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Fragment de tapisserie médiévale, Pays-Bas méridionnaux, troisième quart du XVe siècle
A MEDIEVAL TAPESTRY FRAGMENT, SOUTHERN NETHERLANDS, THIRD QUARTER 15TH CENTURY
Estimate
70,000100,000
LOT SOLD. 319,500 EUR
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Fragment de tapisserie médiévale, Pays-Bas méridionnaux, troisième quart du XVe siècle
A MEDIEVAL TAPESTRY FRAGMENT, SOUTHERN NETHERLANDS, THIRD QUARTER 15TH CENTURY
Estimate
70,000100,000
LOT SOLD. 319,500 EUR
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Details & Cataloguing

Bacri frères Antiquaires, Paris – Collection Jacques Bacri

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Paris

Fragment de tapisserie médiévale, Pays-Bas méridionnaux, troisième quart du XVe siècle
A MEDIEVAL TAPESTRY FRAGMENT, SOUTHERN NETHERLANDS, THIRD QUARTER 15TH CENTURY
en laine et soie, représentant une scène de bataille mêlant chevaliers et fantassins, avec sur la gauche un jardin clos dans lequel figure une jeune femme ; (réduite en hauteur et en largeur ; restaurations)
approx. 322 x 219 cm; 10 1/2 x 7 1/4 ft
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Provenance

Probablement ancienne collection du marquis de Bartillat, château de Bois-Héroult, Ecaquelon (Eure)

Literature

Anna Rapp Buri & Monica Stucky-Schürer, Burgundische Tapisserien im Historishen Museum Bern, Munich, 2001, Die Taten des Julius Caesar, pp. 77-113

Pour une bibliographie complète, voir sothebys.com

Catalogue Note

Plusieurs tapisseries médiévales de renom et de grande échelle ont été tissées à la fin du XVe siècle, représentant de manière particulièrement évocatrice des contes et mythes bien connus de cette époque, dont certains exemples se trouvent dans les collections de musées tels que “Les Armes de Philippe le Bon”, “Trajan et Herkenbald”, “L’Adoration des Mages” et quatre autres tapisseries de “L’Histoire de César” au Historisches Museum de Bern. D’autres séries représentaient “L’Histoire d'Alexandre” (Rome), “Le Chevalier au cygne” ayant appartenu à Louis de Luxembourg (mort en 1475) (principaux exemples à Cracovie et Vienne), mais aussi “L’Histoire de la Guerre de Troie” (Cathédrale de Zamora), “L’Histoire de Charlemagne” tirée d’une version tardive de la Chanson de Roland (New York, Metropolitan Museum), “L’Histoire de la Vengeance de Notre Seigneur”, “L’Histoire de Clovis” (Reims) et “L’Histoire de Jephtha” (Cathédrale de Saragosse).    

Ces tentures se distinguent par leur grande format, la densité et la richesse narrative de leurs compositions. Elles étaient très populaires auprès des cours européennes, en particulier les séries représentant la Guerre de Troie, sujet considérablement documenté. Il s’agit néanmoins d’une exception à la règle, puisque la plupart des tentures n’avaient pas de modèles peints ni de documentation d’archives. Le présent fragment ne dévoile aucun nom tissé dans le motif, ni de banderole portant une inscription ou un titre, généralement présents dans les tapisseries de cette époque dans la partie haute ou dans la partie basse de la composition. Le sujet de notre tapisserie figurant de nombreux personnages, des scènes de combat, ainsi que l'attention accrue portée aux détails des armes et armures, des costumes, des chevaux et de leurs harnachements, sont caractéristiques de la manière des lissiers de Tournai et de ses environs, à la fin du XVe siècle, à l'instar de Pasquier Grenier (1447-1493) citoyen et riche marchand de Tournai, particulièrement actif dans le commerce du vin et de la tapisserie. Le fond en mille-fleurs est un ajout proprement spécifique à ces tapisseries. Il existe des manuscrits médiévaux enluminés datant des ducs de Bourgogne, ayant pu servir d’inspiration à cette composition et représentant des chevaux au premier plan, alors que des soldats et des casques s’étendent jusqu’à l’arrière-plan (cf. Jean Mansel, Histoires Romaines abrégées, atelier de Loyset Liéde, circa 1454/1460, Paris, Bibliothèque de l’Arsénal, Bd.2, ms.5088, fol. 166v.).

