241
241
Rimbaud, Arthur
LETTRE AUTOGRAPHE À SA SŒUR ISABELLE, SIGNÉE, DATÉE MARSEILLE LE 10 JUILLET 1891
Estimate
80,000100,000
LOT SOLD. 405,000 EUR
JUMP TO LOT
241
Rimbaud, Arthur
LETTRE AUTOGRAPHE À SA SŒUR ISABELLE, SIGNÉE, DATÉE MARSEILLE LE 10 JUILLET 1891
Estimate
80,000100,000
LOT SOLD. 405,000 EUR
JUMP TO LOT

Details & Cataloguing

Bibliothèque R. & B. L. VII, XIXe siècle (1840–1898). Éditions originales – Revues – Lettres et manuscrits autographes

|
Paris

Rimbaud, Arthur
LETTRE AUTOGRAPHE À SA SŒUR ISABELLE, SIGNÉE, DATÉE MARSEILLE LE 10 JUILLET 1891
Extraordinaire lettre pathétique, peut-être la plus belle des derniers moments de Rimbaud.

Il l’a illustrée de 3 dessins figurant sa jambe de bois, ses deux béquilles et un modèle de jambe artificielle.

Testament déchirant, elle contient les phrases devenues célèbres, et particulièrement tragiques : Adieu mariage, adieu famille, adieu avenir ! Ma vie est passée, je ne suis plus qu’un tronçon immobile.

Rimbaud est soulagé : une lettre de sa sœur du 8 juillet lui apprend que sa situation militaire est enfin déclarée nette. Suit un passage de 7 lignes, biffées, et qui ne figure que dans les notes de l’édition de la bibliothèque de la Pléiade : Je vous inclus le certificat de mon amputation, signé du Directeur de l’hôpital de Marseille [...] Gardez donc cette pièce [...] Ne la perdez pas, joignez-la à la réponse de l’intendance.

Tout le reste de la lettre, dessins compris, ne fait que répéter sa lamentable condition d’infirme immobilisé dans un hôpital. Hélas, son état ne s’est pas amélioré : Je suis toujours levé, mais je ne vais pas bien. Il marche avec des béquilles, mais ne peut monter ou descendre un escalier. Il donne des détails très techniques sur la jambe de bois qu’il s’est fait faire (en marge, dessin de la jambe). Il a essayé de marcher avec, mais je me suis enflammé le moignon et ai laissé l’instrument maudit de côté [...] Je recommence donc à béquiller (en marge, dessin des deux béquilles).

Suivent des plaintes particulièrement amères et poignantes sur sa vie d’autrefois : Quel ennui, quelle fatigue, quelle tristesse en pensant à tous mes anciens voyages, et comme j’étais actif il y a seulement 5 mois ! Où sont les courses à travers monts, les cavalcades, les promenades, les déserts, les rivières et les mers ? Et à présent l’existence de cul-de-jatte ! Rimbaud fait alors un aveu : Et moi qui justement avais décidé de rentrer en France cet été pour me marier ! Puis ajoute aussitôt, avec une métaphore étonnante qui rappelle les plus beaux passages d’Une saison en enfer, ces lignes citées plus haut : Adieu mariage, adieu famille, adieu avenir ! Ma vie est passée, je ne suis plus qu’un tronçon immobile. Autres détails sur sa jambe [...] Il pense essayer dans six mois une jambe mécanique et avec beaucoup de peine sans utilité (en marge, dessin de cette jambe), parle de l’amputation, puis abruptement : Mais peu importe à présent tout cela; peu importe la vie même.

Il se plaint ensuite de son médecin, qui ne vient plus le voir : Ils ne considèrent les malades que comme des sujets d’expériences [...] Il voudrait bien revenir à Roche, parce qu’il y fait frais, mais ne peut se mouvoir. Il ajoute curieusement : et, pour dire la vérité, je ne me crois même pas guéri intérieurement, et je m’attends à que. explosion. – Il faudrait me porter au wagon, me descendre, etc, etc, c’est trop d’ennuis, de frais et de fatigue. J’ai ma chambre payée jusqu’à fin Juillet. Il va réfléchir, et soupire : si stupide que soit son existence, l’homme s’y attache toujours. Il termine en demandant qu’on lui renvoie la lettre de l’intendance militaire, car il se méfie d’un inspecteur de police malade qui est avec lui et s’apprêtait à me jouer quelque tour.

Le 20 juillet, Rimbaud décide de retourner à Roche et le 23, quitte l’Hôpital de la Conception de Marseille. Il voyage seul jusqu’à gare de Voncq où sa sœur Isabelle vient le chercher. Elle fait tout son possible pour lui rendre sa convalescence supportable : le promenant en carriole à travers la campagne, le nourrissant, lui préparant des infusions de pavot pour soulager sa douleur, le veillant chaque nuit, devenant ainsi son infirmière. Son état se dégradant, souffrant également du froid et de l’humidité, il décide le 23 août de repartir vers Marseille puis l’Afrique. Cette fois-ci, Isabelle l’accompagne. Son voyage est éprouvant et Rimbaud est hospitalisé dès son arrivée à Marseille. Il entre à l’Hôpital de la Conception le 24 août, enregistré sous le nom de Jean Rimbaud. Il y meurt le 10 novembre 1891 d’un cancer généralisé.

Une des dernières lettres de Rimbaud à sa famille.

Lettre capitale pour la biographie de Rimbaud, dont elle illustre avec une précision sinistre, dessins inclus, tout le drame final.

De la collection baronne Alexandrine de Rothschild (29 mai 1968, n° 96).

Correspondance, éd. J.-J. Lefrère, Fayard, 2007, p. 909-910, et intégralement reproduite en hors-texte couleur ; Œuvres complètes, éd. André Guyaux, Pléiade, 2009, p. 784-786.

Déchirure sans manque à la pliure.


Read Condition Report Read Condition Report

Bibliothèque R. & B. L. VII, XIXe siècle (1840–1898). Éditions originales – Revues – Lettres et manuscrits autographes

|
Paris