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PROVENANT D'UNE PRESTIGIEUSE COLLECTION AMÉRICAINE

Wifredo Lam
L'ARBRE AUX MIROIRS
JUMP TO LOT
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PROVENANT D'UNE PRESTIGIEUSE COLLECTION AMÉRICAINE

Wifredo Lam
L'ARBRE AUX MIROIRS
JUMP TO LOT

Details & Cataloguing

Art Impressionniste & Moderne

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Paris

Wifredo Lam
1902 - 1982
L'ARBRE AUX MIROIRS
signé Wifredo Lam et daté 1945 (en bas à droite)
huile sur toile
100,9 x 125,7 cm
39 3/4 x 49 1/2 in.
Peint en 1945.
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Provenance

Pierre Matisse Gallery, New York
Joseph Cantor Foundation, Indianapolis
Vente : Sotheby's, New York, 27-29 novembre 1984, lot 50
Acquis lors de cette vente par le propriétaire actuel

Exhibited

New York, Pierre Matisse Gallery, Lam, Recent Paintings, 1945
Urbana, University of Illinois, College of Fine and Applied Arts, Exhibition of Contemporary American Painting, 1950, no. 76 (titré The Tree of Mirrors)
Illinois, Univeristy of Notre-Dame Art Gallery, Wifredo Lam, 1961

Literature

William S. Rubin, Dada and Surrealist Art, New York, 1969, no. 377, reproduit p. 377
Max-Pol Fouchet, Wifredo Lam, Barcelone & Paris, 1976, no. 396, reproduit p. 234
Lou Laurin-Lam, Wifredo Lam. Catalogue Raisonné of the Painted Work, Lausanne, 1996, vol. I : 1923-1960, no. 45.39, reproduit p. 378 & no. 71, reproduit p. 110
Lowery Stocke Sims, Wifredo Lam and the international avant-garde, 1932-1982, Austin, 2002, p. 80

Catalogue Note

signed 'Wifredo Lam' and dated '1945' (lower right), oil on canvas. Painted in 1945.

"Liseur d'entrailles et de destin violets,
Récitant de macumbas,
Mon frère
Que cherches-tu à travers ces forêts
De cornes de sabots d'ailes de chevaux."
Aimé Césaire, Moi, Laminaire, 1982

Lorsqu'il peint L'Arbre aux miroirs en 1945, Wifredo Lam est à un moment charnière de sa carrière. Cela fait alors quatre ans, après deux décennies passées en Europe (en Espagne puis en France) que Lam est revenu à Cuba, son pays natal, embarquant en mars 1941 sur le 'Capitaine Paul Lemerle' avec de nombreux autres artistes et intellectuels afin de fuir la France occupée.

Ce retour sur la terre de ses origines est d'une importance fondamentale dans le travail du peintre. Tout d'abord parce que c'est pendant cette traversée entre la France et le continent américain, lors d'une escale forcée de quelques semaines en Martinique, qu'il fait la connaissance d'Aimé Césaire, le poète et l'apôtre de la  "négritude" qui devient l'un de ses plus proches amis. A son contact, Lam prend pleinement conscience de ses racines africaines (sa mère, Ana Serafina Lam, descendait d'une esclave congolaise) et il se reconnaît dans les textes du poète, notamment ceux du Cahier d'un retour au pays natal dont il illustrera l'édition cubaine de 1943. Lorsqu'il débarque à Cuba en 1941, la précarité dans laquelle sont laissées les populations noires de l'île et la négation de leurs racines culturelles africaines le meurtrit profondément. La peinture devient alors pour lui un instrument de lutte politique par lequel il exprime l'aspiration à la liberté et à l'identité des afro-cubains : "J'ai commencé à fabriquer des tableaux dans la direction africaine".

