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Details & Cataloguing

Arts d'Afrique et d'Océanie

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Paris

Tête en pierre, Sapi, Sierra Leone
 

Provenance

Mario Meneghini, Monrovia
Collection Luciano Lanfranchi, Milan
Collection privée

Literature

Tagliaferri & Hammacher, Fabulous Ancestor. Stone carvings from Sierra Leone & Guinea, 1974, p. 62-64, n°36-38
Tagliaferri, Stili del potere, 1989, p. 62-63, n°36-37
Lehuard, "Stili del potere - Les styles du pouvoir", in Arts d'Afrique Noire, n°73, Printemps 1990, p. 26, n°3
Bassani, Africa, capolavori da un continente, 2003, n°1.78

Catalogue Note

Cette tête en pierre, au volume remarquable, s'inscrit dans un corpus d'œuvres relativement naturalistes, découvertes fortuitement dans le sol par des chercheurs de diamants ou des fermiers, dans le Sud-Est ou l’Est de la Sierra Leone. Si leurs dimensions varient – celle-ci faisant partie des plus monumentales - toutes sont portées par un cou robuste en forme de colonne (d’où leur nom de « tête-piédestal ») et sont caractérisées par leurs yeux à demi fermés par de lourdes paupières. Elles sont parfois parées de bijoux - anneaux d’oreilles ou de nez - tandis qu'une attention particulière est réservée à la représentation de la barbe et de coiffures élaborées. Certaines, comme celle du musée Barbier-Mueller, de dimensions comparables, arborent des tatouages faciaux ou des motifs qui s’y apparentent.

Cette œuvre se distingue également par la qualité de sa sculpture, d’une grande finesse. De surcroît, à la différence des autres têtes marquées par l'exagération de l'axe horizontal, ici le regard est orienté vers le bas. Ses oreilles étirées évoquent celles d'un vieil homme, tandis que l'ornement nasal rappelle celui, en or, encore porté aujourd’hui en Sierra Leone par le chef suprême Temne de Tane. Cette parure, de même que la coiffure - cheveux noués au sommet de la tête et formant un chignon décentré à l'arrière - évoquent la description de chefs et de notables de Sierra Leone dans les récits des voyageurs européens du XVIe siècle. Il semble donc vraisemblable que cette sculpture soit la représentation d’un chef ou d’une personne de haut rang, interprétation allant de pair avec la solennité manifeste du portrait.

L’âge de ces anciennes têtes-piédestal, au même titre que celui des autres figures sculptées du nord de la Guinée, est un sujet de débat. Aucune n’ayant jusqu’à présent été trouvée dans le cadre de fouilles archéologiques, elles ne peuvent être directement datées. La mise en perspective des datations au C14 de sculptures en bois stylistiquement apparentées, et des tests de thermoluminescence pour celles en terre-cuite, indique une période d’un siècle ou plus avant l’arrivée des premiers navigateurs portugais, au milieu du quinzième siècle. Il convient cependant de rester prudent quant à l'entière fiabilité et représentativité de ces datations. Par ailleurs, l'hypothèse de l'Allemand Kunz Dittmer, s’appuyant sur le naturalisme des têtes-piédestal pour les dater d’une époque antérieure aux sculptures nomoli et pomdo de style moins raffiné (Dittmer 1967), est aujourd'hui remise en cause. 

Les têtes en pierre de Sierra Leone sont souvent désignées, dans les inventaires des musées et les catalogues de vente, sous le vocable mahen yafe. Cette version de l’expression Mende mahei yafei ou "esprit (image) appartenant au chef", provient d’un article rédigé par l’officier de district William Addison, publié en 1923 dans la revue Man. Les deux têtes en pierre qui l'illustrent lui avaient été données par un chef suprême du district de Moyamba, et leur description repose sur les indications qui lui avaient été fournies par ses domestiques Mende. L’expression mahei yafei semble avoir été principalement réservée aux anciennes pierres figuratives trouvées dans le sol avec des anneaux de cuivre ou d’autres métaux, qui étaient utilisées avec ces ornements pour faire jurer les témoins dans les cours du royaume - d'où leur nom d'‘esprit du chef’. Une mahei yafei n’était donc pas nécessairement une tête-piédestal, tout comme ces dernières n'étaient pas largement utilisées pour prêter serment. En conclusion, aucune de ces interprétations, toutes liées à un usage récent par les Mende de ces sculptures en pierre, ne nous éclaire sur la signification qu'elles pouvaient revêtir aux yeux de leurs créateurs et commanditaires.  

