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Statue janiforme, Songye, République Démocratique du Congo
SONGYE JANIFORM FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO
Estimate
350,000500,000
LOT SOLD. 409,500 EUR
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Statue janiforme, Songye, République Démocratique du Congo
SONGYE JANIFORM FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO
Estimate
350,000500,000
LOT SOLD. 409,500 EUR
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Details & Cataloguing

Collection Françoise et Jean Corlay – Arts d’Afrique

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Paris

Statue janiforme, Songye, République Démocratique du Congo
SONGYE JANIFORM FIGURE, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO

Provenance

Collection Ernst et Ruth Anspach, New York
Collection Jacques Yankel, Paris
Loudmer & Poulain, Paris, Drouot Rive Gauche, 18 octobre 1978, pl. IV, n° 65
Mon Steyaert, Bruxelles
Collection Françoise et Jean Corlay, Paris

Literature

Neyt, Songye ; La redoutable statuaire Songye d'Afrique Centrale, 2004, p. 49, n°8

Catalogue Note

Sculptée dans un bois rougeâtre (le chlorophora excelsa ?) et couverte d'un onguent à base d'huile de palme, cette statue janiforme représentant un être androgyne est remarquable par sa conception et sa réalisation. 

Le cou longiforme et le mouvement nuancé des visages équilibrent le volume des têtes opposées. L’une est ornée d'un diadème frontal en clous de laiton projeté vers l'avant, l’autre, en léger retrait, s'étire à l'aplomb de la nuque. Avec une superbe maîtrise, le sculpteur a confronté la rigueur des volumes épannelés et la tension extrême des courbes : visages ovoïdes dont le front ample et bombé accentue la profondeur des cavités oculaires taillées en réserve, arête nasale droite aux ailes déployées, lèvres en arc de cercle esquissant un sourire, menton en pointe. Le buste de la figure dominante, féminine, s’incurve vers l’avant, mettant en relief les seins d’une femme jeune. Autour du sexe masculin qui a été brisé, une corde tressée ornée de perles de verre et d’un agglomérat rituel contenu dans un petit sac en graines, sert de ceinture. Le dos curviligne, admirablement découpé, se prolonge par le fessier et les membres inférieurs taillés en biseau.

Son style et sa morphologie rattachent cette pièce aux traditions occidentales des Songye, et plus précisément à un atelier belande situé dans la partie méridionale du pays, proche des Luba des rives de la Lubengule. Elle s'apparente très étroitement à deux statues Songye de la collection du peintre Willy Mestach (Neyt, 2004, n°1 et 4), offertes en 1919 au Gouverneur M. Heenen par le chef d'un village situé à 50 km au sud-est de Kabinda (Mestach, 1985, p. 166). La plus petite (59 cm) offre, avec celle présentée ici, une telle similitude de facture qu'il est raisonnable de les attribuer à un même maître-sculpteur, dont on peut situer l'œuvre dans la deuxième moitié du XIXe siècle. 

Son interprétation est complexe. Le visage souriant, les seins de jeune femme et les colliers de perles en pâte de verre blanche et bleu marine rappellent les représentations sculptées des Luba dont le rôle est d’appeler et de séduire les génies de la nature. L’attitude de l’être androgyne en posture debout, les mains autour de la zone ombilicale, sont propres à l’ancêtre qui veille sur sa famille et la protège. D’autres aspects font référence aux traditions songye et à la magie : la coiffe découpée en une masse polyforme pourrait, originellement, évoquer le support d’une enveloppe terreuse que revêtaient les chefs de village. Le sommet est choisi pour fixer une corne de buffle emplie d’un agglomérat rituel. À cet égard, les petites tiges de fer qui s’y trouvent ont pu servir à tenir un emplâtre magique ou une corne. L’onguent est le signe de dévotions cultuelles régulières, peut-être à l’occasion de la nouvelle lune. Les entailles sous les bras permettaient probablement de porter la statue en évitant de la toucher pour ne pas être atteint par son pouvoir sacré. Un orifice carré au niveau des reins a dû contenir une charge magique. Cette effigie androgyne et janiforme (dont le visage au dos constitue le seul indice) concentre-t-elle les énergies provenant des traditions luba centrées sur le symbole féminin et celles, plus masculines, des forces magiques songye ? L’ouverture vers l’ouest et l’est, lieu d’apparition et de disparition des ancêtres, est-elle sous-jacente à ces visages opposés ? Quoiqu'il en soit, le caractère énigmatique et magique est fortement affirmé dans cette remarquable sculpture qui nous adresse deux larges sourires opposés.

