Figure de reliquaire, Kota Shamaye / Shaké, Gabon oriental
KOTA SHAMAYE/SHAKÉ RELIQUARY FIGURE, EASTERN GABON
Estimate
130,000180,000
LOT SOLD. 624,750 EUR (Hammer Price with Buyer's Premium)
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Figure de reliquaire, Kota Shamaye / Shaké, Gabon oriental
KOTA SHAMAYE/SHAKÉ RELIQUARY FIGURE, EASTERN GABON
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130,000180,000
LOT SOLD. 624,750 EUR (Hammer Price with Buyer's Premium)
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Details & Cataloguing

Arts d'Afrique et d'Océanie

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Paris

Figure de reliquaire, Kota Shamaye / Shaké, Gabon oriental
KOTA SHAMAYE/SHAKÉ RELIQUARY FIGURE, EASTERN GABON

Provenance

Collecté par le Père L., Missionnaire d'Afrique, au début des années 1930
Offert en 1935 au Dr. André Mary et à son épouse Lucienne, après leur retour du Togo
Conservé à leur domicile à Colmar (Haute Alsace)
Transmis par descendance aux actuels propriétaires

Catalogue Note

Cette exceptionnelle effigie ancestrale du Gabon décorée de cuivre et de laiton est une représentation d’ancêtre (boho-na-bwete) qui surmontait un panier-reliquaire où étaient conservées les reliques des défunts illustres du lignage.

Les représentations kota sont des images stylisées et recomposées de façon souvent inattendue, issues de l’imaginaire onirique des initiés et autres « féticheurs » inspirés, destinées à évoquer de façon symbolique ces ancêtres notables. Elles relèvent habituellement d’un traitement plutôt en aplat, s’inscrivant dans une structure plastique faisant l’économie de la réalité visuelle (à quelques exceptions près, telles les œuvres de la variante dite des « maîtres de la Sébé », à visage en tête de mort). Or ici, ce qui frappe d’emblée, c’est l’épaisseur de l’œuvre (10 cm) et sa facture en haut relief. Avec son visage allongé en amande, au front de volume pyramidal prégnant, placé très en avant de la coiffe à cimier laissée en arrière-plan, elle constitue une œuvre d’une grande originalité de composition, si on la compare à la plupart des objets homologues des Kota du Haut-Ogooué.

L’attribution aux Kota « Shamaye » de ce type d’œuvre, communément admise aujourd’hui, demande cependant à être explicitée et nuancée par quelques informations d’ordre ethnographique, historique et géographique. La région d’où provient très probablement cette figure de reliquaire est, de ce point de vue, assez complexe, si on se réfère aux études touchant aux traditions orales et aux langues (cf. Perrois, Kota, 2012, p. 49 et p. 59). Cette zone de grande forêt équatoriale de la rive droite du haut Ogooué (région du Mont-Ngouadi, 870 m, et vallée de la Sébé), désormais vide d’habitants, était pourtant, au XVIIIe siècle, la plaque tournante de tous les flux migratoires des peuples Kota allant du nord vers le sud et de l’est vers l’ouest.

Les peuples à proprement nommés Shamaye (Shamayi ou Bu-Shamayi), regroupés depuis le début du XXe siècle dans la partie septentrionale de cette région, sont étroitement apparentés aux Mahongwé. Les variantes Mahongwé et Shamaye sont à la fois apparentées et bien distinctes : la première avec une face concave en ogive recouverte de fines lamelles de laiton et un piètement ajouré longitudinal (région de Mékambo) ; la seconde avec une face en amande, également décorée de lamelles métalliques, une coiffe enveloppante sans cimier et un piètement ajouré déjà transversal (région de la Mounianghi).

Cependant, dans la même mouvance linguistique et culturelle (culte des ancêtres caractérisé par la conservation des crânes qu’on honorait périodiquement par des offrandes et les effigies funéraires décorées de cuivre), il y avait d’autres peuples apparentés, qui depuis lors, ont presque tous disparu de la région : les Ndambomo, les Kélé, les Bungom mais surtout les Shaké et quelques Bakota (ceux qu’on appelle sur place les « Kota-Kota » pour les différencier des « Kota », le grand groupe qui les regroupe tous).

Ces Shaké, nombreux selon les récits des explorateurs de l’époque, ont peuplé jadis la zone qui nous intéresse, entre Lastoursville et Okondja, tout au long de la « piste des Bakota », sans qu’aucune effigie funéraire ne leur ait été précisément « attribuée », alors même que l’on peut être sûr qu’elles existaient dans tous les villages, encore nombreux en 1880.

Il est donc probable que les effigies caractérisées par leur étonnant front proéminent en pyramide, de relief « diamanté », si délicatement décorées de plaquettes et lamelles de cuivre, aient été façonnées par ces peuples discrets de l’aire Kota. Si on peut affirmer qu’elles ne sont pas venues des « Shamaye  du nord » (dont on connait les formes caractéristiques), on peut dès lors supposer qu’elles proviennent des « Shamaye du sud » de la basse Sébé (rive droite de l’Ogooué) et des « Shaké » du bas Ivindo (rive gauche). Elles se répartissent en plusieurs sous-styles, dont en particulier les petites figures à front « diamanté » et coiffe en cadenettes de la région de Lastoursville (cf. Perrois, Kota, 2012, pl. 7 pour celle venant de la collection Saul et Marsha Stanoff).

