PF1213

/

Lot 114
  • 114

[Rimbaud, Arthur] -- Vitalie Rimbaud

Estimate
8,000 - 12,000 EUR
Sold
10,000 EUR
bidding is closed

Description

  • [Rimbaud, Arthur] -- Vitalie Rimbaud
  • Vitalie Rimbaud.
    Portrait photographique original.
    Vers 1890.

    [on joint :] Le livre d'or du Musée Rimbaud, à Roche.
    In-4 oblong, toile beige.
110 x 79 mm (impression). Avec les marges : 118 x 87 mm.
Tirage sur papier albuminé, du négatif de même format. Traces de pliure, petit manque angulaire, tirage passé.

Provenance

André Fricoteaux.

Catalogue Note

Vitalie Rimbaud (1825-1907), mère d'Arthur Rimbaud a fait couler beaucoup d'encre. On y a vu surtout la mère autoritaire, abandonnée par son mari, se chargeant dans l'éducation d'Arthur des rôles maternel et paternel, une femme rigide et hautaine. Rimbaud lui-même aimait l'affubler des pires sobriquets, occultant la simple réalité qui le voit chaque fois retourner dans la maison maternelle, à Charleville ou à Roche dans la ferme familiale, pour y chercher refuge, et ce jusque dans les derniers instants de sa vie. C'est oublier les nombreuses lettres que lui envoit Arthur, seul et souvent en souffrance en Afrique.
Les historiens de la littérature aujourd'hui sont revenus sur cette caricature de la mère castratrice. Claude Jeancolas, auteur de Vitalie Rimbaud, pour l'amour d'un fils (2004), insiste pour qu'on la reconnaissance comme une figure tragique, seule dans une société où les femmes seules n'ont pas le droit au respect, et luttant pour la survie de sa portée. Ambitieuse pour ses enfants, cachant ses fragilités, elle choisit l'autorité plutôt que la douceur pour gouverner. On ne peut comprendre Rimbaud si l'on ne connait pas sa mère : "sa mère aura été la cause fondamentale, l'origine de la révolte, voire de la vocation poétique ; non Vitalie en tant que telle, mais Vitalie reconstruite par la société contre sa nature" (p. 67).
En 1981, André Fricoteau, voisin de la ferme de Roche, offre la seule photographie connue de madame Rimbaud à la fondatrice du musée Rimbaud à Roche.
Une image que recherchent tous les historiens et tous les passionnés de Rimbaud : celle de la femme "aux yeux de panthère à peau d'homme", celle des "yeux bleus qui mentent", "la mother",  "la mère Rimbe", décédée en 1907.
De toutes les familles dont parla madame Rimbaud dans sa correspondance, Michelet, Doyen, Lefèvre, Legrand, Lecourt, Dauphi, Fricoteau, Masset, Haizeaux, Bourgeois, Lorain, tout ce que comptait Roche, village perdu de treize maisons dans les Ardennes où Vitalie dirigeait sa ferme, se trouverait-il quelqu'un qui fût capable de reconnaître madame Rimbaud ?
Yvonne Nolette, née Lecourt, fille du fermier de Vitalie Rimbaud, Charles Lecourt, et née dans la ferme de Roche en 1894, fut la première personne à authentifier la photographie : "J'ai connu Mme Rimbaud pendant 12 ans, ses yeux me faisaient peur comme à tous les enfants à cause de ses sourcils brousailleux. Elle venait souvent à Roche pour s'approvisionner ou faire des confitures [...] Elle était méchante avec tous les gosses et ne pouvait voir ni les siens ni ceux des autres. Si on allait s'asseoir sur la marche de la porte, on était "oust" en vitesse. Chacun cherchait à l'éviter, même lorsqu'on sortait de la messe de dimanche". Elle ajoute que Frédéric [frère aîné d'Arthur] venait voir son père en cachette, passant par les jardins pour éviter sa propre mère : "Avec Isabelle, sa fille, elle n'était pas deux minutes d'accord et un jour j'ai entendu Isabelle lui dire : "Quand on a la haine des enfants comme tu l'as, on ne se marie pas. C'est de ta faute si Arthur a mal tourné". (Propos recueillis dans L'Union, 5 novembre 1982).
La seconde authentification fut donnée par madame Marie Locart, à l'âge de 15 ans femme de ménage à Roche chez deux patronnes amies de madame Rimbaud, laquelle venait leur rendre visite régulièrement : "Quand elle venait en visite, je lui ouvrais la porte, elle m'appelait 'ma grande'. En général elle ne regardait pas les bonnes et s'enfermait dans une autre salle pour causer avec les patrons. A l'époque on gagnait 20 francs par mois, et elle me donnait la pièce ou la laissait sous le verre ou la tasse dans laquelle elle avait bu. Je me souviens qu'elle se tenait raide comme un mannequin et que ses sourcils étaient si épais et si lourds qu'ils recouvraient ses yeux." Elle reconnait parfaitement "ses grands poils sur les yeux, ses traits grossiers mais aussi son maintien et sa robe à plastron". (Idem, article joint).
C'est dans le verger de la ferme, où madame Rimbaud allait faire ses prières, que ce cliché aurait été pris. En 1890, date approximative à laquelle elle fut photographiée, Vitalie Rimbaud a 65 ans. Elle n'a pas vu son fils depuis douze ans. Rimbaud en a 36, il est malade, sur le chemin du retour vers la France, et vers sa mère.
Le verso de la photo porte un envoi d'André Fricoteaux : "En souvenir de ma Mère qui aimait tant Rimbaud je fais don de la photo de Madame Rimbaud mère du poète à Mme Kranenvitter pour son musée à Roche. Le 11 juillet 1981. A. Fricoteau."
Dans le Livre d'or du musée Rimbaud de Roche, ces deux témoins, mesdames Nolette et Locart, ont inscrit leurs noms et leurs souvenirs, ainsi que des détails supplémentaires sur la photographie qui leur fut présentée. André Fricoteau y a laissé deux notes, dont l'une sur la génèse rochienne du "Bateau ivre". Deux notes du grand collectionneur rimbaldien Henri Matarasso y figurent également.
Close