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Details & Cataloguing

Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt: Au Cœur des Arts d’Afrique / Viviane Jutheau, Comtesse de Witt Collection: At the Heart of African Art

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Paris

Statue, Fang Ntumu, Gabon
FANG NTUMU FIGURE, GABON 

Provenance

Collection Charles Gillet, Lyon, ca. 1930, très vraisemblablement acquis de Louis Carré
Transmis par descendance
Alain de Monbrison, Paris
Collection André Schoeller (1930-2015), Paris
Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt, acquis en 1997

Exhibited

Paris, Galerie Pigalle, Exposition d'art africain et d'art océanien, 28 février - 1 avril 1930
Marseille, Centre de la Vieille Charité, Musée d'Arts Africains, Océaniens, Amérindiens, Byery Fang, Sculptures d'ancêtres en Afrique, 6 juin - 6 septembre 1992
Paris, Galerie Ratton-Hourdé, Fang, Juin 2006

Socle de Kichizo Inagaki (1876-1951)

Literature

Perrois, Byéri Fang. Sculptures d'ancêtres en Afrique, 1992, p. 118-119
Perrois, Fang, 2006, p. 26 

Catalogue Note

Tout en puisant dans les traditions plastiques qui, au cours de l’histoire, ont façonné les « styles » spécifiques à chaque aire Fang, certains maîtres sculpteurs ont livré une vision hautement personnelle du thème primordial de la représentation des ancêtres.

D’un point de vue morphologique et stylistique, cette statue s’inscrit dans la tradition sculpturale du Nord Gabon, et plus spécifiquement celle des Ntumu, source et centre de diffusion principal de l’art Fang (James W. Fernandez, ‘Principles of Opposition and Vitality in Fang Aesthetics’, The Journal of Aesthetics and Art Criticism, 1966, p. 53-66). Mais les canons de ce style classique – torse longiligne, membres inférieurs trapus dont les volumes absorbent la profondeur, visage au modelé plein et arrondi dont le front en quart de sphère surplombe la face creusée « en cœur » - sont subtilement bouleversés par la vision et le talent du sculpteur. Echappant aux conventions de la gestuelle Fang, les bras légèrement fléchis se libèrent du corps dans l’amorce d’un mouvement. La main droite se referme sur un bâton court, attribut très exceptionnellement représenté dans la statuaire Fang (cf. la statuette féminine des anciennes collections Antony Moris et Charles Ratton, aujourd’hui au musée Dapper, in Falgayrettes-Leveau, Gabon, Présence des esprits, 2006, p. 117), interprété comme un instrument de protection (Perrois, La statuaire fan. Gabon, 1972, p. 59).

Chef-d’œuvre d’équilibre dans la tension des courbes et des contre-courbes, dans la finesse des modelés et la force des lignes de fuite, la tête clarifie magistralement la portée qui lui est accordée dans la pensée Fang, en tant que signe de vitalité et de puissance sociale.  Elle se conclut ici dans l’élégance de la coiffure-casque, s’étirant bas sur la nuque et singularisée par la bande médiane délicatement gravée de six rangées de cauris. Au talent l’artiste à transcender les canons archétypaux et à contenir dans une forme immobile l’impérieuse présence de l’ancêtre, s’ajoutent les détails singuliers, fruits de son interprétation, tels que le sexe court et tendu, répondant à l’avancée du nombril décoré d’un cercle de laiton.

La chape noire et suintante de la patine, accentuant la solennité de l’œuvre, tout comme les traces de micro-prélèvements, témoignent de son rôle magico-religieux, appelant l’ancêtre honoré à veiller sur sa descendance. Le byeri était en effet « garant du monde vivant. Il favorisait toutes ses entreprises. Il rendait les femmes fécondes, donnait la richesse, assurait le succès des expéditions guerrières, de la chasse, protégeait les guerriers, veillait sur les individus. […] La société Fang était inconcevable sans le byeri. Il n’y avait pas de réalité religieuse supérieure à lui » (Nguema-Obam, Aspects de la religion fang, 1983, p. 42).

Libérée des ornements de plumes qui jadis renforçaient son impact visuel, l’effigie de la Collection Viviane de Witt illustre superbement ce « classicisme » de l’art Fang défini en 1915 par Carl Einstein comme « une vision plastique pure » (Negerplastik, 1915 ; Les arts d’Afrique, 2015, p. 33). Sublimé par la vision et la virtuosité de son auteur, elle conjugue les sentiments de force et du sensible, le grand archaïsme et la modernité du geste artistique.

Fang Ntumu figure, Gabon 

Whilst drawing on the artistic traditions which, ovetime, have shaped the Fang "styles" specific to each area, some master sculptors delivered a highly personal vision of the overarching theme of ancestor representation.

From a morphological and stylistic point of view, the offered figure is part of the sculptural tradition of North Gabon, specifically that of the Ntumu, the main source and centre of influence in Fang art. (James W. Fernandez, ‘Principles of Opposition and Vitality in Fang Aesthetics’, The Journal of Aesthetics and Art Criticism, 1966, p. 53-66). However the canons of this classic style - slender torso, squat lower limbs with volumes that absorb depth, and full, rounded features with a quarter-sphere forehead overhanging a hollowed-out "heart-shaped" face - are subtly disrupted here by the vision and talent of the sculptor. Escaping the gestural conventions of the Fang, the slightly bent arms pull apart from the body as if setting into motion. The right hand clasps a short stick, an attribute seldom represented in Fang statuary (cf. Falgayrettes-Leveau, Gabon, Présente des esprits, 2006, p. 117), which has been interpreted as a means of protection (Perrois, La statuaire fan. Gabon, 1972, p. 59).

A masterpiece of balance in the tension of the curves and counter-curves, the refinement of the modelling and the force of the converging lines, the head is a dramatic testament to the significance which it bears for the Fang, a sign of both vitality and of social power. Here, the head culminates in the elegance of the helmet-coiffure, which stretches down the neck, highlighted by the median strip delicately engraved with six rows of cowries. The talent of the artist in transcending archetypal canons and containing in one still figure the imperious presence of the ancestor, is compounded by the singular details, which are the artist's own invention, such as the short, jutting penis, which mirrors the protruding navel, adorned with a brass circle.

The oozing black patina enhances the solemnity of the work and together with the traces of micro-clippings demonstrates the figure's magical-religious role as an honoured ancestor asked to watch over his descendants. The byeri was "the protector of the living world. He favoured all its endeavours. He made women fertile, gave wealth, ensured the success of military expeditions and hunting parties, protected warriors and watched over individuals. […] Fang society was inconceivable without the byeri. There was no religious reality greater than him" (Nguema-Obam, Aspects de la religion fang, 1983, p. 42).

This effigy from the Viviane de Witt Collection beautifully illustrates the "classicism" of Fang art, defined in 1915 by Carl Einstein as "pure artistic vision" (Negerplastik, 1915; Les arts d’Afrique, 2015, p. 33). Rendered sublime by the vision and virtuosity of the artist, the offered figure combines feelings of strength and sensitivity, and great archaism with the modernity of the artist's invention.

Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt: Au Cœur des Arts d’Afrique / Viviane Jutheau, Comtesse de Witt Collection: At the Heart of African Art

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