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Louis Carrogis dit Carmontelle
LES GENTILSHOMMES DU DUC D’ORLÉANS DANS L’HABIT DE SAINT-CLOUD
Estimate
250,000350,000
LOT SOLD. 531,000 EUR
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Louis Carrogis dit Carmontelle
LES GENTILSHOMMES DU DUC D’ORLÉANS DANS L’HABIT DE SAINT-CLOUD
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250,000350,000
LOT SOLD. 531,000 EUR
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Details & Cataloguing

Une Collection pour l’Histoire Importants tableaux, dessins, meubles et souvenirs historiques appartenant à la Famille de France

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Paris

Louis Carrogis dit Carmontelle
PARIS 1717 - 1806
LES GENTILSHOMMES DU DUC D’ORLÉANS DANS L’HABIT DE SAINT-CLOUD
Sanguine, pierre noire, aquarelle et gouache avec rehauts de blanc
Porte des numéros à la plume et encre brune : 1. 2. 3. 4. 5. 6.
Sous le passe-partout actuel, le dessin est présenté dans un passe-partout du XIXe siecle, réduit dans le bord inférieur.
Au dos du montage, sur une feuille de papier ancien, est inscrit à la plume et encre brune (possiblement par Richard  de Lédans): Noms des personnages qui / composent ce tableau dans l’ordre / où ils ont été placés par Carmontelle / qui les avoit rendus frappans quoique / vus par derrière / Monsieur le Chevalier de Gasq / Mr le Marquis de Perigny / Mr le Cher de St Mars / Mr le Cher d’Estrées / Mr le Barron de Tourrempré / Mr le Chev.er Desparts / Ils étoient tous Gentilshommes de / Monseigneur le Duc d’Orléans grand / père, excepté Mr le M.s de Perigny / ancien Président de la cour souveraine / à Rouen, et qui par son esprit et son / amabilité étoit de la société intime / du Prince / Ils sont représentés sous l’habit que / le Prince avoit adopté dans ses campagnes.
L'ancien montage est partiellement collé sur une page de l’album de la famille Orléans, délié aujourd’hui, et annotée ultérieurement à la plume et l’encre brune avec le nom des personnages. 
263 x 400 mm
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Provenance

Collection de l’artiste avant 1807 ;
Très probablement acquis par Richard de Lédans lors de la vente après décès de Carmontelle, le 17 avril 1807 au 22 rue Vivienne, lot n°4 : « Deux Tableaux très-terminés ; à la gouache et de forme en travers. L’un représentant la famille d’Orléans. L’autre, six personnages vus par le dos et vêtus de rouge, dans un costume uniforme, considérant le point de vue d’un Jardin.» ;
Très probablement collection Pierre De la Mésangère après 1816 ;
Probablement obtenu de ce dernier par la famille d’Orléans ;
Dépôt de la famille d’Orléans au Musée du Louvre avant 1847 (voir lettre du directeur Alphonse de Cailloux, dit Cailleux, partie du lot n°155) ;
Restitué à la famille d’Orléans entre 1850 et 1852 (voir Compte de la liquidation de la liste civile et du domaine privé du roi Louis-Philippe, rendu par M. Vavin, liquidateur général, le 30 décembre 1851, Paris, Noblet, 1852).

Exhibited

Louis-Philippe, l’homme et le roi, 1773-1850, Paris, Archives Nationales, Hôtel de Rohan, octobre 1974 - février 1975, p. 29 n°17 repr.

