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Statue, Sénufo, Côte d'Ivoire
 SENUFO FIGURE, CÔTE D'IVOIRE
Estimate
300,000400,000
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Statue, Sénufo, Côte d'Ivoire
 SENUFO FIGURE, CÔTE D'IVOIRE
Estimate
300,000400,000
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Details & Cataloguing

Arts d'Afrique et d'Océanie

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Paris

Statue, Sénufo, Côte d'Ivoire
 SENUFO FIGURE, CÔTE D'IVOIRE

Provenance

Hélène et Henri Kamer, Paris
Collection Jacques Boussard (1915-1989), Paris
Ader, Picard, Tajan, Arts primitifs de la succession Jacques Boussard et provenant d'anciennes collections d'africanistes, administrateurs coloniaux et de divers amateurs, 18 décembre 1990, n° 24
Collection privée, acquis lors de cette vente

Literature

Gottschalk, Senoufo. Trésors inconnus des collections privées. L'art du Continent noir, vol. 3, 2009, n.p., n° 105

Catalogue Note

L'artiste Jacques Boussard constitua, à partir des années 1950, l'importante collection d'art africain qui fut mise en lumière lors de la célèbre exposition Arts primitifs dans les ateliers d'artistes (Musée de l'Homme, 1967). Hélène et Henri Kamer, de même que Frédérick-H. Lem dont une partie de la collection d'art soudanais venait d'être vendue à Helena Rubinstein, jouèrent un rôle majeur dans l'initiation de Boussard à l'art africain et dans l'orientation de sa collection vers la statuaire d'Afrique occidentale. L'artiste acquit notamment auprès de Lem sa statue du Maître de Sikasso (collection américaine, publiée dans Bildgewaltig, Afrika, Ozeanien und die Moderne, Fondation Beyeler, 2009, pl. IV, n° 5) qui compta, avec le tambour Baga conservé au National Museum of African Art (Washington, inv. n° 91.1.1), parmi les œuvres majeures de la vente « Arts primitifs de la succession Jacques Bouchard » (Paris, 1990). La plus haute enchère y fut atteinte par la statue Sénufo présentée ici, célébrant par ce record la prodigieuse modernité formelle des arts anciens du continent africain.

Des critères de « pureté plastique », de « sensualité de la forme, de la ligne », et « d'essentielle stabilité » invoqués par Boussard lors de son entretien avec Jean Laude (Arts primitifs dans les ateliers d'artistes, 1967, n.p.), cette œuvre exprime la quintessence. Le corps élancé est rythmé par une remarquable dynamique des formes, associant courbes tendues et plans inclinés qui s'inscrivent avec force dans l'espace. A la tension du visage projeté vers l'avant répond celle formulée au dos par le prodigieux agencement des volumes, dont l'image confine à l'abstraction. S'ajoutent enfin la finesse remarquable des traits et des modelés, et l'épure graphique des signes ponctuant le corps et le visage. 

Tandis que les statues déblé, dont l'extrémité des jambes se fond dans une base cylindrique, relèvent de la société initiatique du Poro, les - très rares - statues en pied porteuses de coupe dépendent de l'institution féminine du Sandogo, chargée de la divination et de veiller à la pureté du matrilignage. Cultuellement, elles s'apparentent aux statues de femmes assises dont l'image est plus diffuse, avec lesquelles elles partagent le symbole féminin du canari porté sur la tête, et la sortie durant les funérailles des membres de cette société secrète. L'étroitesse de leur corpus suggère que leur utilisation était réservée à ses plus hautes élites. Enfin la profonde patine nuancée atteste ici non seulement sa grande ancienneté, mais également une manipulation analogue à celle des statues déblé

Ses trois autres témoins répertoriés sont : la statue de l'ancienne collection Louis Carré (Goldwater, Senufo Sculpture from West Africa, 1964, n° 122), celle de la collection Brian et Diane Leyden (Gagliardi, Senufo unbound, Dynamics of Art and Identity in West Africa, 2015, p. 227, n° 176), et la sculpture collectée avant 1953 par Maurice André, aujourd'hui dans les collections du musée du quai Branly (Corps Sculptés, Corps Parés, Corps Masqués, Chefs-d'œuvre de Côte d'Ivoire, 1989, p. 79). Si chacune reflète le talent individuel d'un maître sculpteur, toutes illustrent - notamment ici, dans la saisissante monumentalité du geste sculptural et l'architecture du dos - les traits fondamentaux des anciens styles développés dans la région septentrionale et centre-nord du pays Sénufo, aux confins de la Côte d'Ivoire et du Mali. 


During the 1950s, artist Jacques Boussard amassed an extensive collection of African art that was highlighted during the famous exhibition Arts primitifs dans les ateliers d'artistes (musée de l'Homme, 1967). Hélène and Henri Kamer, as well as Frédérick-H. Lem, a part of whose Sudanese art collection had just been sold to Helena Rubinstein, played a major role in Boussard's initiation into African art and in the orientation of his collection towards the statuary of West Africa. The artist acquired most notably from Lem his statue by the “Master of Sikasso” (American collection, published in Bildgewaltig, Afrika, Ozeanien und die Moderne, Fondation Beyeler, 2009, pl. IV, No. 5), which, along with the Baga drum kept at the National Museum of African Art (Washington, inv. No. 91.1.1) was one of the key pieces of the auction "Arts primitifs de la succession Jacques Bouchard" (Paris, 1990). The highest bid was nonetheless reached by the Senufo statue presented here, celebrating with this record bid the prodigious formal modernity of the ancient arts of the African continent.

The criteria of "aesthetic purity," of "sensuality of form, of outline," and "essential stability", invoked by Boussard during his interview with Jean Laude (Arts primitifs dans les ateliers d'artistes, 1967, n.p.), are quintessentially expressed in this piece. The slender body is punctuated by a remarkable formal momentum, combining tight curves and inclines that assert their presence forcefully into space. The tension of the forward-thrusting face is echoed in that expressed on the back by the prodigious disposition of the outlines, the image of which borders on abstraction. The figure is rounded off by the remarkably fine features and modeled outlines, as well as the graphic stylization of the signs punctuating the body and face.

Whereas Deble statues, the ends of the legs of which merge into a cylindrical base, are part of the Poro initiatory society, the - very rare - standing cup-bearer figures are part of the Sandogo, the female institution in charge of divination and of ensuring the purity of matrilineal line. From a cultural point of view, they are akin to the sitting female statues, whose image is more diffuse and with which they share the female symbol of a canary carried atop the head, as well as their being brought out for the funerals of the members of this secret society. The limited number of pieces within their corpus suggests that their use was reserved for the highest elites. Finally, the deep nuanced patina is a testament, not only to its great antiquity, but also to a type of manipulation similar to that of the Deble statues.

The three other specimens on record are: the statue from the former Louis Carré collection (Goldwater, Senufo Sculpture from West Africa, 1964, No. 122), that of the Brian and Diane Leyden collection (Gagliardi, Senufo unbound, Dynamic of Art and Identity in West Africa, 2015, p. 227, No. 176), and the sculpture collected before 1953 by Maurice André, now in the collection of the Quai Branly museum (Corps Sculptés, Corps Parés, Corps Masqués, Chefs-d'oeuvre de Côte d'Ivoire, 1989, p. 79). Whilst each of them reflects the individual talent of a master-sculptor, all display – especially here, in the striking monumentality of the sculptural gesture and in the architecture of the back – the fundamental features of the old styles developed in the north and north-central regions of Senufo country, on the modern-day border of Côte d'Ivoire and Mali.

Arts d'Afrique et d'Océanie

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Paris