …, quelquefois simples grainetiers de Paris, dont les filles, belles, fières, moqueuses et françaises comme les statues de Chartres, n’auraient pas voulu se mêler à cette horde de fillasses mal élevées, poussant le souci de la mode « bains de mer » jusqu’à toujours avoir l’air de revenir pêcher la crevette ou d’être en train de danser le tango. Il est enfin intéressant de remarquer qu’au bas de ce passage, Proust a placé, pour lui-même, la note suivante, qui nous renseigne sur ses procédés de composition : Si je parle avant cela de la présence de Bloch à Balbec je mettrai ce morceau plutôt avant qu’ici. Si au contraire je le laisse là je mettrai tout de suite après [sic]. Pour ce qui est de laïft, cela n’avait pas lieu de me surprendre. En fin de compte, le passage en question (c’est-à-dire tout le long ajout manuscrit) sera maintenu à la même place.

- Placard n° 33 d'épreuves d'imprimerie de À l'ombre des jeunes filles en fleurs, avec ajouts autographes, [juin 1914], une page grand in-folio (64,8 x 50 cm).
EXCEPTIONNEL ET TRÈS PRÉCIEUX PLACARD CONSTITUÉ EN QUASI-TOTALITÉ D’ADDITIONS AUTOGRAPHES.
Il ne contient en effet qu’un très petit morceau d’épreuve de 17 lignes : tout le reste est constitué par des béquets, feuillets ajoutés, etc., qui représentent à peu près l’équivalent de 8 pages in-12 d’écriture, sinon davantage. Ces épreuves corrigées se présentent comme UN VÉRITABLE MANUSCRIT, d’autant plus précieux qu’il nous restitue l’écriture de Proust dans son jaillissement même, avec tous ses repentirs successifs.
Ce placard se compose d’une page d'impression, en placard imprimé pour Grasset, et 13 très longs ajouts autographes intercalés. On y trouve d’abord le premier texte d'un épisode satirique important, le dîner que fait le narrateur, en compagnie de Saint-Loup, chez les Bloch, dîner où sont spirituellement épinglés tous les mensonges du hâbleur Nissim Bernard (p. 772-777 du tome I de l’édition « Pléiade » Clarac-Ferré). La seconde moitié des ajouts contient un épisode tout différent, et qui sera finalement rejeté par Proust : celui d’un concert au casino de Balbec (« quintette Lepic » et « orgue du Casino »), au cours duquel le narrateur reconnaît le pianiste Santois (plus tard Morel, dans l’imprimé définitif). Comme l’observent les notes de la Pléiade, c’est bien arbitrairement qu’ont été collés sur ce placard les feuillets de ce second épisode. Il est vrai que Proust luimême hésitait sur leur destination, puisqu’il a noté en tête de cette seconde partie : N. B. Ceci qui était d’abord pour la dernière matinée Guermantes est pour la soirée au casino de Balbec, mais sera peut-être changé. Je pourrais couper la poire en deux, laisser le quintette pour la matinée et l’orgue pour Balbec ? Néanmoins, on a ici, en quelque sorte, comme une préfiguration de Morel, personnage qui n’apparaîtra que dans Le Côté de Guermantes. Toute cette seconde partie a été reprise dans les notes de la « Pléiade » (édition citée, t. I, p. 979- 982).
Pour l’origine de ce placard, mêmes remarques que celles faites plus haut à propos du placard n° 31.

Ce placard n° 33 se caractérise par les très copieuses additions manuscrites portées par Proust. Par rapport à ce que sera le texte imprimé définitif, ces additions présentent de nombreuses variantes, que Proust modifiera ensuite, lorsqu’il recevra les épreuves de l’édition 1918 de À l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Ces manuscrits, tracés d’une écriture fort cursive, portent la trace de fréquentes ratures, repentirs et additions postérieures. On peut ainsi suivre pas à pas le processus d’écriture de Proust : … Mais [biffé : ce que M. Bloch père n’eût jamais fait] aux gens avec qui il se liait dans l’hôtel, M. Nissim Bernard disait ce que M. Bloch n’eût jamais fait qu’il était sénateur. Il [biffé : était] avait beau être certain que ce mensonge serait percé à jour plus tard, au moment même il ne pouvait résister à le faire. [biffé : Ses regrets] M. Bloch souffrait beaucoup des mensonges de son oncle et de tous les ennuis qu’ils lui causaient. « Ne faites pas attention, il est extrêmement blagueur dit à mi-voix M. Bloch père à St.-Loup qui ne fut plus que plus [sic] intéressé, étant très curieux de la psychologie des menteurs « à un point de vue balzacien »… Citons aussi le passage du casino de Balbec, où le narrateur va, à la fin du concert, féliciter Santois : Quand il eut fini de jouer je lui fis porter un petit mot lui demandant si je pouvais aller le féliciter. Il me répondit qu’il m’attendait, par quelques lignes sur sa carte et en m’assurant de son « sympathique souvenir ». Je pensai à l’indignation qu’aurait eue Françoise elle [biffé : dont toute la famille, depuis que] qui depuis qu’elle avait appris, assez récemment il est vrai, l’usage de la 3e personne l’avait prescrit à toute sa famille, aux degrés les plus lointains d’alliance ou de descendance et chaque fois qu’une petite cousine à elle venait « présenter ses respects à Monsieur ». Mais si je trouvais [biffé : très française et traditionnellement domestique] cette déférence de toute la famille de Françoise à mon égard, très traditionnellement domestique [biffé : et par là bien française] il me semble que [biffé : ne l’était pas] quoique opposée, n’était pas moins français le ton cavalier du jeune Santois, fils d’une race qui a fait la Révolution, où [biffé : le un fils de paysan ne se], instruit ou non, un fils de paysan ne se croit inférieur à personne, et quand on lui parle d’un prince tient à montrer dans son air que cela ne lui semble pas plus que son père et que lui-même….

Placard exceptionnel, puisque les autres placards d’À l’Ombre des jeunes filles en fleurs contiennent généralement une proportion beaucoup plus élevée d’épreuves imprimées, et bien moins d’additions manuscrites. Ici, tout au contraire, c’est comme si les « béquets » si nombreux et si considérables avaient follement proliféré autour du petit bout d’épreuves placé à la fin.

Petites déchirures sans manque aux pliures. 


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