La composition de notre tapisserie présente des similitudes avec une célèbre série comme “L’Histoire de Jules César” à l’Historisches Museum de Bern, datée de la fin du XVe siècle de par son contexte historique et ses costumes. Il n’existe cependant pas de sources ou documents permettant d’en identifier le dessinateur, les cartonniers ou l’atelier en charge de cette extraordinaire réalisation. Leur premier commanditaire n’est pas documenté mais le blason de la famille de La Beaume de Montrevel a été apposé plus tard sur l’ouvrage. Ces armoiries sont celles de Guillaume de La Beaume (mort en 1516), seigneur d’Illens (à côté de Fribourg en Suisse) et Attalens (Savoie), qui était au service de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. La Beaume fut nommé chambellan, avant d’être nommé chevalier de la Toison d’Or par Maximilien. Les tapisseries furent enlevées de la cathédrale de Lausanne et mises à l'abri à Berne en 1536 après la conquête du canton de Vaud par les Confédérés. Il est possible que Guillaume de La Beaume ait reçu l’ensemble comme cadeau de la part du duc (qui avait effectivement hérité du duc Louis de Luxembourg un ensemble de quatre tapisseries représentant César), mais il aurait également pu les obtenir d'une autre source lorsqu’il était seigneur d’Illens. De ce fait, la tenture, sans provenir directement de la collection du duc de Bourgogne, y est fortement associée.

César est souvent représenté dans des scènes de combat, et même s’il existe bien sûr d’autres exemples de scènes de bataille, il y a de fortes similarités entre notre panneau et le style de la tenture de Berne, notamment dans le format et la taille des personnages, la composition de casques que l’on aperçoit en arrière-plan, la surpiqûre rouge soulignant les armures, ainsi que dans les éléments architecturaux et le fond en mille-fleurs. Une autre série comparable est celle de “L’Histoire de la Vengeance de Notre Seigneur”, dont un immense panneau est conservé au Metropolitan Museum de New York (Roger Fund, 1909 -09.172) : aucune inscription ne figure dans le tissage, mais à l’origine se trouvaient sans doute au-dessus ou en dessous de l’ouvrage des phylactères narratifs identifiant le sujet. La série a souvent été désignée comme La Destruction de Jérusalem car elle contient des tapisseries représentant les empereurs Tibère, Vespasien et Titus, et que le panneau central représente le sac de Jérusalem : ce dernier montre d'ailleurs des similitudes avec le présent fragment, notamment par la présence d’une figure féminine protégée par des remparts, les mêmes types d'armure, l’absence d'inscriptions et le fond en mille-fleurs.

Pour d'autres scènes de combat similaires, voir les fragments de La Bataille de Roncevaux, tapisseries franco-bourguignonne (probablement Tournai), troisième quart du XVe siècle, probablement issues de “L’Histoire de Charlemagne” tirée de la Chanson de Roland. Ces fragments sont répertoriés dans les collections de certains musées, ainsi que dans des collections privées (trois ont été localisés en France en 1980 par Digby).  Le Victoria and Albert Museum à Londres possède également un fragment de scène de bataille (environ 252 x 356cm; T.95-1962, acquis chez Sotheby’s, le 18 mai 1962), avec des noms tissés à côté de certaines figures, notamment Roland, Durendal, Marsille, Bau(duin), Olivier. Il existe d’autres fragments de ce même sujet, avec des noms tissés et un ajout de bandes narratives dans la partie supérieure des panneaux, au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles (environ 278 x 569cm) et au Musée National du Bargello à Florence (environ 460 x 1330cm) : ces derniers sont considérés comme provenant de la même série de tapisseries, au même titre que le plus petit ouvrage de la collection Lelong (plus tard collection Hon. J.J. Astor). Un autre ensemble comprend le fragment de la collection du Victoria and Albert Museum, ainsi qu’un fragment représentant Charlemagne dirigeant la construction d’une église (Musée des Beaux-Arts, Dijon), et deux pièces plus petites actuellement conservées au Musée d’Histoire et d’Archéologie de Tournai et au National Museum de Stockholm. De plus petits fragments provenant du Trésor de la Basilique Saint Marc à Venise, autrefois considérés comme représentant le même sujet, sont désormais associés au couronnement de l’empereur Sigismond de Luxembourg. Tous les exemples cités ci-dessus présentent au sein de leur décor des inscriptions (dialecte de Tournai), des noms ou des emblèmes comme la fleur-de-lys (associée par Roland à Charlemagne), nous aidant à identifier le sujet. Les banderoles supérieures portant des inscriptions ne sont pas présentes dans les fragments des collections du Victoria and Albert Museum. Malgré leur absence, le fond en mille-fleurs est quant à lui présent.

