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Statue, Lega, République Démocratique du Congo
LEGA FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO 
Estimate
400,000600,000
LOT SOLD. 487,500 EUR
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Statue, Lega, République Démocratique du Congo
LEGA FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO 
Estimate
400,000600,000
LOT SOLD. 487,500 EUR
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Details & Cataloguing

Arts d'Afrique et d'Océanie / African & Oceanic Art

|
Paris

Statue, Lega, République Démocratique du Congo
LEGA FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO 

Provenance

Acquis in situ par René Marchal (1898-1971), entre 1922 et 1947
Transmis par descendance
Collection privée européeenne

Catalogue Note

SAKIMATWEMATWE : LE VISAGE DE LA CONNAISSANCE
Par Marguerite de Sabran

« Toi qui, sans tourner la tête, vois ce que nul autre dieu ne peut voir,
montre-toi propice aux chefs dont l'active sollicitude donne le repos à l'Océan et la sécurité à la terre, qui nous prodigue ses trésors ».
Ovide, Les Fastes, I (ca. 15 ap. J.-C.)

Comme Janus, dieu romain des commencements et des fins, des choix et du passage, Sakimatwematwe (« Sieur Nombreuses-têtes ») énonce l’omniscience des initiés du grade suprême du Bwami. Touchant à l’essence même de la philosophie enseignée par cette association secrète – donc à l’indicible - sa représentation sous forme de grandes figurines en bois à plusieurs têtes compte parmi les expressions les plus rares de l’art Lega. Ce chef-d’œuvre inédit, collecté entre 1922 et 1947, constitue donc une découverte importante et nous invite à sonder le sens de sa sidérante image. 

Fédérant les vastes clans patrilinéaires et les lignages segmentaires qui constituent le peuple Lega, l’association initiatique du Bwami est garante du pouvoir moral, politique et juridique. Son éthique est transmise, dans un contexte dramaturgique, à travers les objets sacrés d’initiation masengo (sing. isengo). A leur apogée se distinguent les grandes figurines en bois – comme ici -  faisant partie des paniers (mutulwa) qui appartenaient collectivement aux initiés ayant atteint le plus haut échelon du grade suprême, les lutumbo lwa kindi. Chacune d’elles exprime, à travers un personnage et son exégèse, un concept essentiel du Bwami, révélé au postulant lors de l’initiation.

En 1952, Daniel Biebuyck1 photographia le contenu de deux paniers mutulwa, chacun d’appartenance collective et confié par une communauté de quatre lignages importants, provenant de différents villages et formant un clan majeur (2002, p. 120). Si dans cette réunion magistrale de dix-huit grandes figurines plusieurs personnages sont répétés, un seul illustre Sakimatwematwe – signe de sa position ultime au sein de ces objets sacrés symbolisant l’autorité de la plus haute instance du Bwami.

« Sakimatwematwe est l’initié de haut rang qui voit dans toutes les directions et remarque ce que les autres ne perçoivent pas. Il possède une connaissance supérieure; […]. Il voit et sait des choses invisibles et inconnues des autres. Il applique son sens de la justice en tant qu’arbitre entre les jeunes et les anciens, les hommes et les femmes, les initiés et les non-initiés, le bien et le mal » (Biebuyck, 1986, p. 86 ; et 2002, p. 126). Surpassant les codes moraux individuellement véhiculés par les autres personnages, Sakimatwematwe résume à lui seul le pouvoir et la sagesse de l’initié du grade suprême : « maître du monde de la forêt » (nenelubanda) ; « poutre maîtresse d’une maison » (1994, p. 33).

Si l’évocation de Sakimatwematwe adopte différentes figures dramaturgiques au sein du Bwami, (1986, p. 94), ses représentations sculptées sous la forme de grandes figurines en bois dont les têtes sondent les directions de l’horizon, sont exceptionnelles. Leur corpus se résume à une quinzaine d’œuvres, dont sept sont conservées dans des musées américains (Dallas Museum of Art, Seattle Art Museum, Buffalo Museum of Science, Menil Foundation, New Orleans Museum of Art, Fowler Museum at UCLA, National Museum of African Art- Smithsonian Institution). L’unique indication de collecte – pour trois d’entre elles - concerne les acquisitions de Nicolas de Kun en pays Lega, entre 1948 et 1960. Leur apparition tardive dans les collections tient de leur très grande préciosité aux yeux des initiés du Bwami. Notre œuvre fut acquise entre 1922 et 1947 par l’administrateur territorial René Marchal. Installé dans la province du Katanga, il effectua plusieurs missions de recensement, notamment sur le territoire Shabunda, en pays Lega. Sa pratique courante du Swahili, du Kibemba et du Tshiluba, ainsi que les différentes mentions qui dans son dossier administratif soulignent son rôle « protecteur auprès des indigènes » suggèrent que cette œuvre lui fut offerte en reconnaissance du respect qu’il témoigna aux notables Lega à une époque où s’intensifiait la politique coloniale de lutte contre les sociétés secrètes.

Chaque figurine Sakimatwematwe traduit, dans sa conception aussi surréaliste que complexe, la vision hautement personnelle de l’artiste à qui elle était commandée et « dont il ne comprenait ni la destination ni la signification. A partir de là, il pouvait laisser libre cours à son imagination stimulée par la tradition locale à laquelle il appartenait » (1994, p. 45). Deux styles se dessinent à travers ce corpus : l’un tendant à l’abstraction géométrique (cf. Sotheby’s, New York, 14 mai 2010, n° 137), l’autre - auquel notre œuvre se rattache – alliant l’épure de la face « en cœur » à la force des courbes et des volumes épannelés. De ce groupe relève également le chef-d’œuvre de la collection Jean Willy Mestach (2002, couverture).

