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Details & Cataloguing

Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt: Au Cœur des Arts d’Afrique / Viviane Jutheau, Comtesse de Witt Collection: At the Heart of African Art

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Paris

Masque, Kota, Gabon
KOTA MASK, GABON 

Provenance

Collection privée, aurait été acquis in situ en 1927
Collection Olivier Lecorneur, Paris
Collection Monsieur et Madame Solvit, Paris
Ricqlès (de), Drouot Montaigne, Paris, "Arts primitifs. Collection de Monsieur et Madame Solvit et à divers amateurs", 7 juin 1998, n° 127
Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt, acquis lors de cette vente

Literature

Arts d'Afrique Noire, n° 106, Eté 1998, p. 33

Catalogue Note

UNE EXCEPTION PLASTIQUE
Par Louis Perrois

Tout en respectant les normes expressionnistes de la sculpture des Kota, ce grand masque emboli compte parmi les plus sidérants des masques connus de la région du bassin de l’Ivindo. Le visage, très allongé, s'impose par les puissantes arcades sourcilières marquées de quatre rides emboîtées, mettant en valeur des yeux aux paupières gonflées. L'axe du visage, ponctué par une barbe monoxyle et une petite bouche aux lèvres étirées en avant, s'épanouit dans la coiffe sommitale, sculptée dans le prolongement de l'arête nasale pour venir former une majestueuse crête sagittale. A la modernité du geste sculptural s'ajoute celle du décor pictural, en larges aplats alternés de pigments blancs et noirs.

L’emboli (appelé aussi mboto-mwa-bèmpoli) est un esprit de la forêt qui se manifeste au moment de l'initiation satsi des adolescents, chez les Kota, les Mahongwe et les Shamaye de la région de Makokou et de Mékambo (Gabon oriental). Prenant l'aspect d’un humain aux traits amplifiés tels que sont imaginés les ancêtres de l’au-delà, l'emboli se caractérise par certains attributs animaux, comme les rides frontales et surtout le cimier dont l'impressionnante crête sagittale évoque le gorille mâle, un des esprits les plus redoutés de la forêt.

C’est au cours de l’initiation que les jeunes Kota avaient la révélation des masques. Ils découvraient alors que les créatures de bois peint, au costume de fibres et de pagnes n’étaient que l’évocation visuelle des esprits de la forêt, fabriqués par les nganga (spécialistes rituels) pour impressionner le public profane des villages et surtout les femmes. Fruit de l’imagination des initiés et souvent nées de leurs rêves provoqués par des plantes hallucinogènes, ces entités aux formes étranges et colorées, aux traits stylisés, sont aussi au cœur des récits mythiques de la tradition orale. L’emboli, comme un autre masque appelé mungunda (figurant un être mi-tortue mi-crocodile, à tête d’oiseau), était conservé dans un enclos secret aménagé en forêt loin des villages, par les initiés du mungala, principale confrérie masculine des Kota. 

Ces masques, nombreux jusqu’aux années cinquante, sont devenus rares au fil des décennies en raison d’un abandon progressif des initiations villageoises. Celui de la Collection Viviane de Witt, collecté dans les années vingt, aux proportions exacerbées et de facture particulièrement expressionniste, correspond parfaitement à la fonction qui était la sienne : celle de manifester devant la foule des villageois, la force et l’autorité des hommes du mungala.



AN ARTISTIC EXCEPTION
By Louis Perrois 

Although it abides by the expressionist standards of Kota sculpture, this great emboli mask is amongst the most astonishing of the known masks from the Ivindo Basin region. The very elongated face draws its arresting aspect from the powerful arches of the eyebrows, marked with four nested wrinkles that serve to highlight the eyes with their swollen eyelids. The axis of the face, punctuated by a beard and a small mouth with puckered lips, blossoms into a magnificent coiffure, carved as an extension of the nasal bridge to form a majestic sagittal crest. The modernity of the sculpture is complemented by the pictorial decor, with large alternating planes of white and black pigments.

The emboli (also called mboto-mwa-bèmpoli) is a forest spirit that manifests itself during the satsi initiation ritual for teenagers amongst the Kota, the Mahongwe and the Shamaye in the region around Mékambo and Makokou (west Gabon). Taking human form, with some exaggerated features - such as ancestors were imagined in the afterlife - the emboli is characterized by certain animal attributes, such as the wrinkles on the forehead and, above all, the crest, with its impressive sagittal comb, which evokes the male gorilla, one of the most dreaded forest spirits.

During the initiation ceremonies Kota youth experienced the revelation of the masks. They discovered that creatures of painted wood, dressed in fibre costumes, were only visual evocations of the forest spirits, manufactured by the nganga (ritual specialists) to impress the profane crowds of the villages, the women in particular. The fruit of the imagination of initiates, and often born of dreams fuelled by hallucinogenic plants, these strange and colourful entities, with their stylized features, are also central to Kota mythical tales of the oral tradition. The emboli, alongside another mask known as the mungunda (a half-tortoise, half-crocodile being, with the head of a bird), was kept in a secret enclosure in the forest, far from the villages, by members of the mungala, the most important secret society for Kota men.

These masks, which were numerous up to the 1950s, have become rarer over the decades due to the gradual abandonment of village initiation ceremonies. The offered mask from the Viviane de Witt Collection, collected in the twenties, with its exaggerated proportions and particularly expressionist craftsmanship, is perfectly suited to its function: to demonstrate, in front of a crowd of villagers, the strength and authority of the men of the mungala.

Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt: Au Cœur des Arts d’Afrique / Viviane Jutheau, Comtesse de Witt Collection: At the Heart of African Art

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