Details & Cataloguing

Livres et Manuscrits

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Paris

Proust, Marcel
A L’OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS. PLACARD CORRIGÉ "CAHIER VIOLET N° 5".
Ce placard se compose de 18 fragments répartis sur 3 colonnes, dont 5 fragments imprimés et corrigés et 13 feuillets autographes de tailles variables montés sur un feuillet in-plano sur papier fort (479 x 355 mm), avec mention du typographe au crayon gras bleu dans l’angle gauche supérieur "Cahier violet n° 5".
Les feuillets imprimés comportent 3 lignes biffées avec ajouts et corrections marginales. Les feuillets autographes se composent de 179 lignes de taille très variable, avec ratures et corrections.
3 petites restaurations aux pliures, une déchirure sans manque à une pliure.
Le texte correspond aux pages 316 à 319 de l’édition originale parue à la NRF en 1918 et aux pages 158 (1re ligne) à 161 (39eligne) de l’édition de la Pléiade (t. II).

La première colonne comporte de petites modifications par rapport au texte retenu, certains mots ont été corrigés, certains passages ont été supprimés et certains passages publiés ne figurent pas dans ce placard.

Important ajout autographe, au centre du placard, non repris dans la version imprimée d'à l'ombre des jeunes filles en fleurs, sur la projection amoureuse.
Ce grand passage manuscrit  correspond à une version antérieure, à l'époque où Albertine s'appelait encore Maria et était d'origine hollandaise : "Si le désir que nous éprouvons un jour a pour effet de nous transporter, habitat inconnu de l’homme que nous étions hier, dans une zone nouvelle, l’avantage est que dans cette zone tout est harmonisé, se dégradent par des différences aussi petites que possible qui nous conduisent du plaisir que nous ne pouvons atteindre à des plaisirs du même genre – des plaisirs d’un autre genre ne seraient pas pour nous en ce jour là des plaisirs – qui seront peut être plus accessibles. Il y a des jours où, peut être parce que nous sommes fatigués de récentes nuits trop [?], nous nous remettons à désirer une certaine femme qui n’est pour nous qu’une amante bien platonique. Mais elle est loin, impossible de la voir. En jouant du piano à quatre mains avec une autre, en appelant la manucure, en faisant un tour de valse avec une troisième nous restons dans la gamme de ces attouchements sans conséquence […] Un autre jour où nous aurons la nostalgie du coucher de soleil sur les canaux d’Amsterdam sans pouvoir partir pour la Hollande […] Aujourd’hui à cause de l’ébranlement causé par ce cortège de jeunes filles, je continuais à les imaginer, à penser à elles". Le narrateur les imagine à bicyclette parcourant des régions de vignoble et, ne pouvant y être avec elles, se fait monter une grappe de raisin dans sa chambre.

La troisième colonne contient un fragment autographe avec becquet et des épreuves imprimées sans corrections ni ratures.


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Catalogue Note

Les premières épreuves avaient été imprimées en 1914 pour Grasset mais la guerre en retarda la publication. Proust en profita pour corriger son texte, le remanier, découpant, collant des bouts de papier de formats divers, raturant des noms propres, des phrases entières et modifiant son manuscrit "en une extraordinaire marqueterie où de larges fragments autographes alternent avec des épreuves, corrigées ou non, dont les unes remontent à 1914 et dont les autres ont été établies en vue de la publication de 1918" (P. Clarac).
En 1916, Proust rejoignit la NRF et l’ouvrage y parut le 30 novembre 1918. Le 10 novembre 1919, A l’ombre des jeunes filles en fleurs obtint le prix Goncourt et le 28 février 1920, parut une édition de luxe tirée à cinquante exemplaires sur papier bible, chacun accompagné de deux placards corrigés par Proust. C'est ce dernier qui en eut l'idée et l'imposa à Gallimard. Ces placards, au nombre de 100 donc, ont souvent été sortis des exemplaires comme c’est le cas ici.
Le "Cahier violet" a été étudié longuement par Francine Goujon dans le Bulletin Marcel Proust en 1999. D'après elle, les placards qui ont été publiés portent tous la mention "Cahier violet" : "Pour ce qui est des documents, les volumes de l'édition de luxe n'ont pas tous reçu le même enrichissement : pour les uns il consiste en épreuves corrigées uniquement, pour d'autres [comme c'est le cas ici] en épreuves corrigées assorties de plusieurs pages manuscrites portant la mention "cahier violet". Quel est le contenu, quelles sont les limites de ce cahier violet ? ces questions ne sont pas insolubles. Si l'on considère un ensemble de sept extraits manuscrits, tous marqués "cahiers violets", consultables ou décrits avec précision, on constate que chacun d'eux est numéroté [...] et que l'ordre établi par ces numéros suit celui du texte imprimé".
Les cahiers cités par elle sont les n° 1 (II, 145 sq), n° 9 (II, 178-82), n° 12 (II, 87-192), n° 21 (II, 238-43), n° 22 (II, 243-48), n° 30 (II, 285-91), n° 31 (291-96) [...] "C'est donc la fin du manuscrit que Proust a utilisé pour orner cette édition, ce qu'il appelle lui-même "la deuxième partie", et dont il dit qu'elle justifie le titre A l'ombre des jeunes filles en fleurs. J'ai pu montrer que cette partie était le récit des relations avec les jeunes filles à Balbec et avait constitué le dernier envoi manuscrit de Proust à son éditeur en octobre 1917 [...] En fait les placards du cahier violet, tels qu'on peut les consulter actuellement se présentent comme une mosaïque de fragments collés sur de grandes feuilles".

Références : Pierre Clarac, "Remarques sur le texte des Jeunes filles en fleurs. Projet d'une édition", in P. Clarac, Bulletin de la société des Amis de Marcel Proust, n° 2. -- Francine Goujon , "Le Manuscrit de À l'ombre des jeunes filles en fleurs : le "cahier violet" , Bulletin Marcel Proust, n° 49, 1999, p. 7-16.

Provenance : Dr Roger Froment.

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