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Exceptionnelle paire d'aiguières en porcelaine de Chine céladon craquelé gris et brun d'époque Kangxi (1662-1722), à monture de bronze doré d'époque Régence, vers 1730-1740
AN EXCEPTIONAL PAIR OF ORMOLU-MOUNTED CHINESE CRACKLE-GLAZE CELADON EWERS, LOUIS XV, CIRCA 1730-1740
Estimate
400,000600,000
LOT SOLD. 819,000 EUR
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Exceptionnelle paire d'aiguières en porcelaine de Chine céladon craquelé gris et brun d'époque Kangxi (1662-1722), à monture de bronze doré d'époque Régence, vers 1730-1740
AN EXCEPTIONAL PAIR OF ORMOLU-MOUNTED CHINESE CRACKLE-GLAZE CELADON EWERS, LOUIS XV, CIRCA 1730-1740
Estimate
400,000600,000
LOT SOLD. 819,000 EUR
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Details & Cataloguing

Les Dillée : Une dynastie d’experts et de collectionneurs

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Paris

Exceptionnelle paire d'aiguières en porcelaine de Chine céladon craquelé gris et brun d'époque Kangxi (1662-1722), à monture de bronze doré d'époque Régence, vers 1730-1740
AN EXCEPTIONAL PAIR OF ORMOLU-MOUNTED CHINESE CRACKLE-GLAZE CELADON EWERS, LOUIS XV, CIRCA 1730-1740
la panse de forme balustre avec un réseau de craquelures rougeâtres ornée de masques de chimères et bandeaux de motifs bruns en relief non émaillés ; monture en bronze doré, le bec avec des coquillages, conques et coraux, l'anse à décor de feuillages autour desquels s'enroule un dragon ; reposant sur une base circulaire à motif de coquilles; (sans les anneaux des masques)
Quantity: 2
Haut. 51 cm, larg. 30 cm
Height 20 in; width 11 3/4 in
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Provenance

Peut-être collection Louis-Jean Gaignat, secrétaire du Roi et Receveur des Consignations, puis sa vente, Paris le 14 février 1769, lot 103

Catalogue Note

La porcelaine truitée et la porcelaine craquelée

Le catalogue de la vente rédigé à l’occasion de la succession de Monsieur Angran, vicomte de Fonspertuis en 1747 nous renseigne sur la porcelaine de Chine au XVIIIe siècle, page 30 : « …On peut faire de la Porcelaine de toutes les couleurs, mais les plus usitées sont , 1°. La jaune, qui n’est que pour l’usage de l’Empereur… La grise qui approche du céladon ; on en voit moins communément de cette sorte en France : elle est le plus souvent hachée d’une infinité de petites lignes irrégulières qui se croisent, comme si le vase était fêlé dans toutes ses parties ; ou bien il s’y trouve de grandes rayes dont l’effet est encore plus sensible. On appelle ordinairement cette porcelaine, Truitée ou Craquelée, suivant la grandeur ou la petitesse des espèces de fêlures. »

Ces grands vases importés puis montés à Paris furent particulièrement recherchés dans la première moitié du XVIIIe siècle, comme l’attestent la paire d’aiguières (musée du Louvre inv. OA 5496) qui reçut, une décennie après la nôtre, une riche monture rocaille ornée de joncs comme celle de la fontaine à parfums livrée pour Louis XV par le marchand-mercier Hébert en 1743, conservée au château de Versailles.

 

Le dragon, motif indissociable du style Régence

Le motif du dragon est une constante  dans les arts occidentaux aussi bien qu’orientaux. L’engouement pour les chinoiseries dès la seconde moitié du XVIIe siècle, la parution de l’ouvrage  du Père Louis Le Comte, Nouveaux Mémoires sur l’Etat présent de la Chine à Paris en 1701-1702, ont favorisé les représentations du dragon d’inspiration chinoise  dans les arts décoratifs. Repris par les  bronziers, le thème du dragon est très largement diffusé et magistralement associé au style Régence. Les créations sont naturellement associées aux arts du feu (chenets, girandoles) et certaines, emblématiques, comptent parmi les plus belles réalisations de cette époque comme les quatre girandoles Crozat. Charles Cressent l’utilise largement pour orner ses cartels et commodes. Associés aux coquillages et coraux, autres motifs particulièrement repris à cette période, ils illustrent parfaitement l’esthétique et le mariage de la porcelaine et du bronze  dorés sous la Régence.

Cette monture « au dragon » se retrouve sur une paire d’aiguières en céladon fleuri provenant de la célèbre  collection du duc d’Aumont, achetée par Louis XVI en 1782, aujourd’hui conservée au musée de Louvre (inv. OA 5151).

