Lot 22
  • 22

Statue, Bangwa, Vallée de Fontem, Cameroun

Estimate
400,000 - 600,000 EUR
Sold
463,500 EUR
bidding is closed

Description

  • Bangwa
  • Statue
  • wood

Provenance

Collection Walter Bondy (1880-1940), Berlin / Paris, avant 1928
Dubreuil-Portier, Hôtel Drouot, Paris, Arts Primitifs, Roland Tual et divers amateurs, 9-11 Février 1930, n° 125
Collection Dr. Paul Chadourne (1899-1981), Paris
Collection privée, Paris
Philippe Ratton et Daniel Hourdé, Paris
Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt, acquis en 1995

Exhibited

New York, Museum of Modern Art, African Negro Art, 18 mars - 19 mai 1935, n° 316

Socle de Kichizo Inagaki (1876-1951)
Au dos, numéro d'inventaire inscrit à l'encre rouge et partiellement effacé : R [...] 6.3. 

Literature

Swenney, African Negro Art, 1935, n° 316, p. 44
Evans, African Negro Art. A Corpus of Photographs by Walker Evans, 1936, n° 257
Rubin, "Primitivism" in 20th Century Art : Affinities of the Tribal and the Modern /  Le Primitivisme dans l'art du 20e siècle. Les artistes modernes devant l'art tribal, 1984 et 1987, p. 113

Catalogue Note

Paris, mai 1928. La vente de la Collection Walter Bondy met en lumière l’une des premières grandes collections dédiées aux arts non occidentaux. Elle reflète l’œil avisé et la curiosité universelle de ce « peintre, dessinateur, photographe, collectionneur d’art et auteur » (Yagil, Au nom de l’art, 1933-1945. Exils, solidarités et engagement, 2015, p. 141), figure majeure de la scène culturelle européenne du début du XXe siècle. Constituée essentiellement à Berlin, où Walter Bondy fonde en 1924 la revue artistique Die Kunstauktion, cette collection illustre le goût des premiers collectionneurs d’arts d’Afrique et d’Océanie, et plus particulièrement celui des personnalités originaires des pays d'Europe de l’Est. Depuis les marchands et collectionneurs Joseph Brummer et Bela Hein, jusqu'aux théoriciens de l'art Carl Einstein et Vladimir Markov, ces derniers furent, à l'orée du XXe siècle, de brillants précurseurs dans la reconnaissance de ces nouveaux domaines artistiques. Sur une photographie prise par l’artiste à la fin des années 1920 apparaît, entourée de trois créations océaniennes, cette souveraine statue du Cameroun illustrant l’audace expressionniste des grands artistes Bangwa.

Présentée en 1930 dans la vente d’Arts Primitifs de la Collection de M. Roland Tual et deux amateurs, elle rejoint la collection du Docteur Paul Chadourne. Intimement lié aux mouvements Dada et Surréaliste, ami de Tristan Tzara et de Man Ray, Chadourne fut également une figure importante du cercle d'Helena Rubinstein. C’est sous le nom de Chadourne que l'effigie de roi Bangwa intègre la désormais emblématique exposition qui ouvre en 1935 au MoMA sous la direction de James J. Sweeney : African Negro Art. Elle y est présentée au cœur d’un ensemble de trente-cinq œuvres provenant du Cameroun, dont la magistrale « Reine dansante », joyau de la collection Helena Rubinstein immortalisé par Man Ray la même année. Cette sélection témoigne de la source d'inspiration majeure que furent les arts du Cameroun pour les mouvements artistiques émergents au XXe siècle et tout particulièrement pour les expressionnistes allemands qui découvrirent la statuaire Bangwa dans les années 1910 au Museum für Völkerkunde de Berlin.

Le prestige des créations Bangwa repose à la fois sur une tradition artistique royale, sur les principes vitaux qu’elle exprime – virilité, force physique et mentale, fertilité – et sur les exceptionnelles solutions plastiques inventées par leurs sculpteurs pour exprimer cet idéal de puissance. Divisé en neuf gung (chefferies) indépendants, le royaume Bangwa s’organisait selon une hiérarchie très structurée, fondée sur la royauté et les sociétés secrètes. Les portraits royaux constituaient non seulement des regalia, mais également le symbole de la société Lefem, association composée des membres de la famille royale et de hauts dignitaires. Ici, la cavité creusée au dos, servant de réceptacle à une charge magico-religieuse, rappelle les puissants pouvoirs protecteurs dont elle était autrefois dotée. Selon Bettina von Lintig (communication personnelle, octobre 2016), « il est exceptionnel de trouver cette cavité sur des portraits royaux Lefem. Ces dernières se retrouvent en général sur les statues magico-religieuses lekat, à l'instar de celle collectée en 1899 en pays Bangwa par Gustav Conrau pour le Museum für Vôlkerkunde de Berlin (inv. n° III C 10524). Les nombreux échanges culturels avec les royaumes Bamiléké voisins pourraient expliquer cet emprunt ». Avant la fin de sa deuxième année de règne, le souverain (fwa) faisait exécuter son portrait par le sculpteur qu'il jugeait le plus talentueux. Chaque statue correspond ainsi à un souverain spécifique, identifié par ses attributs (ici : coiffe, parure, pipe monumentale et calebasse). Considérée durant son règne comme son intermédiaire ou son représentant, elle était manipulée avec le plus grand soin, comme s’il s’agissait d’un être vivant (cf. Notué et Perrois, Rois et sculpteurs de l'Ouest Cameroun. La panthère et la mygale, 1999, p. 183). 

