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Masque, Kwélé, Gabon
KWELE MASK, GABON
Estimate
200,000250,000
LOT SOLD. 216,750 EUR
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Masque, Kwélé, Gabon
KWELE MASK, GABON
Estimate
200,000250,000
LOT SOLD. 216,750 EUR
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Details & Cataloguing

Arts d'Afrique et d'Océanie

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Paris

Masque, Kwélé, Gabon
KWELE MASK, GABON

Provenance

Collection Félix Fénéon, Paris, avant 1930
Collection Vincent Korda, France
Collection Henry Korda, France
Bernard Dulon, Paris
Collection privée

Exhibited

Paris, Grand Palais, XXIIIe Biennale des Antiquaires, Galerie Bernard Dulon, 15 - 24 septembre 2006

Au revers est apposée une ancienne étiquette partiellement illisible, indiquant « Congo français, Basse Sangha, Tribu : N... »

Literature

Perrois, "L'art des Bakwélé d'Afrique équatoriale" in Tribal Arts, VI : 4 - 25 / Printemps 2001 : 87, n° 11
Dulon, XXIIIe Biennale des Antiquaires, 2006

Catalogue Note

Rares sont les Européens à avoir séjourné à l'époque coloniale dans la lointaine subdivision de Ngoko-Sangha, en ce pays Kwélé situé aux confins septentrionaux des actuels Gabon et République Populaire du Congo. Seules quelques œuvres - collectées en particulier par l'administrateur des Colonies Aristide Courtois - parviennent donc en Europe avant la fin des années 1930, époque à partir de laquelle les rites ancestraux seront largement abandonnés et les bons artistes cesseront par conséquent d'exercer. Immédiatement célébrées pour la pureté de leurs formes, elles entrent dans les collections des avant-gardes européennes : celles de Tristan Tzara, de Stephen Chauvet, du peintre Charles Lapicque ou encore pour ce masque, du critique d'art Félix Fénéon, puis dès 1931, du décorateur de cinéma d'origine tchèque, Vincent Korda.

Les - rares - masques Kwélé, à travers la mise en valeur des formes élémentaires du langage et du geste (LaGamma, 2007 : 297), s'accordent en ce point parfaitement à la sensibilité de cette avant-garde artistique en quête d'une nouvelle esthétique, tel pour Tzara le retour à l' « expérience authentique ». A l'apparente simplicité de la forme s'associe l'expressivité d'un visage réinventé par le sculpteur, où la pureté des lignes simples fait écho à la luminosité picturale. Ici, le visage stylisé « en cœur » redouble d'intensité dans le rythme serré des plans facettés qui le délimitent, et dans celui, opposé, de l'ample écho cordiforme des cornes enveloppantes. A l'abstraction du geste répond la saisissante présence de la face lunaire, blanchie au kaolin.

Si l'esthétique Kwélé s'imposa au goût occidental dès sa découverte, dans les années 1920, il fallut paradoxalement attendre les années 1960 pour que soient menées les premières études sur le terrain. Les quelques publications émanent essentiellement de Léon Siroto (1972, 1995) et de Louis Perrois (2001). Dans la typologie des masques Kwélé se distinguent selon les deux chercheurs ceux dits « à cornes enveloppantes » - auquel notre masque se rattache – identifiés comme les emblèmes de la société initiatique du beete. Regroupant notables et guerriers, le beete « avait pour rôle de mobiliser les forces magiques de la communauté en vue de résoudre des situations de crise, de conjurer un danger ou de favoriser la vie collective du village » (Perrois, 2003 : 108). Ce masque emblématique évoque à la fois l'ancêtre tutélaire, à travers le visage stylisé, et un esprit de la forêt, kuk, dans la réinterprétation des cornes de grandes antilopes (Perrois, 2001 : 98).

Dans l'étroit corpus des anciens masques Kwélé « à cornes enveloppantes », chacune de ces représentations anthropo-zoomorphes - associant le monde des hommes à celui de la forêt – frappe par son étonnante singularité. Des célèbres exemplaires conservés aux musées du quai Branly, Dapper, Barbier-Mueller ou encore de La Rochelle (cf. Perrois, idem : nos 10, 13, 15, 16), au masque Fénéon présenté ici, chacun exprime la vision individuelle du sculpteur, interprétant magistralement la puissance magique et clairvoyante de l'entité mythique.

Kwele mask, Gabon

During the colonial era very few Europeans lived in the remote district of Ngoko-Sangha, the province of the Kwele people, located on the border between the modern day Republic of the Congo and Gabon.


Only a few works particularly those collected by the colonial administrator Aristide Courtois, made their way to Europe in the 1930s. It was around this time that the ancestral rites of the Kwele people were largely abandoned and the great artists ceased to create artworks. Celebrated from the offset for the purity of their form, these works entered the collections of avant-garde Europeans such as Tristan Tzara, Stephen Chauvet, the painter Charles Lapicque, and in the case of this mask, Felix Fénéon, and from 1931, the collection of the Czech film set decorator, Vincent Korda.

Kwele masks are rare, and through the development of elementary forms of language and gesture (LaGamma, 2007: 297), they appealed precisely to the sensibility of these avant-garde artists who were in search of a new aesthetic, which Tzara was to term a return to an 'authentic experience'. The apparent simplicity of the mask's form is complimented by the expressive face, where the purity of the simple lines is echoed in the luminosity of the white pigment. The impact of the stylized 'heart-shaped' face is intensified by the rhythm of the faceted planes that project the face forward, mirrored in the ample sweep of the enveloping horns.


Although the art of the Kwele made an impact on Western taste from the moment of its discovery in the 1920s, it was paradoxically not until the 1960s that the first academic studies were conducted in this field. Those devoted specifically to the Kwele are mainly by Léon Siroto (1972, 1995) and Louis Perrois (2001). In the typology of Kwele masks, as defined by these two researchers, the offered mask is of the type known as a 'horn encircled' mask, and these masks have been identified as symbols of the
beete initiation society. Bringing together leaders and warriors, the beete 'took the role of mobilizing the magic forces of a community in order to resolve moments of crisis, to ward off danger, or to promote the collective life of the village' (Perrois, 2003: 108). This iconic mask evokes both the tutelary guardian, through the stylized face, and a spirit of the forest, kuk, in the reinterpretation of the horns of a great antelope (Perrois, 2001: 98).

Within the small corpus of old 'horn encircled' Kwele masks - an anthro-zoomophic form linking the world of man with that of the forest – each one is strikingly unique. Other celebrated examples are housed in the musée du Quai Branly, Dapper, Barbier-Mueller and in La Rochelle (
cf. Perrois, idem: n° 10, 13, 15, 16). Each example expresses the individual vision of the sculptor, magisterially interpreting the clairvoyant and magical power of a mythical entity.

Arts d'Afrique et d'Océanie

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