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COLLECTION JEAN H. W. VERSCHURE (1899-1977)

Appuie-tête, Songye, République Démocratique du Congo
SONGYE HEADREST, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO
Estimate
120,000180,000
LOT SOLD. 505,500 EUR
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COLLECTION JEAN H. W. VERSCHURE (1899-1977)

Appuie-tête, Songye, République Démocratique du Congo
SONGYE HEADREST, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO
Estimate
120,000180,000
LOT SOLD. 505,500 EUR
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Details & Cataloguing

Arts d'Afrique et d'Océanie

|
Paris

Appuie-tête, Songye, République Démocratique du Congo
SONGYE HEADREST, DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO

Provenance

Collecté par le Capitaine F. Vandevelde avant 1891
Collection J.H.W. Verschure (1899-1977), Heer-Sur-Meuse
Transmis par descendance

Literature

Jacques, « Conférence de M. le Capitaine F. Vandevelde sur les Collections Ethnographiques rapportées de son dernier Voyage au Congo » in Bulletin de la Société d’Anthropologie de Bruxelles, tome X, 1891-1892, 1892, pl. 1, n°18.

Catalogue Note

« L'un de ces oreillers représente un homme avec un seul bras, comme le dieu Bro » (Jacques, 1892, p. 62).

Le 1er juin 1891, le Capitaine F. Vandevelde donnait une conférence à la Société d'Anthropologie de Bruxelles sur les "Collections ethnographiques [qu'il rapporta] de son dernier voyage au Congo". Un an plus tard, le Bulletin de ladite Société (ibid., p. 59-69) publiait les notes recueillies par V. Jacques lors de cet exposé, illustrées de deux planches de dessins dont "deux des plus curieux spécimens rencontrés par M. Vandevelde" : l’œuvre que nous présentons et le célèbre appuie-tête des collections Stephen Chauvet puis Maurice et Philippe Ratton, aujourd'hui exposé au musée du Louvre (Pavillon des Sessions).

La découverte est immédiatement perçue comme remarquable. Jacques (ibid, p. 62) s'appuie sur la comparaison entre ces deux "oreillers" et les chevets exhumés de tombes égyptiennes, pour démontrer les « relations suivies entre l'Egypte et les contrées du centre de l'Afrique ». La société d'Anthropologie de Bruxelles fait réaliser leur copie en plâtre, et les deux moulages sont envoyés à Paris, au jeune musée d’Ethnographie du Trocadéro, Léopold II n'ayant pas encore créé le musée de Tervuren. Inscrits dans l'inventaire des collections du musée d’Ethnographie du Trocadéro, le 10 juin 1892 où ils sont identifiés comme « ouest-africains », ces plâtres sont aujourd'hui conservés au musée du quai Branly (71.1892.31.1 et 2).

L’art des Songye est alors quasiment inconnu. Seules quelques statues, collectées par le lieutenant prussien H. von Wissman lors de ses expéditions dans la région des Eki et des Songye septentrionaux – entre 1881 et 1886 – sont parvenues en Europe et ont été rapidement réparties dans des musées allemands (Neyt, 2004, p. 31). Les deux appuie-tête Vandevelde furent donc, en 1892, les premières sculptures Songye à être publiées.

L’itinéraire du Capitaine Vandevelde au Congo suivait l’objectif de sa mission (fixé par un traité avec le Portugal) : élargir le territoire de l’État Indépendant du Congo en repoussant ses frontières méridionales entre les fleuves Kwango et Kasaï. « Parti de Loukoungou, il est arrivé à Louébo après avoir décrit une grande courbe vers le Sud […] il a remonté le Sankourou [Sankuru] jusqu’à Ouloungo, […] et atteint les environs de Loulouabourg [où il rencontre] les Sappo-Sap, venus de l’est. » (cf. Jacques, ibid., p. 59, 60, 65). Le pays Songye est alors ravagé par les incursions des commerçants arabes dirigés par le célèbre Tippo Tip, qui échangeaient armes et munitions contre des esclaves. Dans les années 1880, certaines chefferies Eki (dont les Nsapo Nsapo) choisissent alors de migrer vers le nord-est en direction du Sankuru, et parviennent précisément aux abords de Loulouabourg (Timmermans, 1962, p. 31-34), l’actuelle Kananga, étape orientale du périple du Capitaine Vandevelde. C’est dans ce contexte géopolitique éminemment troublé, qu’il se vit proposer ces deux chefs-d’œuvre, sans aucun doute sculptés par le même maître.  