Tandis que son esthétique concentre les concepts philosophiques du Bwami, sa patine témoigne des nombreuses cérémonies durant lesquelles elle passa de mains en mains dans le cercle des grands initiés, révélant dans le silence de sa contemplation, les secrets de son suprême enseignement.

 

 [1] Au cours des recherches qu’il mena – notamment en 1952 et 1953 - en pays Lega, le Dr. Daniel P. Biebuyck fut initié dans plus de vingt communautés rituelles autonomes. Ses observations sur Sakimatwematwe constituent les seules données publiées qui furent recueillies in situ. Ses ouvrages de référence, sur lesquels nous nous sommes appuyés ici sont : Lega Culture. Art, Initiation and Moral Philosophy of an African People (1973), The Art of Zaire, vol. II. Eastern Zaire (1986), La Sculpture des Lega (1994), et Lega. Ethique et beauté au cœur de l’Afrique (2002).

SAKIMATWEMATWE : THE FACE OF KNOWLEDGE
By Marguerite de Sabran 

"Thou who alone of the celestials dost behold thy back,
 O come propitious to the chiefs whose toil ensures peace to the fruitful earth, peace to the sea."
Ovid, The Festivals, I (ca. 15 A.D.)

Like Janus, the Roman god of beginnings and endings, of choices and passing, Sakimatwematwe ("Lord of the many heads") emphasizes the omniscience of the initiates of the highest rank of the Bwami. Relating to the very essence of the philosophy taught by this secret society - and therefore to the unspeakable - the representation of large wooden figures with multiple heads are amongst the rarest expressions in Lega art. This newly uncovered masterpiece, collected between 1922 and 1947, is a major discovery and an invitation to delve into the meaning of its breath-taking imagery. 

Allying large patrilineal clans and the segmental lineages that make up the Lega people, the initiatory association of the Bwami secured the moral, political and legal power. Its ethics are conveyed, in a dramaturgical context, through sacred Masengo initiation objects (sing. isengo). At their peak, large wooden figures - such as this one - stand out, as a part of the baskets (mutulwa) that collectively belonged to the initiates who had reached the highest echelon of the highest rank, the lutumbo lwa kindi. Each of them expresses, through a figure and its exegesis, an essential concept of the Bwami, which is revealed to the applicant upon initiation.

In 1952, Daniel Biebuyck1 photographed the contents of two mutulwa baskets, each of which was collectively owned and provided by a community of four important lineages that came from different villages and formed a major clan (2002, p. 120). Although several figures are repeated in this commanding gathering of eighteen large figurines, only one shows Sakimatwematwe - a sign of his quintessential position amongst these sacred objects symbolizing the authority of the highest body of the Bwami.

"Sakimatwematwe is the high initiate who sees in all directions and notices things that others do not. He has a surpassing knowledge; [...] He sees and knows things unseen and unknown to others. He applies his sense of justice as an arbiter between young and old, men and women, initiates and laymen, good and evil" (Biebuyck, 1986, p. 86; and 2002, p. 126). Above and beyond the moral codes individually conveyed by the other figures, Sakimatwematwe alone sums up the power and wisdom of the initiate of the highest rank: "master of the forest world" (nenelubanda); "pillar of a house" (1994, p. 33).

Whilst the evocation of Sakimatwematwe adopts various dramaturgical personae within the Bwami  (1986, p. 94), the representations, sculpted as large wooden figures whose heads probe all directions of the horizon, are exceptional. The corpus comprises of only fifteen pieces, seven of which are conserved in American museums (Dallas Museum of Art, Seattle Art Museum, Buffalo Museum of Science, Menil Foundation, New Orleans Museum of Art, Fowler Museum at UCLA, National Museum of African Art- Smithsonian Institution), three of which were collected by Nicolas Kun in Lega country between 1948 and 1960. The late appearance of these sculptures in collections is due to the fact that they were invaluable to Bwami initiates.

The figure offered here was acquired between 1922 and 1947 by the territorial administrator René Marchal. Having settled in the Katanga province, Marchal went on several census missions, including in the Shabunda territory, in Lega country. His fluency in Swahili, Kibemba and Tshiluba, as well as several mentions in his administrative files highlighting his "protective [role] towards the natives" suggest that this figure was presented to him in recognition of the respect he showed to Lega notables at a time when colonial policy against secret societies was intensifying.

Each Sakimatwematwe sculpture conveys, through a design that is as surreal as it is complex, the highly personal vision of the artist from whom it was commissioned, and "of which he understood neither the destination nor the meaning. From that point on, he could give free rein to his imagination stimulated by the local tradition he belonged to" (1994, p. 45). Two styles emerge from this corpus: one tending to geometric abstraction (cf. Sotheby’s, New York, 14 May 2010, No. 137) the other - to which this work belongs - combines the pared down lines of the "heart-shaped" face with the forcefulness of the curves and whittled volumes. The masterpiece from the Jean Willy Mestach collection also belongs to this second group. (2002, cover).

While the aesthetics brilliantly condense the philosophical concepts of the Bwami, the figures patina reflects its use during the many ceremonies when it was passed from hand to hand within the circle of great initiates, revealing, in the silence of its contemplation, the secrets of its supreme teachings.

 

[1] During the research he undertook in Lega country - particularly in 1952 and 1953 -, Dr. Daniel P. Biebuyck was initiated in over twenty autonomous ritual communities. His observations on Sakimatwematwe are the only published data that were collected in situ. His reference works, which we used here are: Lega Culture. Art, Initiation and Moral Philosophy of an African People (1973), The Art of Zaire, vol. II. Eastern Zaire (1986), La Sculpture des Lega (1994), et Lega. Ethique et beauté au cœur de l’Afrique (2002).

Arts d'Afrique et d'Océanie / African & Oceanic Art

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