Dans les années 1950, Ernst et Ruth Anspach comptèrent à New York parmi les plus importants collectionneurs d'art primitif. S’ils privilégient, pour leurs premiers achats, l'esthétique plus "abordable" par l'œil occidental des antilopes ci-wara et de la statuaire ivoirienne, ils s'orientent rapidement vers les expressions les plus puissantes, et en particulier l'art Songye (cf. Sotheby's Paris, 30 novembre 2010, n°3). Cette statue Janus entre ensuite dans la collection du peintre Jacques Yankel (né Jacob Kikoïne, 1920-2004, fils du peintre Michel Kikoïne, ami de Soutine), dont le goût pour l'expressionnisme l'amena à choisir, parmi les arts africains qu'il collectionne (cf. la statue Mambila de la collection William W. Brill, Sotheby's, New York, novembre 2006, n°67), les "objets sauvages [qui ont fait] la grandeur du génie des artistes africains" (Evrard, Arts primitifs dans les ateliers d’artistes, 1967, n. p.). 

Commentaire de François Neyt, mars 2013

Songye janiform figure, Democratic Republic of the Congo

Carved from reddish wood (possibly chlorophora excelsa) and covered in a palm-oil based ointment, this androgynous janiform figure is striking both in its design and in its construction. 

The elongated neck and the subtle motion of its faces - the first one thrusting forward and adorned with a frontal diadem made up of brass studs, the second one set slightly lower and stretching vertically in a parallel line to the neck - complement the volume of the heads figured back to back. In this piece, the sculptor demonstrates consummate skill as he contrasts the starkness of whittled planes with the sharp tension of the figure's curves: ovoid faces with wide rounded foreheads that enhance the deeply carved eye sockets, straight nasal bridges with flaring nostrils, curved lips suggesting a smile and pointed chins. The bust of the dominant female figure projects outward and emphasizes youthful looking woman's breasts. Around the male genitals, which have been broken, a braided rope adorned with glass beads and ritual agglomerate contained in a small seed bag serves as belt. The beautifully carved curvilinear back merges into the buttocks and bevelled lower limbs.

The style and morphology of this sculpture place it in the Western traditions of the Songye, and more specifically allow us to attribute it to a Belande workshop, located in the southern part of the country, close to the banks of the Luba Lubengule river. It is very similar to the two Songye statues from the collection of the artist Willy Mestach (Neyt, 2004, No. 1 and 4), which were given to to Governor M. Heenen in 1919 by the chief of a village located 50 km to the south-east of Kabinda (Mestach, 1985, p. 166). The smallest of the two (59 cm) is so closely related to the Corlay figure that it can reasonably be attributed to the same master-sculptor, whose work can be dated back to the second half of the 19th century. 

The interpretation of this figure is complex. The smiling face, the young woman's breasts and the white and navy glass-paste-bead necklaces are reminiscent of the sculpted representations of Luba, whose role is to seduce the spirits of nature and to call them forth. The attitude of the androgynous figure, with its upright posture and hands placed on either side of the navel area, is that of the ancestor who watches over and protects his family. Other aspects make reference to Songye traditions and magic: the coiffure, fashioned into a multiform mass, could originally have emulated the earthy sheath worn by village chiefs. A base is selected atop the coiffure to affix a buffalo horn filled with ritual agglomerate. The curved iron stems which emerge from the coiffure of the Corlay figure may well have been used to set a magic poultice or an animal's horn. The figure’s oily ointment is a sign that it was used for regular cultic devotions, perhaps to the new moons. The hollows beneath each arm were probably carved out so as to carry the statue without touching it and thus avoid being affected by its sacred character. A square hollow at kidney level must have contained magical ingredients. Was the purpose of this androgynous janiform effigy (with its rear face as sole evidence of its Janus nature) to combine both the energies derived from Luba traditions, centered on the female symbol, and the more masculine Songye magical forces? Was the opening towards the West and the East - where ancestors materialise and fade away - the underlying reason for these opposing faces? Whatever the reason, the enigmatic and magical nature of this figure is strongly emphasised in this statue, which beams at us from two opposites sides.

In the 1950s, Ernst and Ruth Anspach were amongst the most important collectors of primitive art in New York. Although their first acquisitions focused on aesthetics that were more "accessible" to the Western eye, such as Ci-wara antelopes and figures from Côte d'Ivoire, their taste soon evolved towards more expressively powerful objects, and towards Songye art in particular. (cf. Sotheby's Paris, 30 November 2010, No. 3). This janiform figure then entered the collection of the painter Jacques Yankel (born Jacob Kikoïne, 1920-2004, the son of artist Michel Kikoïne, a friend of Chaim Soutine), whose taste for expressionism led him to select from amongst the pieces of African art that he collected (cf. the Mambila statue from the William W. Brill Collection, Sotheby's, New York, November 2006, No. 67), the "primeval artefacts [that reveal] the greatness of African artists". (Evrard, Arts primitifs dans les ateliers d’artistes, 1967, p. n.). 

Commentary by François Neyt, March 2013

Collection Françoise et Jean Corlay – Arts d’Afrique

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Paris