Au delà de cet engagement politique, ce retour à Cuba est l'occasion pour Lam de renouer avec les racines et les croyances de son enfance. Lam a en effet été élevé à Sagua la Grande, au milieu des rites et des traditions de la Santeria (l'équivalent du Vaudou haïtien), croyance syncrétique mêlant dieux issus des croyances yorubas et saints de la religion catholique. Pendant son enfance, il est notamment fasciné par sa marraine, la prêtresse et guérisseuse Mantonica Wilson, qui lui enseigne comment dialoguer avec les dieux et l'initie aux rituels magiques de la Santeria. Cette éducation forge les fondements de l'imaginaire de Lam enfant puis de l'artiste qu'il deviendra. L'enfant qu'est Lam évolue dans un monde peuplé de fantômes et d'esprits, où monde réel et hallucinations se mêlent inextricablement : "Quand j'étais petit, j'avais peur de mon imagination. Près de notre maison [...] commençait la forêt. Je n'avais jamais vu de fantômes mais je les inventais. Si je me promenais pendant la nuit, je craignais la lune, l'œil de l'ombre".  A son retour à Cuba en 1941, Lam redécouvre ces rites notamment grâce à l'anthropologue Lydia Cabrera et à sa sœur Eloisa qui lui permet d'assister à des cérémonies de la Santeria.

C'est tout cet univers magique qui est retranscrit dans L'Arbre aux miroirs. Lam fait ici surgir de la forêt tropicale tout un monde de divinités, de démons et de forces métaphysiques tirant leurs origines de la mythologie Yoruba. Le titre même de l'œuvre est une allusion à deux éléments essentiels de sa jeunesse : la forêt, lieu privilégié de la magie Yoruba, et les miroirs, qui hantèrent Lam enfant car il y voyait apparaître des fantômes. Avec ce tableau, Lam initie donc le spectateur aux mystères de la mythologie afro-cubaine. Autour du petit personnage visible dans la partie inférieure gauche de la composition, et qui représente très certainement le peintre enfant, apparaît un monde fantomatique peuplé d'êtres invisibles, de cornes menaçantes et d'oiseaux mystérieux, ces derniers incarnant les orishas, divinités centrales de la mythologie afro-cubaine.

Ce tableau est peint par Lam en 1945, au moment-même où il atteint la consécration en tant qu'artiste. La Jungle, son premier chef d'œuvre peint à son retour à Cuba, vient en effet d'être acquis par le Museum of Modern Art (MoMA) de New York afin d'y être exposé aux côtés des Demoiselles d'Avignon de Picasso. Grâce au soutien du célèbre galeriste Pierre Matisse à qui André Breton l'a présenté et qui l'a déjà exposé à deux reprises en 1942 et en 1944, Lam bénéficie en outre d'une réputation désormais solidement établie dans le milieu artistique new-yorkais.

L'Arbre aux miroirs appartient à une série de tableaux que le peintre réalise en parallèle d'œuvres plus monumentales. A l'instar d'œuvres comme Les oiseaux volés ou Sur les traces (Transformation), peints au cours de la même période, Lam adopte ici une technique vibrante, des couleurs raffinées et scintillantes et une touche plus délicate et plus évanescente que dans ses œuvres antérieures, propre à traduire la magie insaisissable de la jungle cubaine. Ce tableau fut sélectionné par Lam pour y être présenté dans l'exposition individuelle Lam, recent paintings que lui consacra Pierre Matisse en juin 1945. Cette exposition valut au peintre de nombreuses critiques élogieuses, telles notamment celles de Margaret Breuning qui décrit comment Lam crée dans les œuvres de 1945 "un mystérieux univers occulte gouverné non par les lois qui régissent notre cosmos mais par une magie sous-jacente" (Margaret Breuning, "Lam's Magical Incantations and Rituals", Art Digest, no. 20, 1 décembre 1945). Peintre de la synthèse de la magie africaine et de l'art occidental, ce tableau est l'illustration parfaire de cette phrase d'Aimé Césaire en 1946 : "Nourri de sel marin, de soleil, de pluie, de lunes merveilleuses et sinistres, Wifredo Lam est celui qui rappelle le monde moderne à la terreur et à la ferveur premières".

                                                   * * *

Painted in 1945, L'Arbre aux miroirs was conceived at a pivotal moment in Wifredo Lam's career. After two decades spent in Europe (in Spain and then in France), Lam had returned to his native Cuba four years previously when he embarked on the 'Capitaine Paul Lemerle' in March 1941 alongside numerous other artists and intellectuals wishing to escape occupied France.


