Lot 56
  • 56

Masque, Yauré, Côte d'Ivoire

Estimate
200,000 - 300,000 EUR
Sold
331,500 EUR
bidding is closed

Description

  • woof
  • haut. 44 cm ; 17 3/8 in

Provenance

Amadou Coulibaly, Paris / Abidjan
Collection Lucien Van de Velde et Joanna Teunen, Anvers, acquis en 1968
Collection privée

Exhibited

Bruxelles, Crédit Communal de Belgique, Masques du Monde / Het Masker in de Wereld, 28 juin - 31 juillet 1974
Bruxelles, Crédit Communal de Belgique, Oerkunsten van zwart Afrika / Arts Premiers d'Afrique Noire, 5 mars - 17 avril 1977
Zurich, Museum Rietberg, Afrikanische Meister : Kunst der Elfenbeinküste, 14 février - 1er juin 2014 / Paris, Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Les Maîtres de la sculpture de Côte d'Ivoire, 14 avril - 26 juillet 2015
Amsterdam, De Nieuwe Kerk, Magisch Afrika. Maskers en beelden uit Ivoorkust - De kunstenaars ontdekt, 25 octobre 2014 - 15 février 2015

Literature

Masques du Monde / Het Masker in de Wereld, 1974, p. 33, n° 11
Guimiot et Van de Velde, Oerkunsten van zwart Afrika / Arts Premiers d'Afrique Noire, 1977, p. 59, n° 30
Valbert, "L'avenir des danses traditionnelles en Côte d'Ivoire" in Arts d'Afrique Noire, n° 29, Printemps 1979, p. 14
Berjonneau et Sonnery, Rediscovered Masterpieces of African Art / Chefs-d'œuvre inédits d'Afrique Noire / Unbekannte Meisterwerke Schwarzafrikas , 1987, p. 147, n° 103
Kerchache, Paudrat et Stephan, L'art Africain, 1988, p. 385, n° 379
Kerchache, Paudrat et Stephan, L'art Africain, 2008, p. 375, n° 447
Schädler, Encyclopedia of African Art and Culture, 2009, p. 620
Neyt, Trésors de Côte d'Ivoire, 2014, n° 125
Baarspul, Magisch Afrika. Maskers en beelden uit Ivoorkust - De kunstenaars ontdekt, 2014, p. 14, n° 1
Fischer et Homberger, Afrikanische Meister : Kunst der Elfenbeinküste / Les Maîtres de la sculpture de Côte d'Ivoire, 2014-2015, p. 14, n° III.1

Catalogue Note

LA MAGNIFICIENCE DU MASQUE

Par Alain-Michel Boyer

Parmi les anciens masques Yauré, souvent surmontés d’un attribut animal1, l’association de cornes et d’un individu qui, debout entre elles, les agrippe des deux mains, est très rare. Quatre seulement ont été répertoriés2, dont un acquis à Paris en 1935 par Louis Carré (cf. Sotheby’s, Paris, 30 novembre 2010, n° 36), et ce chef-d’œuvre du corpus, célébré dans maints ouvrages et expositions de référence.

Dans un bois noirci, très dur, mais qui se prête à de subtils effets de modelé, le visage témoigne de la virtuosité des anciens artistes Yauré. Les traits raffinés s’épanouissent en un ovale ceint d’une collerette qui le magnifie, avec un jeu équilibré de courbes et de contre-courbes : les demi-cercles des arcades sourcilières répondent aux trois croissants de la chevelure tressée en haut du front bombé, puis glissent le long de l’arête nasale jusqu’à la bouche délicatement ciselée - arrondie, disent les sculpteurs, parce que le personnage siffle pour manifester assurance et placidité. Trois lamelles de laiton confèrent au visage un éclat supranaturel, celui d’une apparition surgie des ténèbres - ce qui est le cas, puisque le porteur, aujourd’hui encore, provient du bois sacré où il revêt ses parures. Ces trois lamelles de laiton, identiques, fixées avec des clous minuscules, sont souvent accidentellement tombées d’autres exemplaires anciens qui n’en gardent que les traces, comme le masque publié en 1917 dans Sculptures nègres de Guillaume Apollinaire et Paul Guillaume et conservé à la Barnes Foundation, à Philadelphie (Boyer, 2016, p. 191 ; cf. note 1). Trois simples scarifications protubérantes ornent les tempes au coin des yeux : parcimonie conforme aux exigences yauré, à l’opposé de la profusion affichée par les Baulé voisins.

