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Proust, Marcel
BELLE CORRESPONDANCE AMICALE AU COMTE LOUIS GAUTIER-VIGNAL. 1914-1921.
Estimate
20,00030,000
JUMP TO LOT
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Proust, Marcel
BELLE CORRESPONDANCE AMICALE AU COMTE LOUIS GAUTIER-VIGNAL. 1914-1921.
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Details & Cataloguing

Livres et Manuscrits

|
Paris

Proust, Marcel
BELLE CORRESPONDANCE AMICALE AU COMTE LOUIS GAUTIER-VIGNAL. 1914-1921.
Important ensemble de 14 lettres (13 autographes signées, une de la main de son secrétaire Henri Rochat), soit 46 p. in-8. Enveloppes autographes conservées, sauf une.

Une amitié proustienne. Louis Gautier-Vignal (1888-1982) rencontra Proust grâce à Lucien Daudet en juin 1914. Très vite, une amitié lia les deux hommes, que rapprochaient une même origine sociale, un goût pour la littérature, une immobilité durant la guerre et un amour des garçons. Originaire de Nice, fils du comte Albert Gautier, il fut élève de Roland Garros, et a été aussi très proche de Cocteau (voir lot 75). Avec son Proust connu et inconnu (1976), vibrant témoignage des dernières années de Proust, notamment de sa réclusion, et étude sensible de son œuvre, Gautier-Vignal s’inscrit dans la lignée des amis du romancier qui, comme Lucien Daudet, Robert Dreyfus, Louis de Robert ou la princesse Bibesco, publièrent leurs souvenirs de Proust ou les lettres qu’ils avaient reçues de lui. Dès 1932, neuf de ces lettres ont été publiées dans Correspondance générale de Proust (Plon, t. 3).

1. Agostinelli, chauffeur. [21 novembre 1914]. 4 p. Proust tente d’aider le frère d’Alfred Agostinelli, qu’il avait rencontré à Cabourg en 1907, dont était tombé follement amoureux et qui était décédé d’un accident d’avion le 30 mai 1914. À Nice, le père de Louis Gautier-Vignal cherche un chauffeur : ne pourrait-il employer de frère d’Alfred Agostinelli ? "Émile Agostinelli dont je vous avais parlé est dans une profonde misère je crois, misère due à ses stupides arrangements, d’ailleurs." Mécanicien et bon chauffeur, "monégasque mais ayant beaucoup vécu à Nice, il connaît à merveille toutes les routes". Le drame de sa relation avec Agostinelli dans les années 1913-1914 inspirera à Proust les épisodes les plus poignants de la Recherche.
Références : Kolb, XIII, n° 196.

2. Proust consolateur. 7 janvier [1915]. 4 p. Tendre lettre, où Proust s’inquiète du chagrin de son ami suite à la mort de son beau-frère au champ d'honneur : "Chose inouïe moi qui peut vivre indéfiniment seul je m’ennuie après vous. Chose plus inouïe encore, moi si malheureux en ce moment et vous je suppose relativement heureux, j’éprouve un besoin de vous consoler". Il revient sur son soutien au frère d’Agostinelli, puis s’inquiète de son frère ("Sans le connaître je suis tourmenté de lui"), et lui propose de le voir, mais : "Ne prenez pas trop à la lettre ma demande de vous voir. Car ce sera peut-être difficilement réalisable et n’est peut-être que momentanément souhaité par moi, au cours de cette sorte de dépression atmosphérique du circuit orageux qui s’est établi je ne sais pourquoi entre nous à distance."
Références : Kolb, XIV, n° 2. -- Gautier-Vignal, Proust connu et inconnu, p. 32-33 et [300].

3. Racine et La Fontaine comme réconfort. [18 janvier 1915]. 2 p. sur un bifeuillet, filigrane "Imperial Century". Il n’avait pas imaginé la peine de son ami, et dit avoir pensé à lui "comme l’ami de La Fontaine", dit-il en citant le moraliste : "Vous m’êtes en dormant un peu triste apparu, / J’ai craint qu’il ne fût vrai." Hélas son rêve était vrai, et se montre très disponible si son ami a besoin d’être consolé : "j’irai vous voir où vous voulez où vous voudrez, où vous serez", dit-il cette fois en citant Racine : "Quand vous commanderez vous serez obéi".
Références : Kolb, XIV, 10. -- Gautier-Vignal, Proust connu et inconnu, p. 33 et [297], et facsimilé p. [298-299]. 

