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Couple primordial, Sénufo, Côte d'Ivoire
SENUFO PRIMORDIAL COUPLE, IVORY COAST
Estimate
200,000300,000
JUMP TO LOT
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Couple primordial, Sénufo, Côte d'Ivoire
SENUFO PRIMORDIAL COUPLE, IVORY COAST
Estimate
200,000300,000
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Details & Cataloguing

Arts d'Afrique et d'Océanie

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Paris

Couple primordial, Sénufo, Côte d'Ivoire
SENUFO PRIMORDIAL COUPLE, IVORY COAST

Provenance

Femme:
Charles Ratton, Paris
Alain de Monbrison, Paris, ca.1976
Collection Wormser, Suisse
Bernard Dulon, Paris
Collection Nathalie Chaboche et Guy Porré
Collection privée
Homme:
Charles Ratton, Paris
Collection privée
Philippe Guimiot, Bruxelles
Collection Nathalie Chaboche et Guy Porée
Collection privée

Exhibited

La Flèche et Nogent le Rotrou, Arts Premiers de Côte d'Ivoire, 10 janvier - 2 mars 1997

Literature

Boyer, Girard & Rivière, Arts Premiers de Côte d'Ivoire, 1997, n°13

Catalogue Note

Si les ethnologues s'accordent sur le fait que les grandes statues Sénufo - toutes utilisées dans le cadre de la société initiatique du Poro - étaient originellement conçues et utilisées en couple, rares sont les œuvres dont nous connaissons les deux figures complémentaires, et plus exceptionnelles encore celles conservées sous cette forme dans une collection publique ou particulière. Leur corpus – huit connus – comprend, outre celui-ci : le couple conservé à la Barnes Foundation (Philadelphia), le couple primordial de la collection Frieda et Milton Rosenthal (Sotheby's, New York, 14 novembre 2008, n°63), celui conservé au National Museum of African Art (Washington), le couple du Metropolitan Museum of Art (inv. n°60.163 et 60.164, in Goldwater, 1964, ill. 113 et 114) et, provenant du même atelier, celui anciennement dans la collection de Peter et Veena Schnell collecté par Emil Storrer en 1954 (Sotheby's, Paris, 15 juin 2004, n°35) ; un couple dans la collection Durand en 1964 (Golwater, 1964, ill. 91 et 91a), et enfin celui venant de René Rasmussen, qui sépara les deux figures (Kerchache, Paudrat et Stephan, 1988, p. 374 et Sotheby's Paris, 11 juin 2008, n°111), aujourd'hui rassemblées.

Comme pour le couple Rasmussen, nos deux statues, acquises à l'origine par Charles Ratton, furent vendues individuellement. Ce sont les collectionneurs Nathalie Chaboche et Guy Porré qui les réunirent, il y a quelques années. Remarquable par sa rareté et par son histoire, ce couple se distingue également par son importance dans l'univers Sénufo. 

D'apparence semblable aux "statues pilon" dogele constituant l'essentiel du corpus des grandes statues Sénufo (por-débélé), les statues présentées ici s'en distinguent par les symboles matérialisés à leur sommet. « Très peu de ces représentations sont connues » (Gottschalk, 2002, p. 150) et parmi elles figurent trois des couples cités plus haut (Rosenthal, Rasmussen et Washington). Le personnage féminin est surmonté d'un animal bicéphale à l'origine, une tête vers l'avant, l'autre vers l'arrière (cf. reproduction dans Arts d'Afrique Noire, n°19, 1976, p. 47). La cassure au sommet du second personnage montre qu'il était autrefois coiffé, comme pour les trois couples comparables, d'un disque ajouré évoquant le cimier kwonro porté par les initiés du Poro, lors de leur passage rituel à la classe des adultes. 

Dans sa description du couple de la collection Rosenthal lors de l'exposition Genesis : Ideas of Origin in African Sculpture (Metropolitan Museum of Art, New York, 2002), Alisa LaGamma l'interprète comme « la commémoration du couple primordial mythologique, célébrant leur beauté éternelle et leur complémentarité idéalisée ». Tout en donnant à notre couple la même signification, Patrick Girard (in Boyer, Girard, Rivière, 1997, p. 126), souligne la rareté de ces « objets symboliques majeurs du Sinzanga » (enclos sacré d'initiation). 

