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Montesquieu
"REFFLEXIONS SUR LE CARACTERE DE QUELQUES PRINCES ET SUR QUELQUES EVENEMENS DE LEUR VIE". (VERS 1734).
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150,000200,000
LOT SOLD. 457,500 EUR (Hammer Price with Buyer's Premium)
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Montesquieu
"REFFLEXIONS SUR LE CARACTERE DE QUELQUES PRINCES ET SUR QUELQUES EVENEMENS DE LEUR VIE". (VERS 1734).
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Details & Cataloguing

Livres et Manuscrits

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Paris

Montesquieu
"REFFLEXIONS SUR LE CARACTERE DE QUELQUES PRINCES ET SUR QUELQUES EVENEMENS DE LEUR VIE". (VERS 1734).
manuscrit autographe de 68 pages (248 x 178 mm). Titre remanié à plusieurs reprises, nombreuses biffures et corrections (la page 45 entièrement barrée), pages numérotées et renumérotées par l'auteur : au total 6 demi-feuilles (une demi-feuille découpée après rédaction laissant paraître des bouts de ligne de l'auteur, ceci expliquant la nécessité des renumérotations), 12 bifeuillets non-emboités, non-rognés, et  un papillon volant (180 x 160 mm) épinglé à la page 28, portant un alinea supplémentaire. Les bifeuillets sont réunis par 2 attaches de cordelettes beiges.
Dans la marge de la première page, une note postérieure indique "entièrement de la main de Montesquieu", et page 3 une autre précise que le texte a été "donné à M. Lanet pour insérer au journal La Gironde, imprimé à Bordeaux, le 17 décembre 1833". (Il s'agit du parallèle entre Louis XI et Tibère, publié seul).

Vergé épais, légèrement rugueux filigrané à la Croix de Malte et lettres IDM, initiales attribuées par Nicolaï à Joseph Demichel à Cahors. Il peut s'agir aussi de Jean Demichel à Angoulême (Claire Bustarret, in L'Atelier de Montesquieu, "Le manuscrit 2506, inventaire des papiers", p. 290).


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Catalogue Note

Les Refflexions sur le caractère de quelques princes mettent en vis-à-vis les grandes figures de l'histoire de France, de l’Angleterre, du Vatican, et de la Rome ancienne.

le manuscrit se compose ainsi :
Parallèle entre Charles XII et Charles le Téméraire. -- Tibère et Louis XI. -- Philippe II et Tibère. -- Les papes Paul III et Sixte Quint. -- Le duc de Mayenne durant les guerres de religion en France et Cromwell. -- Henri III roi de France et Charles Ier roi d’Angleterre. -- Henri III.

cet intérêt pour les hommes qui changent le monde est à la source des oeuvres majeures de montesquieu : si Montesquieu s'intéresse aux Romains plus qu'aux faits dans les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur decadence (1734), c'est pour comprendre pourquoi ils ont abandonné la démocratie. Dans L'Esprit des lois (1748), c'est encore aux hommes que Montesquieu s'intéresse : "J'ai d'abord examiné les hommes, et j'ai cru que, dans cette infinité de lois et de moeurs, ils n'étaient pas seulement conduits par leur fantaisie". Les Refflexions sont un recueil compilé de ces portraits vivants, que l'on doit dater d'avant 1734, préparatoire à la rédaction des Considérations (1734) puis réutilisées dans les Pensées, elles-mêmes recueil de réflexions et oeuvre réservoir dans laquelle l'auteur puise pour la rédaction de ses oeuvres politiques.

Catherine Volpilhac-Auger (ENS, Lyon), co-directrice de l'édition critiques des oeuvres complètes de Montesquieu (2006), présidente de la Société Montesquieu, et auteur de très nombreuses études sur cet auteur, écrit dans la notice qu'elle consacre à ces Refflexions dans le Dictionnaire Montesquieu (2008/2013) qu'elle a dirigé (dictionnaire-montesquieu.ens-lyon.fr, in Montesquieu.ens.lyon.fr) : "[Les Refflexions] témoignent de l'intérêt de Montesquieu pour l'histoire, conçue comme laboratoire du politique, qui s'exprime dans une oeuvre de la même époque, les Considérations [...] C'est la réfutation d'une interprétation qui privilégie le caprice et l'humeur ou qui survalorise la complexité des princes, traditionnellement considérés comme "politiques", maîtrisant toutes les situations et manipulant adversaires et alliés. Là ou l'on voit généralement complexité et capacité de dissimulation (chez Tibère ou Louis XI) Montesquieu ne décèle que faiblesse, et ne voit que l'échec final de pitoyables tentatives pour s'assurer un pouvoir sans partage. »