« Les œuvres d’art bangwa sont indéniablement apparentées en termes de style, de technique, de sujets ou de patine. Mais la ‘main du maître’ est tellement évidente que [...] ces œuvres en appellent tout au contraire à identifier l’individu et le génie créatif qui se cachent derrière elles » (Von Linting in de Grunne, Mains de Maîtres, 2001, p. 106). De cette identité artistique, exaltée par le talent individuel de chaque maître, est née l'emblématique notoriété de la statuaire Bangwa. Ici, dans la libre interprétation des volumes, le rythme des courbes et la prégnance des attributs dans la formulation de la pose, l’artiste « n’a pas seulement vu et reproduit la forme d’un corps, il en a saisi la vitalité et la tension spirituelle » (Harter, Les arts anciens du Cameroun, 1986, p. 339). Si l’absence d’information de collecte ne nous permet pas d’identifier le nom du souverain qu'elle représente, la statue royale de la Collection Viviane de Witt s'impose comme un témoin remarquable de l’histoire du puissant royaume Bangwa, de la féconde émulation de ses ateliers royaux et du talent prodigieux de ses artistes.

Bangwa figure, Fontem Valley, Cameroon

Paris, May 1928. The sale of the Walter Bondy Collection highlights one of the first large collections dedicated to non-Western art. It reflects the keen eye and universal curiosity of this "painter, draftsman, photographer, art collector and author" (Yagil, Au nom de l’art, 1933-1945. Exils, solidarités et engagement, 2015, p. 141), who was a major figure of the European cultural scene in the early 20th century. Assembled for the most part in Berlin, where Walter Bondy founded the art magazine Die Kunstauktion in 1924, his collection illustrates the taste of the first collectors of African and Oceanic art, especially those of Eastern Europe origin. He was amongst dealers and collectors Joseph Brummer and Bela Hein and the art theorists Carl Einstein and Vladimir Markov, at the turn of the 20th century who were the brilliant forerunners who recognized new artistic worlds. In a photograph taken by Walter Bondy in the late 1920s we see this sovereign statue from Cameroon surrounded by three works from Oceania, which fully embodies the expressionist boldness of the great Bangwa artists.

Shown in 1930, at the auction of Arts Primitifs de la Collection de M. Roland Tual et deux amateurs, this Bangwa figure subsequently entered the collection of Dr Paul Chadourne. Closely linked to the Dada and Surrealist movements and a friend of Tristan Tzara and Man Ray, Chadourne was also an important figure in the entourage of Helena Rubinstein. The Bangwa effigy of a King was exhibited under Chadourne’s name during the now iconic African Negro Art exhibition which opened in 1935 at the MoMA under the direction of James J. Sweeney. This figure was presented in the show at the heart of a group of thirty-five works from Cameroon, including the masterful "Dancing Queen", the jewel of the Helena Rubinstein collection, immortalised by Man Ray's photograph that same year. The selection of this group reflects the great inspirational role that the arts of Cameroon played for many emerging 20th century movements, particularly for the German Expressionists, who discovered Bangwa statuary in the 1910s at the Museum für Völkerkunde in Berlin.

The prestige of Bangwa art emanates from its royal artistic tradition, and the vital principles which it expresses - virility, physical and mental strength, fertility - and the exceptional sculptural solutions invented by Bangwa sculptors to express this ideal of power. Divided into nine independent gung (chiefdoms), the Bangwa kingdom was organized along a very rigid hierarchy, founded on royalty and secret societies. The royal portraits were not merely regalia; they were the symbol of the Lefem society, an association composed of members of the royal family and senior dignitaries. In the offered figure, the cavity hollowed out of the back, which served as a receptacle for a magical-religious charge, is evidence of the powerful protective powers with which it once was imbued. According to Dr. Bettina von Lintig (personal communication, October 2016), "it is unusual to find this cavity on royal Lefem portraits. These are generally found on magical and religious lekat statues, such as the one collected in Bangwa country in 1899 by Gustav Conrau for the Museum für Völkerkunde, Berlin (inv. No. III C 10524). The many cultural exchanges with neighbouring Bamileke kingdoms could explain this appropriation." Before the end of his second year of reign, the sovereign (fwa) would have his portrait sculpted by the artist he considered the most talented. Each statue relates to a specific ruler, identifiable by its attributes, in this case the headdress, ornaments, enormous pipe and calabash. Treated during his reign as his intermediary or representative, the statue was handled with great care, as if it were a living being (cf. Notué and Perrois, Rois et sculpteurs de l'Ouest Cameroun. La panthère et la mygale, 1999, p. 183).

"Bangwa works of art are undeniably linked in terms of style, technique, subject or patina. But the 'hand of the master' is so obvious that [...] in contrast, these works are calling out for the individual identification of creative genius behind them" (Von Lintig in de Grunne, Mains de Maîtres, 2001, p. 106). From this artistic identity, glorified through the individual talent of each master, was born the iconic reputation of the Bangwa statuary. Here, in the free interpretation of the volumes, the rhythm of the curves and the symbolism in the formulation of the pose, the artist "has not only seen and reproduced the physical form, but captured its vitality and spiritual tension" (Harter, Les arts anciens du Cameroun, 1986, p. 339). Even though an absence of information means we cannot identify the name of the sovereign which this royal figure from the Viviane de Witt Collection represented, it is nevertheless a remarkable testament to the history of the powerful Bangwa kingdom and the prodigious talent of its competing royal workshops and their talented artists.

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