L’appuie-tête Chauvet/Ratton entre dans la collection de Stephen Chauvet avant 1927, année où il paraît dans l’ouvrage pionnier d’Adolphe Basler, L’art chez les peuples Primitifs (n°57), sous l’appellation « d’oreiller Bambala ». Son identification, grâce au dessin reproduit par Jacques en 1892, lève désormais le mystère de sa provenance. Maintes fois publié et exposé jusqu’à son entrée au musée du Louvre, il est devenu une icône de l’art africain tandis que s’était perdue la mémoire de son exceptionnel "pendant", conservé dans le secret d’une collection et jamais republié depuis 1892. La redécouverte de cette œuvre permet d’établir un corpus dont les qualités remarquables et l’individualité artistique révèlent, dans ces magistrales miniatures, la présence d’une « main de maître ».

Les caractéristiques morphologiques – traits anguleux au dessin incisif, bouche largement ouverte aux dents apparentes, cavités oculaires profondes, paupière supérieure baissée – rejoignent la définition donnée par François Neyt du style développé par les Eki (Neyt, 2004, p. 308-312). Leur voisinage avec les Luba du Kasaï explique l’adoption de l’appuie-tête (relevant de leurs traditions), ainsi que du motif triangulaire des scarifications ornant le dos de notre cariatide. Enfin, la migration de chefferies Eki dans la région de Kananga où ces deux appuie-tête furent collectés, nous invite à donner à ce grand sculpteur Eki le nom de « Maître de Kananga ».

Au sein du corpus restreint des appuie-tête Songye, témoignant des échanges culturels très vivaces entre les Songye et les Luba, un appui-tête entré au musée de Tervuren en 1914 (Tervuren, 1995, p. 182, n°149) apporte un éclairage très significatif sur notre œuvre. Il est composé de deux personnages cariatides orientés dans une position opposée, l’un masculin, portant une barbe encadrée par ses deux mains, l’autre féminin, arborant dans le dos la scarification triangulaire présente également sur notre cariatide, réservée aux femmes chez les Luba.

Selon François Neyt (1993, p. 183), chez les Luba, l’appuie-tête servant, durant le sommeil, à préserver les coiffures élaborées, était lié aux esprits qui peuplent l’univers de la nuit et dont les pieds démesurés évoqueraient ici la marche, comme sur l'appuie-tête Chauvet/Ratton (communication personnelle, avril 2013). Le caractère androgyne (barbe et tatouage féminin) « concentrerait les énergies provenant des traditions Luba centrées sur le symbole féminin et celles, plus masculines, des forces magiques Songye ; la saisissante représentation d’un seul bras, ajouterait à l’énergie de la magie, de la contre-sorcellerie, exprimée dans la statuaire Songye » (ibid.). Dans la statuaire africaine, rares sont les œuvres représentant un personnage à un bras, c’est le cas de la célèbre statue Mumuye ex-collection Kerchache, ou de certaines statues Lobi. Ce trait exceptionnel s’ajoute ici à la virtuosité du sculpteur, imposant dans cette archaïque miniature, toute la monumentalité de la redoutable statuaire Songye.  


Songye headrest, Democratic Republic of the Congo

"One of these pillows is in the shape of a one-armed man, like the god Bro" (V. Jacques, ibid., p. 62).

On 1 June 1891, Captain F. Vandevelde gave a lecture at the Anthropological Society of Brussels on the “Ethnographic Collections [he brought back] from his last journey to the Congo”. A year later the Bulletin of the Society (ibid, p. 59-69) published V. Jacques' notes, taken during this presentation and illustrated with two sets of drawings, amongst which “two of the most curious specimens encountered by M. Vandevelde”: the piece presented here and the famous headrest from the Stephen Chauvet Collection, later held in the Maurice and Philippe Ratton Collection, and now on display at the Louvre (Pavillon des Sessions).

This discovery was immediately identified as a crucial one. V. Jacques (ibid, p. 62) builds on a comparison between these two “pillows” and the headrests found in Egyptian tombs, to demonstrate the “sustained relations between Egypt and the countries of Central Africa”. Later, the Anthropological Society of Brussels had plaster copies made and both castings were sent to Paris, to be housed at the recently opened Ethnographic Museum of the Trocadéro, as Leopold II had not yet created the Tervuren. Museum. These castings were recorded into the inventory of the collections of the Ethnographic Museum of the Trocadéro, on 10 June 1892, where they were identified as “West African”, and they are now kept in the Quai Branly Museum (71. 1892.31.1 et 2).

