PF1216

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Lot 12
  • 12

André Masson

Estimate
500,000 - 700,000 EUR
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Description

  • André Masson
  • Réunion d'insectes
  • signé André Masson (en bas à gauche)
  • huile sur toile
  • 61 x 50 cm
  • 24 x 19 5/8 in.

Provenance

Galerie Simon, Paris (devenue Galerie Louise Leiris)
Acquis auprès du précédent par la famille du propriétaire actuel dans les années 1950

Exhibited

Paris, Galerie Simon, André Masson : Espagne 1934-1936, 1936, no. 26
Hanovre, Die Kestner-Gesellschaft ; Cologne, Wallraf-Richartz-Museum ; Mannheim, Galerie Rudolf Probst & Düsseldorf, Städt. Kunstsammlungen, André Masson - Gemälde, Zeichnungen, Graphik, 1955, no. 9 (titré Versammlung der Insekten)

Literature

André Masson, Les Années surréalistes. Correspondance 1916-1942, Paris, 1990, p. 351
Guite Masson, Martin Masson & Catherine Lœwer, André Masson, Catalogue raisonné de l'œuvre peint 1919-1941, Paris, 2010, vol. II : 1930-1941, no. 1936*3, reproduit p. 245

Condition

This work is in excellent condition. The colours are particularly fresh and vivid, as in the catalogue illustration. The canvas is not lined. Examination under the UV light reveals a tiny spot of retouching to the right of the signature.
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Catalogue Note

signed 'André Masson' (lower left), oil on canvas. Painted in 1936.


"Les images de la vie des insectes que nous donne Masson sont les scènes d'un opérette montée par un metteur en scène qui veut que son public perçoive le drame cosmique à partir d'une perspective d'un brin d'herbe."
Carolyn Lanchner, "La saison des insectes", André Masson, New York, 1976
 

Essaim d'insectes monumentaux dont les coloris chatoyants ne suffisent pas à dissimuler l'aspect menaçant, forêt de pates acérées formant une barrière infranchissable, kaléidoscope explosif de couleurs électriques, telle se présente à nous cette flamboyante Réunion d'insectes, composée par André Masson au cours de séjour en Espagne (1934-1936). Lorsque Masson réalise cette œuvre magistrale, l'une des plus accomplies de sa période espagnole, il vit depuis plus de deux ans à Tossa, petit village de pêcheurs sur la Costa Brava catalane. La découverte de l'Espagne est source de fascination pour le peintre qui se laisse absorber par la culture espagnole : il y puise ses sources d'inspiration (paysages, faune, corridas) et ses couleurs, à commencer par le rouge et le jaune. Les paysages espagnols l'envoutent, en particulier la mer au bleu si intense qu'il retranscrit brillamment dans cette Réunion d'insectes et les cieux magnifiques peuplés d' "astres au visage magnétique".

Bien que de courte durée, ce séjour en Espagne est particulièrement fécond pour l'art de Masson. A Kahnweiler, qui a renouvelé son contrat en 1933, il confie d'ailleurs qu'il souhaite rester en Espagne "parce que j'aime ce pays et qu'il est très favorable à ma peinture". Et il est vrai que les tableaux peints au cours de ces trois années sont  parmi les plus séduisants dans l’œuvre de Masson, irradiant de couleur et de vitalité. La série des Insectes incarne la quintessence de ce nouveau style qui atteint ici un équilibre parfait entre une palette d’une richesse inédite et un répertoire formel sophistiqué tirant parti de l’anatomie complexe et anguleuse des insectes. 

Pour peindre ces compositions, Masson décide d’ "interroger la nature", comme il le fera plus tard dans le Connecticut. Mettant sa tête dans l’herbe, il s’immerge totalement dans la nature. Ainsi que le souligne William Rubin, "bien qu’ils soient de nature hallucinatoire, les tableaux d’insectes s’appuient sur une observation directe, très étroite de la réalité. Masson, qui peut passer des heures entières à  ‘interroger’ trente centimètres carrés de terre, voulait dans ces tableaux exprimer ce qu’il appelle ‘l’aspect magnétique’ des paysages espagnols. Les tableaux d’insectes sont parmi les meilleurs que Masson ait produit au cours de son séjour en Espagne, de 1934 à fin 1936" (in André Masson and Twentieth-Century Painting, 1976, New York, p. 40). 

La séduction des couleurs éclatantes de ce tableau ne doit toutefois pas occulter la tension palpable émanant de cette Réunion d’insectes, qui à bien des égards, évoque les insectes cauchemardesques des compositions de Jérôme Bosch. Certes, l'intensité du chromatisme rompt radicalement avec la violence affichée des Massacres, auxquels ils succèdent. Pour autant, si la forme diffère, c’est la même angoisse qui y est exprimée. Les entrelacs de lignes acérées formés par les pates des animaux, l’allure menaçante des insectes semblant jaillir du ciel créent ici un sentiment d’oppression, à mettre en relation avec les prémices de la Guerre d’Espagne. Ce sont d'ailleurs ces mêmes procédés plastiques que reprend un an plus tard Max Ernst, à qui Masson était très lié, pour dénoncer le même conflit : en 1937, après la défaite des Républicains espagnols, Ernst se lance dans une série d’œuvres à la fois sombres et flamboyantes, mettant en scène l’Ange du Foyer, spectre de la destruction, émergeant d’une forêt menaçante.

Ouvrant déjà, par ses innovations chromatiques et formelles, la voie aux futures recherches plastiques sur l’énergie et la sensualité de la couleur pure (notamment incarnées par l’art de Richter), Réunion d’insectes apparaît comme la transcription sensorielle et raffinée d’une danse macabre d’un nouveau genre, vision apocalyptique peuplée de créatures hallucinatoires faisant écho aux angoisses humaines de l’époque. Nous sommes ici au cœur même de la démarche artistique de Masson que Michel Leiris décrivait en ces termes : "le monde de Masson […] est secoué de passions violentes. C’est un monde où les hommes naissent et meurent, connaissent la faim et la soif, l’amour et la guerre. C’est une peinture tragique à laquelle rien de ce qui est humain n’est étranger".