Même s’il reste des incertitudes quant au sujet et à la tenture à laquelle appartenait ce panneau, il est particulièrement représentatif de l'art de la tapisserie à la fin du XVe siècle, du fait de son format imposant et de son style prononcé, si caractéristiques de cette époque.

There were some notable and particularly evocative series of grand scale Medieval tapestries woven in the late 15th century which depicted well known narratives at the time, of which examples are in museum collections, notably including those in the Historisches Museum, Bern, depicting the ‘Arms of Philip the Good’, ‘Trajan and Herkenbald’, ‘Adoration of the Magi’ and four tapestries from ‘The History of Julius Caesar’. Other series included ‘The Story of Alexander’ (Rome), ‘The Swan Knight’ which belonged to Louis of Luxembourg (d.1475), (main examples in Cracow and Vienna), ‘The Story of the Trojan War’ (Zamora Cathedral), ‘Story of Charlemagne’, taken from a later version of the Chanson de Roland (New York -Metropolitan Museum), ‘The Story of the Vengeance of Our Lord’, ‘The Story of Clovis’ (Reims) and ‘The Story of Jephtha (Cathedral, Saragossa).

The series were epitomised by their enormous size, and dense designs and complicated narrative style. They found immense popularity with the courts of Europe, especially the series of Trojan War, which was particularly well documented. However this is the exception to the rule, with most not having clear painted models and records. The present fragment is lacking any woven names within the design, and is lacking the narrative inscription banderoles associated with the series of the time, which were often present at the upper or lower section of the design, sometimes in addition to the names within the design. The distinct design element of the scene being filled with a relief of figures, with battle scenes and overriding attention to the detail of the arms and armour, costume and horses and their trappings was considered to be a style used by the weavers of Tournai and its environs, in the late 15th century. The mille-fleurs foregrounds being a particularly special addition to the tapestries.  Pasquier Grenier (fl.1449) was a citizen and wealthy merchant of Tournai, with association and entrepreneurial interests in wine and tapestries in particular.  There are Medieval illuminated manuscripts from the Burgundian courts which serve as inspiration for the design format, showing horses in the foreground with the soldiers and helmets extending into the background, see for example Jean Mansel, Histoires Romaines abrégées, workshop of Loyset Liéde, circa 1454/1460, Paris, Bibliothèque de l’Arsénal, Bd.2, ms.5088, fol. 166v.

The presently offered fragment shows similarities in design elements, to a known series of ‘The History of Julius Caesar’, in the Historisches Museum, Bern, dated through historical context and the costumes to the late 15th century. There are however no records to identify the designer, painters of the cartoon, or the workshop that was responsible for the extraordinary weaving.  Their first commission is not recorded, but they were later applied with sewn on coat-of-arms of the family, De la Beaume de Montrevel. Escutcheons are associated with Guillaume de la Beaume (d.1516), Lord of Illens (near Fribourg, Switzerland) and Attalens (Savoy), who was a nobleman in her service of Charles the Bold, Duke of Burgundy (d.1477). He was appointed chamberlain, fought with the Duke, and was presented in 1481 with the Order of the Golden Fleece by Maximilian.  They were removed from Lausanne Cathedral and taken to Bern in 1536 after the confederates conquered the canton of Vaud. It is possible that Guillaume was gifted the set by the Duke (as he had acquired a set of four Caesar tapestries as a legacy from the Duke Louis of Luxemburg), but he could have obtained when Lord of Illens, from elsewhere. Considered not to have come directly from the Duke of Burgundy’s collection, they are considered to have been associated with his court.