4. Quand la comtesse de Portalès dame est une œuvre d’art. [7 juillet 1915]. 4 p. sur un bifeuilet, filigrane "Imperial Century". Rendre visite à Mme de Pourtalès est une chose "aussi difficile à réaliser que tentante, c’est-à-dire extrêmement." Il dépeint les charmes de la comtesse en les comparant à ceux d’une œuvre d’art : "Il n’y a pas d’aussi beau morceau de sculpture qu’elle, dans tout le Parc de Versailles. J’aimerais voir sous les ombrages cette statue. Et de plus on prétend que cette œuvre d’art n’avait que le dire des gens qui la connaissent. Mais l’attestation de son regard que j’ai vu, me semble plus importante. Je n’ai jamais causé avec elle. Mais ai écouté quelques silences très intelligents, ce qui est encore plus symptomatique et plus rare qu’une parole spirituelle." Il est ensuite question d’une visite avec Gautier-Vignal aux jardins de Bagatelle, à moins qu’il ne préfère aller voir ceux de Versailles ? Hélas, sa santé est toujours un obstacle : "je ne sais quand je serai bien, et si je vous téléphone à tout hasard un jour où je pourrai me lever, vous serez déjà imbriqué dans une quantité de personnes". Références : Kolb, XIV, n° 88.

5. Présentation à Montesquiou. [Fin juillet 1915]. 2 p., filigrane "[Imperial] Century". Gautier-Vignal avait souhaité être présenté à Montesquiou : Proust a reçu sa visite et lui a parlé de son jeune ami. Peut-être se verront-ils quand le comte ira à Menton.
Références : Kolb, XIV, 97.

6. [9 octobre 1915]. 4 p. sur un bifeuilet, filigrane "Imperial Century". Il s’excuse de ne pas avoir remercié son ami de toutes ses amabilités : "Vous m’avez écrit des lettres charmantes qui étaient aussi profondes que jolies. […] Et de tant de gentillesses je ne vous ai pas remercié. Non par ingratitude, ni par négligence." Il dresse ce portrait amusant de Maurice Rostand, arrivé insouciant chez lui en même temps que Henri Bardac dont le père est mourant : "plus gai, plus rapide, plus ondoyant que jamais il avait l’air dans les scènes tragiques de la pièce du Gymnase d’autrefois de la visite Froufroutante, gracieuse et intempestive de la dame élégante qui ne sait rien de ce qui se passe".
Références : Kolb, XIV, n° 116.

7. Un pacte amical. [14 janvier 1916]. 6 p. sur un bifeuilet et un feuillet, filigrane "Imperial Century". Proust s’était chargé de parler à Henri Bardac de son attitude envers Maurice Rostand (peut-être à propos de l’homosexualité de ce dernier) et a été froissé que Gautier-Vignal fasse la démarche avant lui, sans lui en parler : "si l’on ne peut compter sur la promesse d’un silence de 45 heures, combien un véritable pacte amical, comme j’eusse tant souhaité en conclure un avec vous, serait difficile." Il l’interroge ensuite sur des hommes qu’Alfred Agostinelli a fréquentés lorsqu’il suivait des cours de pilotage d'avion, et souhaite lire une biographie d’un ami du père de Gautier-Vignal, parce qu’il a vécu avec la sœur de son "ancien chauffeur, puis secrétaire, et surtout grand ami, Alfred Agostinelli." Références : Kolb, XV, n° 4.