L'état fragmentaire de ce couple « rare et très ancien » (Girard, ibid.), ainsi que les traces de feu sur le flanc gauche du personnage féminin s'expliqueraient par leur abandon à la suite de la conversion au Massa, culte qui s'est propagé dans tout le pays Sénufo dans les années 1950.    

Stylistiquement, les volumes résumés à leurs lignes essentielles et la rigueur des formes semblent indiquer un atelier septentrional. La dynamique des visages – opposant la profondeur de la tête vue de profil au plan étroit de la face épannelée – les apparente à la statue de la collection Monzino (Sweeney, 1935, n°64). Associées au saisissant archaïsme du style, la profonde érosion de la base – fichée au sol dans l'enclos d'initiation – atteste leur très longue utilisation.

Senufo primordial couple, Ivory Coast

Although ethnologists agree that the great Senufo statues - all of which were used within the Poro initiation society - were initially created and used as couples, it is very rare to find pieces where the two complementary figures are known, and rarer still to find any preserved as a pair in any collection, whether public or private. The corpus of eight known pairs comprises, in addition to the offered example: the couple in the Barnes Foundation (Philadelphia), the couple from the Frieda and Milton Rosenthal Collection (Sotheby's, New York, 14 November 2008, No. 63), the couple in the National Museum of African Art (Washington), the couple in the Metropolitan Museum of Art (Inv. No. 60.163 and 60.164, in Goldwater, 1964, ill. 113 and 114) and, the following three couples, which all originate from the same workshop as the offered lot: the couple formerly in the Peter and Veena Schnell Collection, collected by Emil Storrer in 1954 (Sotheby's, Paris, 15 June 2004, No. 35); a couple in the Durand Collection in 1964 (Golwater, 1964, ill. 91 and 91a), and finally the couple acquired by René Rasmussen, who separated the two figures (Kerchache, Paudrat et Stephan, 1988, p. 374 and Sotheby's Paris, 11 June 2008, No. 111), which have now been reunited.

As with the Rasmussen couple, both our figures, which were originally acquired by Charles Ratton, were split up and sold individually. Collectors Nathalie Chaboche and Guy Porré reunited the couple a few years ago. Although remarkable for its rarity and its history, this couple also stands out for its significance in the Senufo universe. 

Similar in appearance to the Dogele "pestle statues", which comprise the bulk of the corpus of the larger (Por-Debele) Senufo statues, the figures presented here differ from them due to the symbols depicted atop their heads. "Very few of these representations are known" (Gottschalk, 2002, p. 150) and among them are three of the couples mentioned above (Rosenthal, Rasmussen and Washington). The head of the female figure is topped by what was originally a two-headed animal with one of its heads facing forwards and the other facing backwards. (cf. reproduction in Arts d'Afrique Noire, No. 19, 1976, p. 47). The marks of a break on top of the second figure show that it was once crowned, as were the three comparable couples, with a perforated disk evoking the Kwonro crest worn by Poro initiates during their ritual transition into the adult class. 

In her description of the Rosenthal Collection couple during the exhibition Genesis: Ideas of Origin in African Sculpture (Metropolitan Museum of Art, New York, 2002), Alisa LaGamma interprets it as "the commemoration of the mythological primordial couple celebrating their eternal beauty and their idealised complementarity."  Patrick Girard also bestows a similar significance on our couple (in Boyer, Girard, Rivière, 1997, p. 126), but also emphasizes the rarity of these "major symbolic objects of the Sinzanga" (sacred initiation enclosure).

The fragmentary state of this "rare and very ancient" couple (Girard, ibid.), as well as the scorch-marks on the left flank of the female figure can be explained by their being set aside as a result of the conversion to Massa, a cult that spread throughout Senufo country in the 1950s.

From a stylistic standpoint, the outlines pared down to their essential features,and the formal starkness of the figures,suggest that they emanated from a northern workshop. The dynamics of the faces - with the depth of the head in profile contrasting with the narrow plane of the whittled face - establish a similarity with the Monzino Collection figure. (Sweeney, 1935, No. 64). Combined with its striking archaic style, the deep erosion of the base - stuck in the ground in the initiation enclosure - attests to their very long use.

Arts d'Afrique et d'Océanie

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Paris