Literature

G. Lagardère, G. Rousset-Charny, Les quatre saisons de Carmontelle, Musée de l’Île de France, Paris, 2008, p. 185 repr.

Catalogue Note

Les Gentilshommes du duc d’Orléans dans l’habit de Saint Cloud, demeure le plus énigmatique des dessins de Carmontelle. Enigmatique d’abord par le peu de publications, dont il fit l’objet, mais énigmatique avant tout par l’exceptionnelle modernité de son « cadrage », presque « photographique ». La copie à l’huile par Philippoteaux, aujourd’hui au musée Nissim de Camondo[1], l’avait certes rendu célèbre, mais ne révélait pas complètement son exceptionnelle inventivité. Si elle rendait hommage à l’esprit marivaudien de Carmontelle qui tournait toutes scènes en une dérision bienveillante, elle n’avait pas la spontanéité, la liberté de notre aquarelle réellement croquée sur le vif. Le manuscrit accolé au dos du dessin, très probablement de la plume de Lédans, révélait déjà son piquant. Dans une orthographe et avec des tournures de l’Ancien Régime, Lédans précisait que Carmontelle : « avoit rendu les modèles frappans quoique vus par derrière ». Impossible à identifier aujourd’hui, ces gentilshommes étaient, à l’inverse, aisément reconnaissables par un familier de l’ensemble, distinguant derrière un hiératisme solide ou une bonhommie cordiale, tel ou tel aristocrate. Par ses soins, nous nommons à présent ces silhouettes uniformes, ces nobles oubliés qui avaient compté en leur temps, comme le font naturellement toutes personnes un peu hautes en couleurs.
Premier en partant de la gauche, le chevalier de Gasq[2], nous racontait Richard de Lédans dans ses Mémoires, était : « était un franc chevalier français de la vieille roche »[3], il avait un cousin, Jean-Baptiste de Cassieux, garde des Sceaux au Parlement de Bordeaux qui, toujours d’après Lédans : « avait été aportionné en plus de ce qui manquait d’esprit à son cousin. En revanche, il [le chevalier de Gasq] avait été traité en aîné du côté des mœurs, de la sévérité des principes, et de la délicatesse du sentiment. »[4]. Noble de cœur à défaut de brillant penseur, le chevalier de Gasq formait donc le premier maillon de cette chaîne de chevaliers.
Charles Léon de Taillevis de Jupeaux (1730 – 1791?), marquis de Périgny, second personnage du dessin, coiffé d’un tricorne bordé d’une ganse d’or et enserrant son ami, était le seul des six à ne pas compter comme gentilshommes. Il avait été président de la cour de Rouen et sera sous la Révolution, député de Saint-Domingue à l’assemblée constituante. Sa date de décès n’est pas connue avec précision, son destin se sera noyé dans les troubles communs aux aristocrates après 1791.
Jacques Auguste de Poillouë (1739-1794), chevalier de Saint-Mars, était Sous-Aide Major du régiment des gardes françaises, il présentera à nouveau sa fine silhouette élancée à Carmontelle pour un dessin individuel, conservé à Chantilly[5].
La silhouette la plus râblée de la composition et décrite par Lédans comme « le chevalier d’Estrée », pourrait s’apparenter à celle de Louis-Charles César Le Tellier (1695-1771), inspecteur général de la Cavalerie, fait duc d’Estrée en 1763. Il s’illustra lors des batailles de Westphalie, et prit le titre de Maréchal de France. Il remporta la bataille d’Hastembeck en 1757 et devint ainsi ministre sous le Roi Louis XV en 1758. « Il avait été une des meilleures têtes des Conseils du Roi » écrivait Madame de Genlis[6]. Carmontelle représenta également ce personnage seul, dans son Portrait du maréchal d’Estrée[7]. Il mourut sans descendance laissant à Madame de Genlis le souvenir d’un homme au « beau caractère », aux « grandes actions » et à « une vie sans tache »[8].

Pierre Saint-Martin, baron de Tourempré (1720-1783) ici occupé à faire jouer un chien était également haut militaire. Ce maréchal des logis sera à nouveau croqué par Carmontelle dans un curieux dessin le représentant en train d’effectuer des relevés du jardin du château de Raincy.
Enfin, le dernier personnage de la composition est aujourd’hui plus délicat à identifier. Il pourrait s’agir de Pierre-Alexis Asselin, sieur Desparts, né en 1717 et conseiller du Roi à la Cour des comptes. 
Tous ces illustres personnages, incarnaient bien les vertus militaires de la noblesse. Ils formaient l’entourage direct du duc d’Orléans en devenant ses gentilshommes. Comptant alors parmi les intimes du Prince, ils faisaient finalement partie de la vie de la Cour et se promenaient de château en château au gré des déplacements du duc. Arrêtés dans leur après-midi par Carmontelle, ils profitent ici de la vue du jardin de Saint-Cloud, et semblent loin des conventions que l’on prêterait volontiers à une telle société.