This return to the land of his origins was of fundamental importance to the painter. If not merely because it was during the voyage between France and the American continent, during an enforced stopover of several weeks in Martinique, that Lam made the acquaintance of Aimé Césaire, the poet and prominent exponent of 'négritude' who was to become one of the artist's closest friends. Through his friendship with Césaire, Lam became fully conscious of his African roots (his mother, Ana Serafina Lam, was a descendant of a Congolese slave) and he grew to identify with the poet's texts, notably his Cahier d'un retour au pays natal (the 1943 Cuban edition of which Lam illustrated). When Lam finally disembarked in Cuba in 1941, he was deeply wounded to observe the bleak precariousness in which the black population of the island were living and the negation of their African cultural roots. Painting became a political instrument through which Lam sought to express the Afro-Cuban aspirations of liberty and identity: "I started to make paintings in the African direction".


Beyond this political engagement, the return to Cuba was the occasion for Lam to revisit his childhood beliefs. Indeed, Lam was brought up in Sagua la Grande, surrounded by the rites and traditions of Santeria (a variant of Haitian voodoo), a syncretic faith which combines the gods of the Yoruba religion and the saints of Catholicism. As a child, Lam was particularly fascinated by his godmother, the priestess and healer Mantonica Wilson, who taught him how to speak to the gods and initiated him into the magical rituals of Santeria. This education forged the foundations of the imaginative world of the child Lam and that of the artist he would become. Lam grew up in a world populated by phantoms and spirits, where the real world and hallucinations were inextricably entwined: "When I was young, I was afraid of my own imagination. Not far from our house [...] the forest began. I had never seen phantoms, but I invented them. If I was walking alone at night, I was afraid of the moon, the eye of the shadow." Upon his return to Cuba in 1941, Lam rediscovered these rites and rituals, particularly owing to the anthropologist Lydia Cabrera and her sister Eloisa who allowed him to attend Santeria ceremonies.


It is this magical universe which is transcribed into L'Arbre aux miroirs. Lam rouses and summons forth from the tropical forest a whole world of divinities, demons and metaphysical forces originating in Yoruba mythology. Indeed, the title of the present work is an allusion to two central elements of his childhood universe: the forest, a privileged component of Yoruba magic, and mirrors, which haunted the young Lam who saw phantoms appear in them. Lam here initiates the viewer into the mysteries of Afro-Cuban mythology. Around the tiny figure in the lower left of the composition, which no doubt represents the artist as a child, a ghostly world of invisible beings, winged and with menacing horns, representing the Orishas of Afro-Cuban mythology materialises.


Painted in 1945, Lam created the present work at the very moment he achieved official recognition as an artist of major importance; the Museum of Modern Art (MoMA) in New York had just acquired the first masterpiece he had painted upon his return to Cuba, La Jungle, which was promptly displayed alongside Picasso's Demoiselles d'Avignon. Owing to the further support of the famous gallery-owner Pierre Matisse, to whom he had been introduced by André Breton and who, in 1942 and 1944, had already exhibited Lam's work in his gallery, Lam went on to benefit from a firmly established reputation in the New York art world.


L'Arbre aux miroirs belongs to a series of works which the artist painted parallel to his celebrated monumental works. As in works such as Les Oiseaux volés and Sur les traces (Transformation), painted during this same period, Lam here adopts a vibrant technique, dazzling, refined colours and a touch which is both more delicate and evanescent than in his previous works, befitting the transcription of the elusive magic of the Cuban jungle. Lam chose to present L'Arbre aux miroirs in the exhibition Lam, Recent paintings, which was hung in his honour by Pierre Matisse in June 1945. The exhibition was much lauded by critics, notably Margaret Breuning who described how Lam, in his works of 1945, had created "a mysterious and occult universe governed not by the laws of our cosmos but by an underlying magic of its own" (Margaret Breuning, "Lam's Magical Incantations and Rituals", Art Digest, no. 20, 1st December 1945). L'Arbre aux miroirs is a painting in which Lam intuitively synthesizes his profound understanding of both African magic and Occidental art, and is thus the perfect illustration of Aimé Césaire's declaration in 1946: "Nourished by the salt of the sea, the sunshine, the rain, by spellbinding and sinister moons, Wifredo Lam is the one who reminds the modern world what primeval terror and fervour could be".

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