Commentaire de William Hart, mars 2013

Sapi stone head, Sierra Leone

This is a particularly monumental example of a Sierra Leone stone pedestal head. These relatively naturalistic sculpted heads on sturdy columnar necks are found buried in the soil by diamond-diggers or farmers working their fields in south-eastern or eastern Sierra Leone. They vary greatly in size, some being quite small, but the majority are larger, near life-size. Typically the eyes are represented by prominent upper eye-lids, giving them a hooded appearance. They often show jewellery in the form of ear- and nose-rings, and careful attention is given to representing beards, moustaches and elaborate forms of hair-dressing. Some, as in the pedestal head in the Barbier-Müller Museum appear to show facial tattooing or markings of some kind.

This head is more finely modelled than most. It does not have the exaggeratedly horizontal axis of some pedestal heads, but seems to look forward and down. The ears are long, as of an old man, the lips are full, and it has drooping moustaches at the sides of the mouth. There is a ring through the septum of the nose, similar to the gold nose-ring that the Temne paramount chief of Tane still wears in present-day Sierra Leone. The line of the hair is clearly outlined in a series of curves; there is a top-knot at the crown of the head, and something like a woman’s hair bun, off centre, at the rear. We know from sixteenth century reports that the chiefs and notables of Sierra Leone wore golden ear- and nose-rings and had their hair shaved and shaped in ways that seemed bizarre and foolish to visiting Europeans.

Taking all these features into account, therefore, it seems most likely that this sculpture is a representation of a chief or person of rank among the indigenous peoples of Sierra Leone, an interpretation that is in keeping with what seems to be the seriousness, not to say solemnity, of the portrayal.

The age of these ancient pedestal heads, as of the other sculpted stone figures of Upper Guinea, is a matter of conjecture. None has so far been found in situ in the course of a properly controlled archaeological investigation. Sculptures in stone cannot be directly dated. Where attempts have been made to obtain carbon-dates for the region’s stylistically similar ancient wood carvings, or thermoluminescence-dates for stylistically similar terracotta figures, the dates obtained seem to fall within a period a century or more before the arrival of the first Portuguese navigators in the mid-fifteenth century. However it is hard to know how reliable or representative such dates are. The German scholar Kunz Dittmer thought that the pedestal heads, being more naturalistic, must be older than the more heavily stylised nomoli and pomdo sculptures (Dittmer 1967), but this method of determining relative ages by stylistic features alone finds little support today.

Sierra Leone pedestal heads are often named mahen yafe in museum accession registers and auction catalogues. This version of the Mende expression mahei yafei or ‘spirit [image] belonging to a chief’, derives from an article in Man in 1923 by a colonial District Officer William Addison, in which the author describes and illustrates two pedestal heads he had been given by a paramount chief in Moyamba District (Addison 1923). It was Addison’s Mende servants who described them as mahen yafe, not the chief nor anyone with special knowledge of the sculptures. The expression mahei yafei seems primarily to have been reserved for ancient stone figures that were found together with brass or other metal rings, and that were used in conjunction with the rings to swear witnesses in chiefdom courts. Hence the name ‘chief’s spirit.’ A mahei yafei was not necessarily a pedestal head and a pedestal head was not necessarily a mahei yafei. It is, therefore, a faux pas to suppose that mahei yafei or any variant of that expression is the Mende name for a stone pedestal head or that such heads were widely used for swearing witnesses in chiefdom courts. Finally, none of this tells us anything about the significance the heads might have had for the people who originally made them.

Commentary by William Hart, March 2013

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