Lot 70
  • 70

Statue, Bamileke, Cameroun

Estimate
250,000 - 350,000 EUR
Sold
295,500 EUR
bidding is closed

Description

  • Bamileke
  • Statue
  • wood

Provenance

Acquis in situ par Theodor Von Heigelin (1876-1930), entre 1904 et 1918
Transmis par descendance 

Catalogue Note

L'EFFIGIE ROYALE DE LA COLLECTION THEODOR VON HEIGELIN
Par Bettina von Lintig

Nommé en 1904 commandant des troupes allemandes au Kamerun, Theodor Von Heigelin contribua à l'élargissement du protectorat, notamment contre les forces coloniales françaises. Engagé jusqu'en 1918 dans le soutien médical apporté aux populations locales, il reçut en retour maintes sculptures, dont ce chef-d’œuvre de l’art Bamileke.  

Liées au pouvoir royal, les statues-portraits se singularisent notamment par leur vocabulaire iconographique. La pipe à tabac - attribut caractéristique des sculptures de chefs Bamileke - constitue l’indication la plus déterminante de la fonction de cette effigie. S'y ajoute le ventre proéminent, interprété ici comme un symbole de prospérité, au même titre que sur la grande statue masculine arborant une coiffure cheffale, collectée à Bangu par Glaunig en 1906 (Museen Dahlem de Berlin, inv. n° III C21058). Commanditée par un chef lors de son intronisation, la statue-portrait offerte à Theodor von Heigelin était utilisée et exposée au cours de festivités et de rites, et probablement liée à l’invocation des ancêtres.

Transcendant le cadre de sa fonction, cette statue monumentale porte à son apogée le génie expressionniste des maîtres-sculpteurs Bamileke. Si, formellement, elle s’apparente à la statue féminine collectée en 1911/12 à Bamunam, en pays Bamileke (Reiss-Museum Mannheim, inv. n° IVaf7419, haut. 52 cm), ici le geste sculptural trouve son couronnement dans l’interprétation des détails. C'est dans le mouvement piriforme du buste, le relief ovale de la poitrine, le bras gauche dont l’extrémité fusionne avec la pipe de manière quasi surréaliste, et surtout dans le redoublement de la main qui stimule l’imagination du spectateur et crée l’impression d’un mouvement, que son auteur a donné libre cours à son génie créatif.

La sidérante dynamique des formes, jouant sur la libre interprétation des volumes corporels, offre paradoxalement une composition parfaitement équilibrée, où chaque élément prend à force égale possession de l'espace. S’imposant à nous par ses « qualités esthétiques mais aussi par une forte spiritualité » (Notué et Perrois, Rois et sculpteurs de l'Ouest Cameroun. La panthère et la mygale, 1999, p. 168), cette effigie royale révèle le talent du sculpteur qui, dans la plus pure veine expressionniste, a poussé chaque trait à son paroxysme afin de traduire la puissance du chef portraituré.

THE ROYAL EFFIGY FROM THE THEODOR VON HEIGELIN COLLECTION
By Bettina von Lintig

Appointed commander of the German troops in Kamerun in February 1904, Theodor Von Heigelin contributed to the expansion of the protectorate, especially against the French colonial forces. Involved in the medical support provided to local populations until 1918, he was rewarded with numerous sculptures, amongst which this masterpiece of Bamileke art.  

Associated with royal power, portrait-statues particularly stand out for their iconographic vocabulary. The tobacco pipe - a characteristic attribute of Bamileke chief sculptures - is the most critical indication as to the function performed by this effigy. It is compounded by the protruding abdomen, interpreted here as a symbol of prosperity, just as it is on the large male figure sporting a chief coiffe, collected by Glaunig in Bangu in 1906 (Museen Dahlem in Berlin, inv. No. III C21058). Commissioned by a chief for his enthronement, the portrait-statue given to Theodor von Heiglin was used and displayed during festivities and rituals, and probably linked to the invocation of ancestors.

Transcending the context of its function, this monumental statue reaches the expressionist peak of Bamileke master-sculptors. Although it formally resembles the female figure collected in 1911-1912 in Bamunam, in Bamileke country, (Reiss-Museum Mannheim, inv No. IVaf7419, height. 52 cm) in this work the sculptural gesture finds its culmination in the interpretation of details. The pear-shaped movement of the bust, the oval relief of the chest, the left arm - the extremity of which merges with the pipe in an almost surrealistic fashion - and especially the duplication of the hand that stimulates the imagination of the viewer and creates an impression of movement, are the most striking marks of its author giving free rein to his creative genius. The staggering formal dynamics, playing on a free interpretation of body volumes, paradoxically result in a perfectly balanced composition, where each element takes possession of the space with equal force. Standing out for its "aesthetic qualities but also for a strong spirituality", (Notué and Perrois, Rois et sculpteurs de l'Ouest Cameroun. La panthère et la mygale, 1999, p. 168) this royal effigy reveals the talent of the sculptor who, in the purest expressionist vein, pushed every feature to its paroxysm in order to convey the power of the chief portrayed.

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