Caesar was often depicted engaged in battle, and although other series depicted battle scenes, there is a close similarity between the present panel and the design of the Bern series, for example in the scale and dimensions of the figures, groups of helmets only being visible in the background, the same red studded surcoat over the armour, similar enclosed architectural elements and the mille-fleurs foreground. Another comparable series, is that of ‘The Story of the Vengeance of Our Lord’, a subject which is a blend of legend and fact, of which an enormous composite panel is in the Metropolitan Museum in New York (Roger Fund, 1909 -09.172), and without name inscriptions within the main design, is thought to have probably originally had the banderoles either at the top or bottom to identify the narrative.  The series was often referred to as The Destruction of Jerusalem, as included subjects of the emperors Tiberius, Vespasian and Titus, and the central section of this composite panel depicts the Sack of Jerusalem, and shows similarities to the present panel, with the inclusion of a female figure high up on the rampart, similar studded armour, the lack of name inscriptions, and the mille-fleurs foreground.

For interesting comparable battle scenes see fragments from The Battle of Roncevaux, Franco Burgundian (probably Tournai), third quarter 15th century, probably from ‘The History of Charlemagne’, and taken from the Chanson de Roland. They are recorded in museum collections and private collections (three recorded in France in 1980 by Digby).  The Victoria and Albert Museum, London, has a fragmentary battle scene, (approximately 252 by 356cm; T.95-1962, purchased at Sotheby’s, 18 May 1962), with names woven next to some of the figures, including, Roland, Durendal, Marsille, bau(duin), Olivier.  There are other fragments from his subject, with woven names and additional descriptive narrative with bands across the tops of the panels, in the Cinquantenaire Museum, Brussels (approximately 278 by 569cm), and the Bargello, Florence (approximately 460 by 1,330cm) respectively. These cited Brussels and Florence fragments are considered to have come from the same tapestry set of the subject, along with a small piece from the Lelong (later Hon. J.J. Astor) Collection.  Another set included the Victoria and Albert collection fragment, along with a fragment showing Charlemagne supervising the building of a church (Musée des Beaux-Arts, Dijon), and two other small pieces, now in the Musée d’Histoire et d’Archéologie, Tournai, and National Museum, Stockholm. Smaller fragments in the Treasury of St Mark, Venice, once considered to be of the same subject, are now thought to be the coronation of Emperor Sigismund.  Those cited above have either inscriptions (Tournai dialect), names or devices such as fleur-de-lys (indicative of Rolands’s association with Charlemagne), within the design help with the identification of the subject.  The top banderoles of inscriptions are not present in the Victoria and Albert museum collection. Although lacking the inscriptions, the design element of the mille-fleurs foreground is found on the offered fragment.  

Although it is not clear which subject and series this panel was originally part of, it is identifiable as an example of evocative late 15th century tapestry, with its striking and distinctive figural format and style, so representative of the period.

Bibliographie

Thomas Campbell, Tapestry in the Renaissance, Art and Magnificence, Yale University Press, 2002, pp. 13-49

Adolph Cavallo, Medieval Tapestries in the Metropolitan Museum of Art, 1993, Cat. no.10, pp. 198-209

Guy Delmarcel, Flemish Tapestries, Londres, 1999, Chp. I, The Middle Ages, pp. 25-63

Marthe Crick Kuntziger, Musée Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles Catalogue des Tapisseries, vers 1954, pl.72, cat. no. 4, pp.17-19, pl.4 & 5 

G.F. Wingfield Digby, The Tapestry Collection – Medieval and Renaissance, Victoria and Albert Museum, Londres, 1980, Cat. no. 7, pl.15, pp. 18-21

Bacri frères Antiquaires, Paris – Collection Jacques Bacri

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