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PROVENANT D'UNE PRESTIGIEUSE COLLECTION PARTICULIÈRE EUROPÉENNE

Matta
LE PENDU (THE HANGED MAN)
Estimate
1,000,0001,500,000
LOT SOLD. 1,800,750 EUR
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PROVENANT D'UNE PRESTIGIEUSE COLLECTION PARTICULIÈRE EUROPÉENNE

Matta
LE PENDU (THE HANGED MAN)
Estimate
1,000,0001,500,000
LOT SOLD. 1,800,750 EUR
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Details & Cataloguing

Art Impressionniste & Moderne

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Paris

Matta
1911 - 2002
LE PENDU (THE HANGED MAN)

L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par Germana Matta Ferrari.

Provenance

The Museum of Modern Art, New York
Galerie Byron, New York
Collection particulière, Europe (acquis auprès du précédent en 1972)

Exhibited

New York, The Museum of Modern Art ; Minneapolis, Walker Art Center ; Boston, Institute of Contemporary Art, Matta, 1957-58
Paris, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, André Breton. La Beauté convulsive, 1991 (titré The Hanged Man)
Valence, Institut Valencià d'Art Moderne & Bilbao, Museo de Bellas Artes, Matta 1911-2011, 2011, no. 2

Literature

XXe Siècle, no. 43, décembre 1974, reproduit p. 128 (daté 1941)
Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou (ed.), Matta (catalogue d'exposition), Paris, 1985, reproduit p. 41

Catalogue Note

oil on canvas. Painted in 1942.

"Les procédés perspectifs projettent sous forme de métaphores spatiales les tensions, les ambigüités, les contradictions, les frustrations de la réalité psychique. L'espace est rempli de pièges et d'obstacles imprévus ; les lignes de fuite nous tiraillent en des sens opposés par l'entremise de plans à demi dématérialisés qui se plient, se cassent ou se dissolvent sous la pression du mouvement. De telles toiles atteignent à coup sûr le dessein que Matta avait défini comme l'un de ses buts essentiels : 'la création d'un nouvel espace, un espace du sentiment'."
William Rubin, "Matta aux Etats-Unis. Une note personnelle", catalogue de l'exposition Matta, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou,1985

L'arrivée de Matta à New York en octobre 1939 joue le rôle d'un cataclysme pour la jeune génération d'artistes américains. La toute jeune recrue du groupe surréaliste – il n'a rejoint le mouvement qu'en 1937 et en est le plus jeune représentant – fait rapidement la conquête du milieu artistique new-yorkais, devenant l'apôtre de l'automatisme. Grâce à ses rencontres, et en particulier celle du galeriste Julien Levy qui organise sa première exposition individuelle aux Etats-Unis en avril 1940, il devient l'une des figures centrales de la scène artistique américaine.

1942 est une année centrale dans la carrière du peintre : année de reconnaissance publique, ainsi qu'en témoignent les prestigieuses expositions le mettant à l'honneur, qu'il s'agisse de la célèbre exposition Artists in Exile à la galerie Pierre Matisse ou de l'exposition individuelle que lui consacre le même Pierre Matisse et qui fut saluée par André Breton comme l'un des moments forts de la vision surréaliste de l'homme et du monde ; année d'accomplissement artistique également, les tableaux de cette période étant parmi les plus aboutis dans la carrière de l'artiste. Il suffit, pour s'en convaincre, de se remémorer les paroles d'Octavio Paz : "Pour définir la position exceptionnelle de Matta au cours de cette décennie, rien de mieux que d'imaginer un triangle  géographique, historique et spirituel : Amérique du Sud (Chili), Europe (Paris) et Amérique du Nord (New York et Mexico). Plus encore que les trois temps, les trois côtés ou visages de notre civilisation. Triangle incarné par une personne et une année : Matta, 1942" (Octavio Paz, "Vestibule", catalogue de l'exposition Matta, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris, 1985).

Le Pendu s'inscrit dans la série des tableaux mythiques de Matta peints entre 1941 et 1942, où l'artiste démontre une parfaite maîtrise dans le procédé de l'automatisme (Matta a ici laissé dégouliner la peinture sur la toile avant de l'essuyer à grands coups de chiffons) tout en mettant en scène des sujets radicalement novateurs. A l'instar de Here Sir Fire, Eat! ou de The Disasters of Mysticism, peints au même moment, le tableau résulte de la convergence de plusieurs évènements cruciaux dans l'évolution artistique de Matta.