Le visage du personnage dressé au sommet obéit aux mêmes principes de finesse et de recueillement - avec un surcroît de détermination. S’il tient ces cornes comme un souverain qui brandirait deux sceptres ou comme un nautonier qui dirigerait une barque allégorique (idem, p. 22-23), c’est parce que, selon les villageois interrogés, il incarne la suprématie de l’ordre social sur les puissances occultes, la tentative d’une mainmise sur la brousse où résident les dieux. Vive, imprévisible, symbole du monde sauvage, l’antilope, emblématisée par ses cornes annelées, s’oppose ainsi à la tranquillité de l’univers domestique que suggère le visage, mais elle le couronne aussi, le transfigure : grâce à la duplication de la figure humaine, l’espace du dehors est fermement jugulé, assujetti, intégré dans l’harmonie de la communauté. Cette emprise entend soumettre les forces obscures qui se manifestent toujours par surprise, elle veut dominer les tensions, vaincre la peur du désordre que l’art vise à conjurer, en mettant en valeur les qualités que les Yauré valorisent le plus : maîtrise, sérénité, capacité à équilibrer les contraires. Car ce masque, dans un ensemble de sept effigies qui interviennent successivement, en une sorte de dramaturgie, n’apparaît que lors des obsèques d’un notable : le sixième et avant-dernier, après les masques-heaumes et trois masques faciaux (Ibid., p. 164-179) et juste avant le dernier, représentant la mort. Il a pour objet de rendre bienveillante et charmer par sa magnificence une divinité nommée klomon yu, qui est chargée de régénérer la société, lui restituer sa quiétude et éradiquer les maléfices qu’apporte tout décès d’un homme doté d’une large descendance.

Choisi par Eberhard Fischer et Lorenz Homberger comme première illustration de leur ouvrage dédié aux « Maîtres de la sculpture de Côte d’Ivoire », ce masque symbolise, par ses exceptionnelles qualités plastiques, le génie artistique présidant à la création des chefs-d’œuvre de l’art africain.

[1] Voir : Alain-Michel Boyer, Les Yohouré de Côte d’Ivoire/Faire danser les dieux, Lausanne, « Ides et Calendes », 2016, p. 145-191. Version américaine : The Yaure of Côte d’Ivoire/Make the Gods Dance, Geneva, Cultural Foundation Barbier-Mueller, 2016, p. 145-191.

[2] Base de données A-M. Boyer-Julien Prince.

THE MAGNIFICIENCE OF THE MASK

By Alain-Michel Boyer

Among the ancient Yaure masks, often topped with an animal attribute1, the combination of horns with a person standing between them, grasping one horn in each hand is very rare. Only four have ever been recorded2, including one acquired in Paris in 1935 by Louis Carré (cf. Sotheby’s, Paris, 30 November 2010, No. 36) and this masterpiece of the corpus, hailed in many a reference book and exhibition.

Made from blackened wood, which is very hard but lends itself to subtle modelling effects, the face of the figure is a testament to the virtuosity of the Yaure artists of the past. The refined features bloom into an oval, girded with a collar that magnifies the face in a well-balanced interplay of curves and counter-curves. The semicircles of the eyebrow arches draw a parallel to the three crescent shapes of the braided hair atop the curved forehead, then taper down the nasal ridge to the finely chiselled mouth - rounded, according to the sculptors, because the character is whistling as a show of assurance and placidity. Three strips of brass give the face a supernatural radiance- that of an apparition arising from the darkness - this would seem the case, as to this day the wearer dons his regalia and emerges from the sacred wood. These three identical brass plates are fixed with tiny nails, which on older pieces have often accidentally fallen off with only traces remaining, as is the case on the mask published in 1917 in Sculptures nègres by Guillaume Apollinaire and Paul Guillaume, now kept at the Barnes Foundation in Philadelphia (Boyer, 2016, p. 191; cf. note 1). Three simple protuberant scarification motifs decorate the temples at the corner of the eyes: parsimony in line with Yaure requisites and in stark contrast to the neighbouring Baule’s profusion.

The face of the person standing atop the mask complies with the same principles of refinement and reverence - with added determination. He holds the horns in the manner of a sovereign wielding two sceptres or of a mariner steering an allegorical boat (ibid., pp. 22-23) the reason for this, according to villagers when questioned, is that he is an incarnation of the supremacy of the Social order over the occult powers, an attempt to seize the bush where the gods reside. The lively, unpredictable antelope, a symbol of the wild, is signified in the ringed horns and thus opposes the tranquillity of the domestic universe suggested by the face, but also crowns and transfigures it. With the duplication of the human figure, the outside space is firmly restrained, subjugated and integrated into the harmony of the community. This ascendancy is designed to subdue the obscure forces that always emerge by surprise; it seeks to dominate tensions, to overcome the fear of disorder that art aims to conjure by highlighting the qualities that the Yaure value most: command, serenity and a capacity to balance opposites. This mask is part of a set of seven effigies that successively appear in a form of dramatization and only comes out for funerals of notable figures. It is the sixth and penultimate in the series, coming after the helmet-masks and three face masks (Ibid, p. 164-179) and just before the last representing death. The mask’s object is to render benevolent a divinity named klomon yu, to charm the divinity with its magnificence. This divinity is responsible for regenerating society, restoring its peace and eradicating the evil spells that the death of any man with a great number of descendants brings.

Selected by Eberhard Fischer and Lorenz Homberger as the first illustration for their book dedicated to the Master sculptors of Côte d'Ivoire ("Maîtres de la sculpture de Côte d'Ivoire"), this mask, through its exceptional artistic qualities, symbolises the artistic genius evident in the creation of the masterpieces of African art.

[1] See: Alain-Michel Boyer, Les Yohouré de Côte d’Ivoire/Faire danser les dieux, Lausanne, "Ides et Calendes", 2016, p. 145-191. American edition: The Yaure of Côte d’Ivoire/Make the Gods Dance, Geneva, Cultural Foundation Barbier-Mueller, 2016, p. 145-191.

[2] Database A-M. Boyer-Julien Prince.

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