Lot 83
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Paire de globes céleste et terrestre d'époque Louis XVI, par Lalande (1732-1807) et Bonne (1727-1794)

Estimate
80,000 - 120,000 EUR
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Description

  • Diam. globes 32 cm, larg. support 47,5 cm
  • Diam. globes 12 1/2 in; width stand 18 2/3 in
le globe céleste portant l'étiquette imprimée GLOBE CELESTE ou toutes les étoiles observées jusqu'à présent sont réduites à l'anée 1800 [...] M. DE LA LANDE de l'Acad. Rle des Sc. 1775 et l'inscription Avec Privilège et Approbation de Mrs de l'Académie Rle des Sc.es / A PARIS Chez Lattré Grav. ordin.re de M. le Dauphin et de M. le Duc d'Orléans ;
le globe terrestre portant l'inscription GLOBE TERRESTRE dreffé par M. Bonne, Premier Hydrographe du Roi au Depôt de la Marine, avec Privilège et Approbation de Mrs de l'Académie Rle des Scienc. 1776 et l'inscription A PARIS Chez Lattré Graveur ord.re du Roi, de Monseig. le Duc D'Orléans et de la Ville, rue S. Jacq. vis-à-vis la rue de la Parcheminerie

Catalogue Note

Au tout début du XVIIe siècle, le fait de vendre les globes par paires, un céleste et un terrestre, est une pratique courante. La plupart du temps, les deux présentent le même diamètre et sont montés sur un socle semblable. C'est seulement à partir du XIXe siècle que la production de globes terrestres devient largement majoritaire et que celle des globes célestes se raréfie.
Dans un premier temps, les globes servent comme instruments auxiliaires de calculs astronomiques et d'observation. Plus tard, l'uniformisation de la représentation de la terre et du ciel devient primordiale.  Les premiers globes célestes découlent de la vision du firmament : les étoiles positionnées sur une large sphère, au sein de laquelle prennent place la terre, le soleil, la lune et les planètes. Les étoiles sont alors réparties par constellations qui portent des noms dérivés de la mythologie, souvent dessinées avec beaucoup de couleurs et de détails qu'il devient parfois difficile de les distinguer.
La construction des globes débute avec la fabrication de l'axe, une tige cylindre en bois, sur laquelle on place une sphère en plâtre simplement poncée. L'image en miroir des éléments de la carte est gravée sur une plaque de cuivre, ce qui demande une grande habilité car la transposition se fait en une douzaine de segments qui doivent être parfaitement ajustés sur la surface du globe. La sphère est ensuite montée sur un anneau-méridien, attaché à l'axe des pôles et comportant une graduation en degrés. Enfin, cette unité est fixée sur un support en bois qui permet de placer l'anneau du méridien dans un angle particulier et surtout de faire tourner la sphère autour de son axe.

La conception et la production des globes en France au XVIIIe siècle 

En juin et juillet 1666, les premiers savants de la future Académie des Sciences à se réunir sont des astronomes, afin d'observer l'éclipse de lune et de soleil depuis le jardin de l'hôtel Colbert, rue Vivienne à Paris. L'Académie royale des Sciences à Paris attire de nombreux artistes étrangers vers la capitale, comme l'astronome de Bologne, Jean-Dominique Cassini, qui dirigera l'Observatoire à partir de 1671 jusqu'à la fin de sa vie. La plupart des cartes éditées à cette époque sont « dessinées en accord avec les observations de ces Messieurs de l'Académie », gage de légitimité scientifique.
On assiste alors au début d'une politique royale de soutien aux mouvements scientifiques qui se multiplient dans toute l'Europe. Le souverain ajoute ainsi à sa gloire, la réputation d'être le monarque le plus moderne de son époque. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, une amplification des explorations due à une rivalité avec l'Angleterre conduise les Français vers le Pacifique. Les intérêts économiques et militaires dominent, ce qui a pour conséquence d'impliquer les scientifiques dans des entreprises à caractère clairement politique.
L'engouement de la bonne société pour les sciences au XVIIIe siècle est un fait établi. Certains savants sont reçus dans les salons de la capitale et les amateurs fortunés se constituent des cabinets abritant nombre d'instruments et autres belles « machines », favorisant ainsi l'émergence d'un nouveau marché, celui de l'ostentation scientifique. La production de globes se développe et se renouvelle régulièrement au fur et à mesure des découvertes.

Les globes de Lalande et Bonne

A la suite des fabricants français du début du siècle tels Nicolas Bion ou Guillaume Delisle, ou encore de l'abbé Nollet (voir les globes conçus et réalisés par l'abbé entre 1728 et 1730 et provenant du château de La Roche-Guyon, aujourd'hui conservés à la BNF), Charles-Marie Rigobert Bonne (1727-1795) et Joseph-Jérôme Lefrançois de Lalande (1732-1807) conçoivent cette paire de globes éditée par le graveur Jean Lattré (1722-1788), dont ce dernier fait ainsi la publicité en 1775 : « Nouveaux globes céleste et terrestre, d'un pied de diamètre, le céleste par M. de La Lande, le terrestre par M. Bonne ».
Ce n'est pas la première fois que l'ingénieur Bonne collabore avec Lattré : depuis 1771, ils se sont lancés dans la publication d'un Atlas moderne ou collection de cartes sur toutes les parties du globe terrestre, ouvrage qui connaîtra plusieurs rééditions jusqu'en 1783 et dans lequel le burin de Lattré reproduit les savantes cartographies de Bonne, ainsi que celles d'autres éminents savants.
1775 est justement l'année où Bonne accède au poste de cartographe du Roi au service hydrographique de la Marine. Quant au célèbre astronome Lalande, il fait partie de l'Académie des Sciences depuis 1762. La brochure accompagnant les globes, également éditée par Lattré, précise alors : "M. de La Lande a marqué sur notre Globe Céleste, d'un pied de diamètre ,4311 étoiles, suivant leur longitudes & latitudes réduites à l'année 1800. M. Bonne a employé pour le Terrestre, de pareil diamètre, les nouvelles déterminations géographiques déduites des plus récentes observations. La célébrité de ces deux auteurs est assez connue pour nous assurer que ces deux Globes répondront à l'attente du public".
L'oeuvre conjointe de Bonne et Lalande devient en effet rapidement une référence, si l'on en croit L'Encyclopédie méthodique : Arts et Métiers mécaniques, publiée à Paris chez Panckoucke en 1784, qui au chapitre "Globes Célestes et Terrestres (Art de la construction de)" distingue "parmi les plus nouveaux [...] ceux de M. de Lalande & Bonne" (p. 227).
Lorsque Bonne décède à Paris en 1795, c'est Lalande qui lui rend hommage en publiant une notice nécrologique dans le Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts (t. V, n°18, p. 165-169). Il y dresse le portrait d'un scientifique doué et sérieux, absorbé dans ses travaux, et y mentionne leur collaboration en 1775. Lalande mourra, couvert d'honneurs, en 1807. Notons enfin que le stock de Lattré sera plus tard racheté par Charles-François Delamarche (1740-1817) qui contribuera à démocratiser la vente de globes en maintenant un coût de production peu élevé.

Une seule paire de globes identique à celle présentée ici est connue et est aujourd'hui conservée à l'Institut géographique de Göttingen. Un autre exemplaire du globe céleste se trouve à Gotha.

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