ainsi, selon Montesquieu, c'est l'état d'esprit des hommes au pouvoir qu'il faut analyser. Réfutant les comparaisons courues et les rapprochements simplistes, les parallèles de Montesquieu apparaissent en fin comme un recueil d'"anti-parallèles" : de Philippe II, réputé grand politique, il écrit : « il avait le masque de la politique et non la science des évènements ». Philippe II multiplie les erreurs et ne peut donc être comparé, comme il le fut souvent, avec le très précis calculateur Tibère. Louis XI et Tibère quant à eux « passèrent leur vie dans le trouble et dans les remords, et la finirent dans le secret, le silence et la haine publique ». Mais si tous deux arrivés à leurs fins, mais le premier par rouerie, le second par génie. « Louis qui n’avait pour art que des caresses fausses et de petites flatteries, gagnait les hommes par leur propre foiblesse… Louis réparoit assez heureusement ses imprudences, et le Romain n’en faisoit point. » Lorsque deux princes se ressemblent, en quoi diffèrent-ils ? En analysant pourquoi l’un échoue tandis que l’autre réussit,  Montesquieu ne porte pas de jugement moral, il évalue en termes d’efficacité. Le caractère de chacun face aux choix déterminera sa réussite ou son échec. L’histoire sert de support à l’analyse politique ; elle n’est pas une fin en soi. Montesquieu se positionne contre l’histoire narrative, dont une œuvre à succès paraissait dans le même temps : L’Histoire de Charles XII par Voltaire.

Montesquieu n’établit pas seulement des parallèles, comme le montrent le portrait en profondeur de Paul III, de Henri III (« Comme Henri III a été le martyr de ses vices, je m’étendrai un peu sur ce prince, sur le caractère d’esprit qui régnoit à la cour et l’état où étoit pour lors la nation »), et la fine analyse de Philippe II : « Toujours roi et jamais homme, toujours sur le trone ou dans le cabinet, sa dissimulation, qu’il ne sut pas cacher, lui fut peu utile ; mais son inflexibilité lui fut nuisible. [...] Il avait de la lenteur, et non pas de la prudence ; le masque de la politique, et non pas la science des évènements [...] Le dessein de porter l’Inquisition dans les Pays-Bas, celui d’y établir le gouvernement espagnol, font voir qu’il ne connaissait ni les Flamands, ni les peuples libres, ni même les hommes [...]»

catherine volpilhac-auger insiste sur la rareté des manuscrits autographes de montesquieu : "Montesquieu lui même conservait précieusement tout ce qui pouvait lui être utile un jour, pour corriger et augmenter ses oeuvres publiées, en écrire de nouvelles et parfaire celles qu'il avait en chantier [...] [Mais on n’y] relèvera que rarement sa propre écriture [...] Montesquieu a recours à des secrétaires (...) On peut distinguer et dater l'intervention de presque trente mains différentes." (in Les plus belles pages des manuscrits de Montesquieu confiés a la bibliothèque municipale de Bordeaux par Jacqueline de Chabannes, 2005, pp. 7-9). Dans l'introduction au texte des Réflexions paru dans les oeuvres complètes de 2006, C. Volpilhac-Auger insiste sur l'importance du caractère autographe du manuscrit : "ce dernier point est important : en effet après 1734, rares sont les manuscrits que Montesquieu écrit lui-même."

Ce manuscrit est découvert dans les archives du château de La Brède par les descendants de Montesquieu à la fin du XIXe siècle et publié en 1892 dans les Mélanges inédits de Montesquieu édité par le baron Gaston de Montesquieu (voir pp. LIII-LIV la description matérielle du manuscrit, et pp. 171-189 le texte). Il passe en vente publique une première fois en 1939 (Manuscrits de Montesquieu, Hôtel Drouot, 23 février 1939), puis en 1957 (Autographes et manuscrits précieux, Hôtel Drouot, 14 mars 1957), puis il disparaît.
Il figure depuis 1892 dans toutes les éditions des oeuvres de Montesquieu. 

références : Mélanges inédits de Montesquieu (éd. Barckhausen, 1892, p. 171-189). -- Oeuvres complètes de Montesquieu, Voltaire Foundation, 2006, vol. 9, p. 43-65 (édition S. Mason et C. Volpilhac-Auger). -- Desgraves, Montesquieu. L'oeuvre et la vie, 1995, pp. 276-277. --  C. Volpilhac-Auger et Claire Bustarret, L'atelier de Montesquieu, Manuscrits inédits de La Brède, Naples, Liguori ; Oxford, Voltaire Foundation, 2001. -- G. Benrekassa, Les Manuscrits de Montesquieu. Secrétaires, écritures, datations. Ibid., id., 2004. – C. Volpilhac-Auger et Gabriel Sabbagh, Un auteur en quete d'editeurs ? ENS éditions, Institut d'histoire du livre, 2011. -- C. Volpilhac-Auger, "Réflexions sur le caractère de quelques princes", Dictionnaire électronique Montesquieu (En ligne), dictionnaire-montesquieu.ens.lyon.fr

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