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Statue, Songye, République Démocratique du Congo
SONGYE FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO
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Statue, Songye, République Démocratique du Congo
SONGYE FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO
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Details & Cataloguing

Arts d'Afrique et d'Océanie

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Paris

Statue, Songye, République Démocratique du Congo
SONGYE FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO

Provenance

Acquis in situ par Joseph Christiaens, ca. 1970
Collection Dieter Scharf, Hambourg
Collection Joseph Christiaens, Bruxelles

Exhibited

Berlin, Just Art Gallery, Authentische afrikanische Kunstobjekte, 2 - 15 mars 1996
Bruxelles, Arts Primitifs VI, 11 - 15 juin 1996
Ingelheim am Rhein, Altes Rathaus, Figuren Afrikas. Meisterwerke einer Privatsammlung, 28 avril - 7 juillet 2002

Literature

Loos, Arts Primitifs VI, 1996, p. 27
Bacquart, The Tribal Arts of Africa, 1998, p. 115
Thompson, Sehen lernen. Eine Sammlung afrikanischer Figuren, 1999, p. 126-127, n° 52
Rochard, Figuren Afrikas. Meisterwerke einer Privatsammlung, 2002, p. 118-119, n° 43
Neyt, Songye. La Redoutable Statuaire Songye d'Afrique Centrale, 2004, p. 242-243, n° 205
Bacquart, Art Tribal d'Afrique Noire, 2010, p. 115

Catalogue Note

UN SONGYE MAJEUR

Émergent parfois à l'évidence, au sein de corpus réputés pour leur richesse et leur diversité, des œuvres qui, par l'importance de leur sculpture et de leurs traits archétypaux, s'imposent comme - littéralement - majeures. En pays Songye, Joseph Christiaens, initié par Jacques Kerchache à l'art Songyé, fut, à l'orée des années 1970, le « découvreur » de plusieurs d'entre elles, comme la célèbre statuette recouverte de clous de la collection Robert Rubin (Sotheby's, New York, 15 mai 2011, n° 49), ou la sculpture présentée ici. 

Attribuée par François Neyt aux styles des Kalebwe centraux et méridionaux (région du Moyen-Lomami, Sud-Est du pays Songye), elle en possède les caractéristiques essentielles : « l'importance accordée à la tête », la puissance des visages « taillés en écu » reprenant « les rythmes modelés des masques kifwebe », et la richesse des attributs (Neyt, Songye. La redoutable statuaire Songye d'Afrique Centrale, 2004, p. 333-334). Formellement, elle s'apparente en particulier, à travers chaque ligne de force, à la statue masculine de la collection Guy Porré et Nathalie Chaboche, récemment acquise par le musée du quai Branly (inv. n° 70.2012.29.11 ; cf. Neyt, idem, n° 173). Aux rapprochements stylistiques s'ajoute l'exceptionnelle présence, dans ces deux œuvres, d'une coiffe en peau ponctuée de très anciennes lames en écailles. La statue Christiaens se singularise néanmoins par la rarissime parure métallique que le visage a conservée, formée d'un « patchwork » d'épaisses feuilles de cuivre accentuant la puissance magistrale de la tête.

L'association, ici absolue, du bois et du métal rappelle l'alliance ancestrale, en pays Songye, du sculpteur et du forgeron. « Dès la protohistoire des populations [de cette région], l'enclume fut un symbole important du pouvoir » (Neyt, idem, p. 374). Si le métal participe au caractère sacré des effigies Songye, la signification précise des anciens signes arborés ici n'est plus connue : les fers ponctuant la coiffe évoqueraient, selon François Neyt, « les écailles du pangolin ou les feuilles végétales placées sur le toit des cases ». En revanche, « les feuilles de cuivre agrafées sur le visage des effigies kalebwe restent une énigme : protection contre la foudre ou le tonnerre, effets thaumaturgiques oubliés ou secrets? Nul à ce jour ne peut l'affirmer avec certitude » (Neyt, idem, p. 375).

