182
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Proust, Marcel
À L’OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS. PLACARD MANUSCRIT. [1913-1918].
Estimate
10,00015,000
LOT SOLD. 31,250 EUR
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182
Proust, Marcel
À L’OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS. PLACARD MANUSCRIT. [1913-1918].
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Livres et Manuscrits

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Paris

Proust, Marcel
À L’OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS. PLACARD MANUSCRIT. [1913-1918].
Exceptionnel et très précieux placard inédit, entièrement manuscrit.

Provenant de l’exemplaire de luxe sur papier bible des Jeunes filles en fleurs que Proust avait offert à sa nièce Suzy.

D’un format inusité pour les placards, celui-ci est composé de six fragments manuscrits, répartis en deux colonnes seulement sur une feuille in-folio (498 x 322 mm). Annotation manuscrite du typographe "Cahier violet n° 3" au crayon bleu dans le coin supérieur gauche. Filigrane "J Dag[uerre]" sur le papier de support.
Traces de pliures.

Entièrement manuscrit, notre placard comporte des passages des pages 150, 151, 153 (7e ligne) à 155 (4e ligne) des Jeunes filles en fleurs (Pléiade, t. II, sans le passage entre les lignes 2 à 36 de la p. 154). Dans cette partie du roman, le narrateur ne connaît pas encore les jeunes filles et rêve qu'un jour il pourra "prendre place entre elles" et "dans leur groupe mystérieux, tenir une place entre deux d’entre elles, dans leur théorie qui se déroulait le long de la digue devant la mer".

Une partie de ces passages manuscrits ont été découpés d’un cahier manuscrit de 1913 aujourd’hui conservé au Fonds Proust de la B.n.F. (Cahier 34, f° 39). La Fig. 1 montre comment notre passage manuscrit s’insère dans cette page du Cahier 34 ; nous remercions Mme Pyra Wise qui a identifié cette origine.

Le premier portrait d'Albertine. Un passage dresse aussi un portrait d’une des jeunes filles, qui plus tard se révélera s’appeler Albertine : "Le charme d’une autre que j’éprouvé [sic] surtout, une brune aussi pourtant, qui avait un visage ovale et blanc comme un œuf, au milieu duquel un petit nez busqué faisait un arc de cercle, comme un bec de poussin, visage comme en ont certains très jeunes gens ; à côté d’elle se détachant sur l’horizon de la mer était celle dont le visage était rose et bouffi avec des yeux verts. Et je revoyais toujours immobile sous le polo noir, le regard de la brune joufflue aux yeux noirs et rieurs." Le visage est un œuf, le nez un bec : la jeune fille est associée à un poussin (voir Pléiade, II, p. 150 et 151 pour le texte définitif), de même que, tandis que, toujours dans un registre ornithologique, les Guermantes seront caractérisés par leur profil d'oiseau de proie.

La fresque de Benozzo Gozzoli. Parmi les autres variantes intéressantes, citons celle qui concerne la comparaison du cortège des jeunes filles sur la digue avec la fresque du XVe siècle du peintre Benozzo Gozzoli représentant le cortège des Rois Mages, dans la cappella dei Magi du palais Medici-Riccardi à Florence. Travaillant sur les allusions à cette fresque dans la Recherche, K. Yoshikawa remarque que dès l’apparition du thème dans les brouillons, en 1909-1910, il est lié à l’apparition des jeunes filles sur la digue de la ville balnéaire (Yoshikawa, p. 183) ; le chercheur n’avait pas accès à la présente occurrence dans ce placard, mais il cite d’autres brouillons où les deux thèmes sont associés. Durant ses voyages en Italie, Proust n’est pas allé à Florence admirer le chef-d’œuvre ; probablement a-t-il pu en apprécier des reproductions dans la monographie de Mengin parue en 1909, précisément à la date où apparaît ce thème dans ses brouillons (Idem, p. 185). Le généticien remarque qu’outre la similarité de forme générale entre le cortège des jeunes filles et celui des rois mages de Gozzoli, il y a aussi des similarités individuelles entre les jeunes filles de Proust et celles qui figurent dans la fresque du XVe siècle : elles ont des joues pleines. On constate ainsi que, pour décrire un défilé de jeunes filles, le romancier s'inspire de celui de jeunes hommes. Ce même Cahier 34, d’où est tiré ce morceau manuscrit, comporte d’autres allusions à la fresque de la Renaissance (f° 30-31, 38, etc.).
Dans le texte définitif, plus aucune référence à Benozzo Gozzoli ne sera conservée par Proust dans ce passage décrivant l’évolution des jeunes filles sur la digue de Balbec, mais l’œuvre du florentin sera citée ailleurs dans le roman : tout au plus trouve-t-on, à propos des jeunes filles de Balbac, une curieuse allusion à un "roi Mage de type arabe" (II, p. 146) et à une "frise antique ou quelque fresque figurant un cortège" (II, p. 153), dont l’origine obscure ne s’explique que par cet avant-texte plus explicite.

Les trois placards de l’exemplaire de luxe de Suzy Proust. Ce placard provient probablement de l’exemplaire de luxe d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs que reçut la nièce de Proust en 1920 (voir lot 181). Ces exemplaires comportaient habituellement deux placards, mais pour sa nièce, il semble que Proust ait truffé l’exemplaire de deux grands placards, et d’un troisième, de taille plus petite et entièrement manuscrit : celui-ci.

Raturé et corrigé, d’une graphie très spontanée, ce placard restitue l’écriture de Proust dans son jaillissement même, avec tous ses repentirs successifs.

Inédit, ce placard a été répertorié par Pyra Wise (p. 144, "Coll. privée").

Références : P. Clarac, "Remarques sur le texte des Jeunes filles en fleurs. Projet d'une édition". -- Fr. Goujon, "Le Manuscrit de À l'ombre des jeunes filles en fleurs : le "cahier violet", p. 7-16. -- P. Wise, "Le généticien en mosaïste", p. 141-150. -- K. Yoshikawa, "Genèse et structure des allusions à Benozzo Gozzoli dans la Recherche", 2011.


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