8. Leçon d’esthétique. [11 avril 1917]. 4 p. sur un bifeuilet, filigrane "Imperial Century". En cette période où il retravaille La Prisonnière qui contient des passages fondamentaux sur la musique, en particulier la sonate et le septuor de Vinteuil, Proust s’est renseigné sur le prix du cachet que demanderait le quatuor Poulet pour venir jouer chez lui. Il répond aux considérations esthétiques de son ami, dans des termes qui seront défendus dans la Recherche: "Qu’un grand peintre fasse une transcription sublime de la locomotive, combien nous la préférons à toutes les caravelles de Ziem. Je reconnais d’ailleurs que cette extraction du Beau se fait assez tardivement, de sorte qu’on a le désespoir de voir toujours un laid mo[mentané] dont on ne connaît pas la beauté au lieu du Beau déjà élaboré qui n’existe plus dans l’univers." Il renvoie à son roman, où tout cela est développé "sans force, mais non sans sagesse". Références : Kolb, XVI, n° 40.

9. [14 avril 1917]. 4 p., filigrane "Sta[el pap]er" avec profil de dame.
Il sort très peu, même s'il y est parfois obligé "quelques fois pour qu’on fasse [s]a chambre". Il est confus de s’être trompé dans l’adresse du quatuor Poulet, mais rétorque en critiquant l'ambiguïté de son écriture : "vous dessinez délicieusement l’arabesque d’un 3 qu’il est impossible de ne pas prendre pour un 2, ce qui fait qu’un ami chaleureux qui vous adresse un pneu au 20 se désole, fait téléphoner, s’informe, s’alarme mais 2 suivi d’un 0 ne fait pas 30". Ce type de mauvaise lecture sera exploité dans la Recherche, notamment lorsque le narrateur croit lire une lettre d’Albertine alors que Gilberte en est l’auteur. Références : Kolb, XVI, n° 42.

10. [8-9 juillet 1917]. 4 p. sur 2 bifeuilets, filigrane "Imperial Century". Il s’excuse de s’être annoncé plusieurs fois et d’avoir à chaque fois annulé sa venue : "Ne prenez pas mon silence pour de l’oubli, de l’indifférence." Références : Kolb, XVI, n° 90.

11. Une course en automobile. [10 ? novembre 1917]. 4 p. Il explique les raisons rocambolesques pour lesquelles il n’a pas pu rejoindre son ami : le Ritz n’ayant pas de voiture libre, il a dû attendre "plus d’une heure dans l’humidité et le froid", puis quand la voiture a été disponible, le chauffeur fut témoin d’un accident et a dû aller témoigner au poste de police. Ces explications données par le Ritz n’ont pas convaincu Proust : "Le tout m’a paru bien compliqué pour être une invention du surveillant, un vieillard fort simple. Je suppose donc que l’ingénieux auteur est le hasard, la malchance." Références : Kolb, XVI, n° 148.

12. Frank et Debussy. [14 décembre 1917]. 3 p., sur un bifeuilet, filigrane "Imperial Century". Très occupé, il a raté plusieurs occasions d’aller dîner chez le princesse de Polignac, mais préfère rater une autre occasion pour aller chez Gautier-Vignal, pour y entendre de la musique. En citant les compositeurs qu’il préfère à Liszt, il cite deux des principaux modèles de Vinteuil : "en ce moment c’est Frank et Debussy que je préfère entendre, et le Beethoven de la fin". Références :  Kolb, XVI, 182.

13. Poésies la N.R.F. [Peu avant le 20 janvier 1921]. Une page. Proust rassure Gautier-Vignal, qui souhaitait faire paraître à la N.R.F un recueil de poèmes : "Jacques Rivière a pris bonne note de notre amitié, et vous serez lu avec la plus sympathique attention." Références : Kolb, XX, n° 29.

14. Intermédiaire à la N.R.F. [23 janvier 1921]. 4 p. Écrite par Henri Rochat sous la dictée de Proust. Gautier-Vignal n’a pas choisi le meilleur moment pour publier son recueil à la N.R.F. : l’éditeur publie tellement que "ses imprimeur n’y suffisent plus". Proust lui-même est ennuyé, car il craint que la publication de Guermantes II, déjà retardée de février à juin, ne tombe en même temps que la publication de la préface au Tendres stocks de Morand. Références : Kolb, XX, n° 34.

Références : Gautier-Vignal, Proust connu et inconnu, Robert Laffont, 1976.

La conférence sur Proust que Louis Gautier-Vignal 1888-1982 prononça le 15 juin 1971 est disponible en ligne :
https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/les-grandes-conferences-marcel-proust-souvenirs-retrouves-par-louis-gautier-vignal


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