[1]. Musée Nissim de Camando, Paris (Inv. CAM 568)
[2]. Carmontelle réalisa dans les années 1760 un portrait individuel du chevalier de Gasq, aujourd’hui conservé au musée Condé à Chantilly (CAR 156).
[3]. Richard de Lédans cité par François Anatole Gruyer, Les portraits de Carmontelle, Paris, 1902, p. 114
[4]. op. cit. p. 114
[5]. Musée Condé, Chantilly (Inv. CAR 99)
[6]. Madame de Genlis cité par François Anatole Gruyer, Les portraits de Carmontelle, Paris, 1902, p. 111
[7]. Musée Condé, Chantilly (Inv. CAR 151)
[8]. Madame de Genlis cité par François Anatole Gruyer, Les portraits de Carmontelle, Paris, 1902, p. 111
[9]. Musée Condé, Chantilly (Inv. CAR 107)


Carmontelle ; The Duke d'Orléans' gentlemen wearing the Saint-Cloud uniform ; Red and black chalk, watercolour and gouache, heightened with white ; Bears numberings in pen and brown ink: 1. 2. 3. 4. 5. 6. Under the current mount, the drawing is laid down on a 19th century mount, partly cut at the bottom. Pasted to the backing is an old piece of paper, which bears an inscription, in pen and brown ink, with the names of the sitters (possibly written by Richard de Lédans). Partly attached to a page from the Orléans album, now dismantled, which bears a pen and brown ink inscription with the names of the sitters

The Gentlemen of the duc d’Orléans in the uniform of Saint Cloud is the most enigmatic of Carmontelle’s drawings, due in part to its relative lack of publication but mainly because of the startling modernity of its composition. Philippoteau’s copy in oil, in the musée Nissim de Camando, despite bringing the work to a larger audience, does not do justice to Carmontelle’s exceptional inventiveness. Whilst Philippoteaux does pay tribute to Carmontelle’s ability to compose light-hearted and gently humorous scenes, he is unable to capture the spontaneity and the freedom of the present work, sketched from life. The note on the reverse of the drawing, written by Richard de Lédans in a style typical of the Ancien Régime, states that Carmontelle's subjects "were shown very strikingly, despite being seen from behind" and also allows for the identification of the sitters.
The first from the left is the chevalier de Gasq who was, according to Lédans in his Mémoires, "a brave French soldier". His cousin, the Keeper of the Seals of Bordeaux, although believed by Lédans to have been gifted with a greater intelligence than de Gasq, was found lacking in comparison to him in terms of his "morals, the severity of his principals and the delicacy of his feelings".
Next along is Charles Léon de Taillevis de Jupeaux (1730 – 1791 ?), marquis de Périgny, wearing a cocked hat with gold braiding, who was the President of the Court of Rouen and would be, under the Revolutionary Assembly, Deputy of Saint-Domingue. Jacques Auguste de Poillouë (1739-1794), chevalier de Saint-Mars was Sous-Aide Major for the Regiment of French Guards. Carmontelle captured his fine and slender silhouette a second time in a drawing at Chantilly. The stockiest figure could be Louis-Charles César Le Tellier (1695-1771), who was made the duc d’Estrée in 1763. He distinguished himself on the battlefields of Westphalia, becoming the Marshall of France. After winning the Battle of Hastembeck in 1757, he became a minister under King Louis XV in 1758. Madame de Genlis wrote of him: "he was counted amongst the wisest of the King’s Advisors". Portrayed a second time by Carmontelle in his Portrait of the Marshall d’Estrée, he died without heirs but left Madame de Genlis with the memory of a man of "handsome character", of "great acts" and with a "stainless life". Pierre Saint-Martin, baron de Tourempré (1720-1783), here playing with his dog, was another distinguished soldier. Carmontelle depicted him in another work, now in Chantilly, in which he surveys the gardens of the château de Raincy.
The last figure is the most difficult to identify. He could be Pierre-Alexis Asselin, born in 1717 and advisor to the King’s Accounts.
All of these illustrious figures embody the more military aspect of the nobility. Part of the closest entourage of the duc d’Orléans, these men played an integral part in court life, following the Duke from château to château. Captured by Carmontelle one afternoon, they enjoy the view of the garden at Saint-Cloud and seem far removed from the sense of joylessness often associated with such a society.

Une Collection pour l’Histoire Importants tableaux, dessins, meubles et souvenirs historiques appartenant à la Famille de France

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