Aux forces vitales apportées par le sculpteur et le forgeron s'ajoutent celles, essentielles, attribuées par le prêtre-devin (nganga) au travers des charges actives dont sont conservées ici, outre la coiffe, la ceinture et les colliers. Selon François Neyt, ces colliers superposés en peaux de serpents emplis de conglomérat terreux « étaient vraisemblablement l'expression tangible du changement de peau du défunt. Ils évoqueraient la métamorphose de l'ancêtre [...] qui en faisait un véritable intercesseur pour les vivants » (idem, p. 347). Ce sont eux que vraisemblablement symboliseront à une époque ultérieure, les longs cous annelés, sculptés, de certains styles Songye septentrionaux. 

La puissance remarquable exprimée par la sculpture, la conjonction parfaite des apports du sculpteur, du forgeron et du nganga, la rareté des attributs dont le sens puise dans des temps oubliés, enfin les signes visibles de sa très grande ancienneté, placent cette effigie protectrice de la communauté pour laquelle elle intercède, parmi les plus archaïques du corpus (dont François Neyt estime la datation au milieu du XVIIIe siècle), et parmi les œuvres maîtresses de la statuaire Songye.    

A MAJOR SONGYE

There sometimes incontrovertibly emerge, within corpora reputed for their richness and their diversity, pieces that, in the importance of their sculpture and of their archetypal features, stand out as - literally - paramount. Joseph Christiaens was, in the early 1970s, the "discoverer" of many major works in the Songye country, including the famous nail covered figure from the collection of Robert Rubin (Rubin, "Primitivism" in 20th Century Art: Affinity of the Tribal and the Modern, 1984, vol. I, p. 159, and Sotheby's, New York, May 15, 2011, No. 49), and the figure presented here. 

Attributed by François Neyt to the styles of central and southern Kalebwe (Middle Lomani region, southeastern Songye country), it possesses their essential characteristics: "the focus on the head," the forcefulness of the "shield-shaped" face, "the modelled rhythms of the Kifwebe masks” and the richness of the attributes (Neyt, Songye. La redoutable statuaire Songye d'Afrique Centrale, 2004, p. 333-334). Formally it is particularly close, in its core features, to the male figure (Neyt, ibid, No. 173), from the Guy Porré and Nathalie Chaboche collection, recently acquired by the quai Branly Museum (inv. No. 70.2012.29.11). In addition to stylistic similarities, these two pieces also both bear exceptional hide coiffes covered in very ancient scale slats. However the Christiaens figure stands out for the rare metal ornament the face has retained, consisting of a "patchwork" of thick copper sheets emphasizing the commanding forcefulness of the head.

The combination of wood and metal - which is fully realized here - is a reminder of the ancestral alliance between sculptor and blacksmith in Songye country. "From the protohistory of the people [of this region] onwards, the anvil was an important symbol of power" (Neyt, ibid, p. 374). Although metal plays a role in the sacred character of Songye effigies, the precise meaning of the ancient signs displayed here is no longer known to us: according to François Neyt, the irons dotted around the coiffe evoke "the scales of the pangolin or the plant leaves placed on hut roofs". However, "the copper sheets stapled to the faces of the Kalebwe effigies remain a mystery: protection against lightning or thunder, long-forgotten or secret thaumaturgic effects? Nowadays no one can say for sure" (Neyt, ibid., p. 375).

The vital forces instilled by the sculptor and blacksmith are compounded by those essential ones that are granted by the Nganga, the oracle-priest, via the active loads retained here, in addition to the coiffe, belts and necklaces. According to François Neyt these stacked snakeskin necklaces filled with earthy conglomerate "were probably a tangible expression of the deceased's change of skin. They may be an evocation of the metamorphosis of the ancestor [...] thus making him a true intercessor for the living" (ibid, p. 347). They are the ones most likely symbolized, at a later time, by the long ringed, sculpted necks found in certain Songye northern styles. 

The remarkable power expressed in the sculpture, the perfect combination of inputs from the sculptor, the blacksmith and the Nganga, the rarity of the attributes, the meaning of which draws from forgotten times, and finally the visible signs of its great antiquity, place this effigy that protects the community for which it intercedes, among the most archaic in the corpus (with François Neyt dating it to the mid-18th century), and among the masterpieces of Songye sculpture.

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