La présente sculpture, de type très rare, peut être rapprochée de celle provenant de l’ancienne collection Charles Ratton (45 cm, aujourd’hui conservée au musée Dapper. cf. Perrois, Kota, 2012, pl. 6). Tandis que le petit cimier en croissant transverse, agrémenté de pendeloques cylindriques en oblique (bordés d’un décor linéaire punctiforme) et le revers sculpté en fort relief d’un motif en amande (rappelant un visage « shamaye » stylisé), suggèrent un lien stylistique fort avec les variantes plus méridionales des Kota Obamba de la région du Haut-Ogooué, le front diamanté et le décor à lamelles des joues renvoient aux variantes particulières des Shamaye et des Shaké.

On peut donc estimer que cette magnifique effigie funéraire, d’une composition sculpturale rare et remarquable, si expressive par sa facture en haut-relief, est issue d’une convergence de plusieurs courants stylistiques des Kota du nord. Son ancienneté, que révèle sa patine d’usage, tant au revers que sur le piétement, peut être estimée au courant du XIXe siècle.  

Commentaire de Louis Perrois, septembre 2012

Kota
Shamaye/Shaké reliquary figure, eastern Gabon

This unique ancestor effigy from Gabon, decorated with copper and brass strips and plates, represents an ancestor figure (boho-na-bwete). It was originally placed atop a reliquary-basket where the skulls and bones of the distinguished figures in a lineage were kept.

Kota figures are stylized images, often reconstructed in unexpected ways, which arise from the dream-like imagination of initiates and other inspired "fetish priests". They are created to provide a symbolic evocation of notable ancestors, and are normally created in a flat form, with a structure which relinquishes visual reality (despite a few exceptions such as the pieces of the "Masters of the Sebe", which have a skull-like face). Looking at the offered lot one is immediately struck by the thickness of the piece (10 cm) and its high-relief appearance. With its elongated, almond-shaped face, its prominent, pyramidal forehead placed far ahead of the crested coiffure, which is in turn relegated to the background, the offered figure is a work of great compositional originality, particularly when compared to most similar Kota objects from the Upper Ogowe.

The attribution of this type of work to the "Shamaye" Kota, although commonly accepted today, requires some explanation and tempering through elements of ethnographic, historical and geographical information. The region from which this reliquary figure most likely originates proves to be quite complex when reference is made to studies on oral tradition and languages (cf. Perrois, Kota, 2012, p. 49 et p. 59). In the 18th century, this large rainforest area on the right bank of the upper Ogowe (Ngouadi Mountain region, 870 m, and Sebe valley), which is now uninhabited, was the hub of all the migratory movements of the Kota people from north to south and east to west.

The people properly known as Shamaye (Shamayi or Bu-Shamayi people), which have grouped together since the beginning of the 20th century in the northern part of this region, are closely related to the Mahongwe. Mahongwe and Shamaye variants are related and yet very different: the former have a concave, pointed face covered with thin strips of brass and a longitudinal pierced base (Mekambo region); the latter have an almond-shaped face, also decorated with metal strips, a wraparound coiffure without a crest, and a pierced base, which is already transverse in shape (Mounianghi region).

However, within the same linguistic and cultural sphere of ancestor worship, characterized by the preservation of skulls that were periodically honoured with offerings and funerary effigies decorated with copper, there were other related peoples, which have since all but disappeared from the region: the Ndambomo, the Kele, the Bungom, but mostly the Shaké and some Bakota (locally called the "Kota-Kota" to differentiate them from the "Kota", the large group that encompasses them all).

The Shaké people, who were very numerous according to the accounts of the explorers of the time, once inhabited the area that interests us, between Lastoursville and Okondja, all along the "Bakota trail". No funerary effigy was specifically "attributed" to them however, even though it is certain that they existed in all the villages, many of which were still standing in 1880.

It is therefore likely that the effigies, characterized by their remarkable prominent pyramidal forehead with raised "diamond" patterns and elaborate copper plates and strips adornments, were fashioned by these discreet people from the Kota area. As it is certain that they were not created by the "Northern Shamaye" (the characteristic sculptural forms of which are well known), it can therefore be assumed that they originate from the "Southern Shamaye" of the lower Sebe (right bank of the Ogowe) and from the "Shaké people" of the lower Ivindo (left bank). They are divided into several sub-styles, including, in particular, the small figures with "diamond" foreheads and braided coiffures from the Lastoursville region.  (cf. Perrois, Kota, 2012, pl. 7 for the example from the Saul and Marsha Stanoff Collection).

This very rare sculpture can be compared with the example formerly in the collection of Charles Ratton (45 cm, now in the Musée Dapper. cf. Perrois, Kota, 2012, pl. 6). While the small transverse crescent-shaped crest adorned with cylindrical oblique pendants (edged with a punctate linear decoration) and the rear carved in high relief with an almond pattern (recalling a stylized "Shamaye" face) both suggest a strong link with the southernmost stylistic variants of the Kota Obamba of the Upper Ogowe region, the diamond forehead and strip decoration of the cheeks reflect the specific variants of the Shamaye and of the Shaké.

It can therefore be surmised that this magnificent funerary effigy, with its rare and remarkable sculptural composition, which is made so expressive by its high relief appearance, is the result of the convergence of several stylistic movements among the Northern Kota. The patina of use on the back and base allow us to suggest that this figure dates to the 19th century.  

Commentary by Louis Perrois, September 2012

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