 

 

Les buires en céladon craquelé à masques et broderies en relief à monture au dragon dans les ventes du XVIIIe siècle

Certains descriptifs détaillés de catalogues de vente de collectionneurs au XVIIIe siècle permettent de relever plusieurs exemples de buires ou aiguières (qui peuvent être les mêmes, décrites successivement) formant un groupe qu’il est possible d’isoler en raison de leurs caractéristiques communes (hauteur d’environ 50/52 cm- 19/20 pouces, céladon craquelé avec masques de chimères et double bandeaux de broderies en relief, monture au dragon) et de les confronter aux paires aujourd’hui connues.

 

Vente Gagny, 29 mars 1762,  

268. Deux autres buires de même porcelaine céladon craquelée, avec masques, anneaux et deux cercles de porcelaine brune en relief : elles sont posées sur des pieds de bronze doré ; le surplus de la garniture est de même composition que l’article précédent (anse à dragon)

 

Vente Gaignat, 14 février 1769,

102 Deux grands vases de porcelaine de la Chine, d’environ 19 pouces de haut, d’une belle forme, montés en buire : il y règne 2 bandeaux de broderies en relief avec des têtes de chimères portant anneaux. Ces ornements de porcelaine sont bruns sans couverte, et ces 2 vases sont garnis de pieds, collets, et anses surmontées d’un dragon, le tout de bronze doré. 475 livres à Henneberg.

Un des vases décrit sous ce numéro est illustré de profil dans la marge d’un catalogue annoté par un dessin à l’encre de Gabriel de Saint-Aubin (voir ci-dessous).

Il existe un détail très intéressant, précisé sous le numéro suivant, le n°103 :

103 deux pareils vases de même porcelaine, si ce n’est que le craquelé est d’un ton un peu rougeâtre ; les ornements bruns, & les garnitures semblables à celles des précédents. 520 livres à Dubois

 

Vente Mazarin, 10 décembre 1781,

Deux moyennes urnes de très ancienne porcelaine céladon, foncé du Japon, à anses de dragon et feuillage en relief, et masque, en bas-relief dans le bas, avec pieds et gorge de bronze doré, 82 retirés. Probablement acquis douze ans plus tôt dans la vente Gaignat, le 14 février 1769, n°92: 16. 2 vases d’ancienne porcelaine céladon, gaufrée, craquelée, d’environ 20 pouces de haut : montés en buire avec un dragon sur les anses en bronze doré. 515 livres à la Duchesse de Mazarin

 

 Vente Choiseul, 18 février 1793,

 316. Deux vases de porcelaine, truités de ton gris clair à mascarons brun de relief, et anneaux pris dans la pièce, ils sont montés en forme de buires, avec collet, anses à dragons, et pieds en cuivre doré d’or moulu ; ancien modèle sur les dessins de Meissonnier. Hauteur 20 pouces. 1300 livres à Brosse.

 

Mise en perspective au XXIe siècle 

Parmi les paires correspondantes aujourd’hui connues, on peut citer :

-la paire de la vente Sotheby’s à Monaco le 1er juillet 1995, lot 179, qui est très probablement celle passée en vente à Paris, étude Couturier et Nicolaÿ, le 13 juin 1974, lot 32, avec un réseau de craquelures noires (fig. 1)

-la paire provenant des collections A. Thomson Dodge, puis Habib Sabet, Roberto Polo, Lily et Edmond Safra, vendue chez Sotheby’s à New York le 3 novembre 2005, lot 130, possédant aussi un réseau de craquelures rougeâtres (fig. 2).

 -celle de la collection Dillée, possédant un réseau de craquelures rougeâtres (fig. 3)

Il convient désormais d’isoler notre paire et celle de la collection Safra qui, outre la couleur rougeâtre de leurs réseaux de craquelures, possèdent une autre caractéristique commune : chaque paire est constituée de deux vases très légèrement différents.

En effet, un examen attentif permet de remarquer que les masques de chimères sont un peu plus gros sur l’aiguière de gauche et ne touche pas le bandeau en relief contrairement à celle de droite, tout comme la bande de motifs géométriques du bas est positionnée sensiblement plus en dessous du renflement de la panse sur l’aiguière de gauche, toujours par rapport à l’aiguière de droite (comparer fig. 2 et 3).

La monture est scrupuleusement identique, tout comme les assemblages des différents éléments de bronze doré du col et de la base : les quatre aiguières sont donc forcément contemporaines, réalisées vers 1730-1740 par le même artisan sous le contrôle d’un marchand-mercier qui les a ensuite vendues. Il est plus que tentant, surtout en raison des différences deux à deux, de penser qu’elles furent à l’origine destinées à un seul collectionneur , puis séparées au gré d’une succession, d’un partage ou d’une vente, avec une paire qui aurait ensuite rejoint la collection Gaignat.

Cette hypothèse peut d’ailleurs être étendue à la paire de la vente Sotheby’s à Monaco de 1995 qui possédait de nettes différences deux à deux. A moins qu’il ne s’agisse d’une simple coquetterie du XXIe siècle que l’œil du XVIIIe n’aurait pas relevée ? 

Les Dillée : Une dynastie d’experts et de collectionneurs

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