Cette vente est le fruit de 25 années de recherches et de discussions passionnées. Louis passait plusieurs fois par mois rue Saint-Anne pour nous voir ou, mieux, pour voir les tableaux des ventes publiques, ce qui lui a permis d’acheter à Lyon le vigoureux Débuché du cerf de Desportes, à Châtellerault la très touchante Fuite en Egypte de Hallé, et à Monaco le délicat Lever du jour, chef d’œuvre des premières années de Joseph Vernet. A côté de cette vigilance, lecteur assidu des catalogues de vente, et de la Gazette de l’Hôtel Drouot,  Louis faisait aussi régulièrement le tour des galeries parisiennes, ne manquant aucune des Biennales des Antiquaires ni aucune foire de Maastricht, toujours à l’affût d’une information ou de la dernière découverte d’un marchand.

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J’ai rencontré Louis Grandchamp des Raux en 1987 lorsqu’à mon arrivée à Paris, il m’a fait part de son désir d’agrandir la collection  de ses parents. C’est à partir du socle de tableaux du Nord de la collection familiale avec ses deux belles Natures mortes de Hulsdonck et de Soreau et du sublime petit Bouquet de fleurs de Van Dael, que s’est élaboré un projet qui rapidement devait prendre de l’ampleur avec sa découverte de la peinture française. Louis devait d’abord aimer le XVIIe français plus proche de la peinture flamande de ses origines avec la précieuse petite Coupe de prunes de Jacques Linard, la douceur des pêches de Louyse Moillon puis la réserve et la délicatesse de la peinture française du XVIIIe siècle avec en 1993 l’achat, à la Biennale des Antiquaires, de la superbe esquisse de Desportes. La voie était ouverte pour le XVIIIe siècle et son raffinement, avec la révélation de Lancret, Pater, Boucher et, aboutissement, Fragonard…

Si l’on devait définir cette exigence ce serait, je pense, par une recherche aigüe de sincérité, de spontanéité et de fraîcheur dans les tableaux. Elle se traduit dans l’état des œuvres qui sont présentées avec leurs couleurs claires et gaies, et leurs coups de pinceaux énergiques : elles sont un écho de la douceur de vivre  qui s’exprimait dans la peinture française au XVIIIe siècle. Ces années de collection sont réunies dans ce catalogue dont la rédaction m’a donné tant de plaisir puisque elle a été une nouvelle occasion de parler peinture avec Pierre Etienne comme avec Matthieu Fournier pour vous faire partager cette passion mais aussi cette exigence.