The art of the Songye was virtually unknown then. Only a few statues, collected by Prussian lieutenant H. von Wissman during his campaigns in the Eki and Northern Songye regions - between 1881 and 1886 - were brought back to Europe and quickly divided amongst the various German museums (Neyt, 2004, p. 31). Thus, in 1892, the two Vandevelde headrests were the first Songye sculptures to be revealed to the public.

The itinerary of Captain Vandevelde in the Congo was set in accordance with the purpose of his mission (set by treaty with Portugal): to expand the territory of the Independent State of the Congo by pushing back its southern borders between the Kwango and Kasai rivers. “After setting off from Loukoungou, he arrived in Louebo via a southward detour […] he travelled up the Sankourou [Sankuru] river all the way to Ouloungo, […] and reached the vicinity of Loulouabourg [where he met] the Sappo Sap, who had come from the East”. Jacques, ibid, p. 59, 60, 65). At the time, Songye country was set ablaze by the raids of Arab traders led by the famous Tippo Tip, who exchanged weapons and ammunition against slaves. In the 1880s, certain Eki chiefdoms (including the Nsapo Nsapo) chose to migrate to the Northeast, towards the Sankuru, and arrived on the outskirts of Loulouabourg (Timmermans, 1962, p. 31-34), currently known as Kananga, the place where the easternmost stage of Captain Vandevelde's journey was unfolding. In this deeply troubled geopolitical context the latter was offered these two masterpieces, undoubtedly sculpted by the same master. 

The Chauvet / Ratton headrest came into the Stephen Chauvet Collection before 1927, at which date it was featured in the ground-breaking publication by Adolphe Basler, L’art chez les peuples Primitifs (No. 57), as a “Bambala pillow”. Its identification, thanks to the drawing reproduced by Jacques in 1892, now clears up the mystery of its origin. It was featured in numerous publications and exhibitions before entering the Louvre collections and it became an icon of African art, whilst the memory of its “counterpart” was lost, kept in the secret recesses of a private collection and never featured in another publication since 1892. Rediscovering this work made it possible to establish a corpus of pieces, whose remarkable qualities and artistic individuality - amply displayed in these majestic miniatures - are a sure test of a “master's hand”.

Its morphological characteristics - sharp, incisively drawn features, wide open mouth with exposed teeth, deep eye sockets, lowered eyelids - fit the definition of the style developed by the Eki as given by François Neyt (Neyt, 2004, 308-312). Their neighbourly relations with the Kasai Luba account for their adopting the headrest (an element of Luba tradition) and the triangular pattern of scarification adorning the back of this caryatid. Finally, the migration of Eki chiefdoms to the Kananga region, where both headrests were collected, caused us to name this great Eki sculptor the “Master of Kananga”.

Within the limited corpus of Songye headrests that bear witness to the very lively cultural exchanges between the Songye and the Luba, a headrest that entered the Tervuren museum collections in 1914 (Tervuren, 1995, p. 182, n°149) helps considerably to shed light on this piece. It is comprised of two caryatid figures facing opposite directions, one male, with a beard framed by his hands, the other female, with a triangular scarification pattern on her back similar to that of our caryatid, and reserved for women in Luba society.

According to François Neyt (1993, p.183), for the Luba, headrests - which were used during sleep to preserve elaborate hair arrangements - were associated with the spirits that inhabit the world of the night and whose disproportionate feet evoke walking, both in this piece and in the Chauvet/Ratton headrest (personal communication, April 2013). The androgynous appearance (beard and feminine tattoo) “combines both the energies derived from Luba traditions and centred on the female symbol, and the more masculine Songye magical forces; the striking representation of a single arm adds to the energy of the magical element, the counter-wizardry, expressed in the Songye statuary” (ibid). In African sculpture, very few pieces represent a character with one arm; one such specimen is the famous Mumuye statue from the former Kerchache Collection or certain Lobi statues. This unique feature complements the sculptor’s overall virtuosity in this piece, infusing this archaic miniature with all the monumentality of the formidable Songye statuary. 

Arts d'Afrique et d'Océanie

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