Lot 133
  • 133

Chaissac, Gaston

Estimate
25,000 - 30,000 EUR
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Description

  • Chaissac, Gaston
  • Correspondance à André Bloc. 14 lettres autographes signées dont 6 illustrées. [1943-1964].
32 pages de divers formats.
6 dessins originaux, dont un dédicacé à André Bloc.
L'un des dessins, intitulé La Vierge et l'enfant – dont la figure est déjà présente sur le tableau Le Samouraï de 1947 – est particulièrement révélateur de la période mystique et rurale de Chaissac. Cette période est liée à l'installation de l'artiste en Vendée, et a engendrée entre autres La Cène en 1959 et Compositions à la croix, vers 1960.

Catalogue Note

Gaston Chaissac et André Bloc se rencontrent en 1942. Bloc, architecte et sculpteur, est alors directeur de la revue L'Architecture d'aujourd'hui. Il crée en 1949 une autre revue Art Aujourd'hui. Leur relation est sincère et Bloc devient l'un des amis et protecteurs le plus fidèle.
Cette correspondance révèle les difficultés matérielles et psychologiques du peintre de l'"Art Brut". L'échange se déroule entre 1943 et 1964, période qui correspond à l'installation du couple Chaissac en Vendée. Cet emménagement correspond à un désir de création journalistique, littéraire et pictural – "Quant à me borner à faire des réparations de souliers, impossible parce que je ne peux m'empêcher de peindre et d'écrire." Mais l'accueil qu'il reçoit des habitants et la rudesse du pays le découragent rapidement : "Je suis en but avec un tas d'ennuis pour cause de ma mauvaise santé, ma pauvreté et mes activités artistiques qui me font mal juger et tourner en ridicule. [...] Il n'est pas rare qu'on me reçoive comme un chien dans un jeu de quille."

Si la reconnaissance artistique tarde, son activité littéraire trouve plus de succès : "Paulhan m'avait paraît-il vanté dans la N.R.F., chose que j'ignorais". Les deux hommes entretiendront une riche correspondance. Chaissac écrit qu'il est en train de gagner une certaine notoriété auprès d'artistes contemporains, notamment Jean Dubuffet qui "[l'approuve] tant de prendre le contrepied" : "On me qualifie de curé de campagne de l'Art Brut dont Dubuffet est le pape". Depuis que leur correspondance a débuté en 1946, une amitié très féconde lie Dubuffet et Chaissac, lequel fera un court séjour à Vence en 1956. Gaston Chaissac demande à Bloc s'il a des retours intéressants sur son oeuvre : "Ma peinture plaît-elle toujours à Madame Matisse ?" Et de demander s'il lui serait possible d'entrer "en contact avec le peintre du même nom. [...] J'aurais aimé être connu de Picasso et de Braque", ajoute-t-il à l'époque où le premier lui était étranger et ne proclamait pas encore qu'il était "le seul à ne pas l'imiter".

Chaissac lui fait part également de sa relation avec le photographe Gilles Ehrmann. Il s'agit du livre que publie celui-ci en 1962, Les Inspirés et leurs demeures : "Il paraît que je vais être sur la couverture du livre d'Ehrmann et Prévert...". Le livre contribuera fortement à la renommée mondiale de G. Chaissac.

Parallèlement, des galeristes commencent à s'intéresser à Chaissac, qui reçoit les visites du marchand milanais Enzo Pagani ainsi que celles d'Iris Clert en 1961. Une exposition lui sera consacrée à la galerie Cordier et Ekstrom à New York en 1964 : "Pagani est un enfant de chœur près d'Ekstrom".

Mais ces prémices de succès arrivent trop tard : Gaston Chaissac a la santé aussi fragile que l'esprit et son écriture excessivement penchée et tremblante s'étiole à mesure de la lecture. Il reconnaît écrire de la main gauche : "Le cœur fatigué [...] Je souffre d'un bras et je tente de peindre de la main gauche. C'est mon bras droit qui est douloureux. [...] Le succès de vente, s'il ne tarde pas trop, servira vraisemblablement à ce que j'ai des obsèques décentes".
Il meurt en 1964 d'une hémiplégie du côté droit, après onze jours de paralysie et d'aphasie.