Le Pendu est avant tout le fruit d'une rencontre : celle de Matta avec Duchamp. Les deux hommes font connaissance en 1937 et, lorsqu'ils se retrouvent à New York pendant la guerre, prennent l'habitude de déjeuner régulièrement ensemble. Une œuvre de Duchamp de 1923, en particulier, fascine Matta : il s'agit de La Mariée mise à nu par ses Célibataires, même (Le Grand Verre). Le jeune peintre a découvert cette œuvre dans un numéro des Cahiers d'Art puis a pu la voir chez sa propriétaire de l'époque, Katherine Dreier. Cette œuvre eut sa vitre brisée pendant un transport et le réseau de fissures dans le verre qui en résulta, œuvre du hasard qui anoblit et embellit l'œuvre originelle, influença fortement Matta. C'est ce même réseau de fissures irrégulières que Matta s'emploie à retranscrire dans nombre de ses œuvres des années 1941-42, et tout particulièrement dans Le Pendu où les lignes blanches et noires acérées visibles dans toute la partie droite et basse du tableau évoquent directement les éclats du verre tranchant.

Appartenant à cette série d'œuvres que Matta qualifiait lui-même de "chaoscosmiques", Le Pendu témoigne également de la fascination du peintre pour les phénomènes volcaniques, découverts lors d'un voyage au Mexique en 1941 au cours duquel il prit conscience de la "puissance terrifiante de la terre". Le tableau plonge ainsi le spectateur dans un univers disloqué où les fragments d'un monde en fusion s'entrechoquent. Allusion probable au conflit mondial contemporain de l'œuvre, ce chaos se fait également l'écho des tourments personnels de l'artiste, alors sur le point de devenir père. Ainsi qu'il le confiait dans un entretien avec Romy Golan, la formation à gauche d'où émerge la figure du pendu est également une évocation de la double forme fœtale de ses jumeaux à naître, lesquels semblent flotter dans un univers apocalyptique, traduisant l'angoisse de l'artiste à l'idée de devenir père en pleine période de guerre.

Au-delà de cette interprétation personnelle, Le Pendu est enfin une métaphore de la recherche alchimique que menait alors Matta (Breton le décrivait comme un "visionnaire à la recherche de l'agate") et il est très probable que la concrétion fluorescente dans la partie gauche du tableau figure cette pierre philosophale fantasmée. Le titre même du tableau trouve d'ailleurs son origine dans une des cartes du tarot, jeu très en vogue alors dans le groupe surréaliste : la carte du pendu, représentant un personnage pendu tête à l'envers, est traditionnellement le symbole de celui qui médite et plonge dans un monde intérieur, allusion à la quête philosophique de l'artiste.



Matta's arrival in New York in October 1939 had a remarkable and somewhat incendiary effect on the younger generation of American artists. The fresh-faced recruit of the Surrealist group – having joined the movement only two years previously, he was easily the youngest member – rapidly conquered the New York art scene, becoming a great proponent of automatism. Owing to his new acquaintances, and in particular the gallery-owner Julien Lévy who, in April 1940, organised the artist's first solo exhibition in the United States, Matta was soon an important and established figure in the wider American art world.

The year 1942 proved to be a decisive moment in Matta's career; it was the year in which he achieved a hitherto unprecedented level of public and critical acclaim, as can be testified by the number of prestigious exhibitions in which he participated at the time – from the legendary Artists in Exile show at Pierre Matisse's Gallery, to the solo exhibition held in his honour at this same gallery which was hailed by André Breton as one of the strongest ever manifestations of the surrealist vision, that of both one man and the world. It was a year of equally significant artistic advancement and the works of this period can be considered amongst the most accomplished of all Matta's œuvre. Speaking of the immeasurable importance of this period in the artist's evolution Octavio Paz stated: "The best way to define Matta's unique position in that decade is to imagine a geographical, historical and spiritual triangle: South America (Chile), Europe (Paris), and North America (New York and Mexico). More than three times, the three faces of our civilization. A triangle embodied by a person and a year: Matta, 1942" (Octavio Paz, 'Vestibule' in Matta (exhibition catalogue), Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris, 1985).

Le Pendu belongs to a series of iconic works painted by Matta between 1941 and 1942 in which the artist demonstrates his complete mastery of automatism (Matta lets the paint trickle and drip down the canvas before catching it with great sweeps of his cloth) whilst all the while engaging with radically innovative subject matter. The present work, akin to other contemporaneous works such as Here Sir Fire, Eat! and The Disasters of Mysticism, is the result of a unique convergence of several crucial happenings in the artistic evolution of the artist.

Le Pendu is primarily the fruit of an encounter: that of Matta with Duchamp. The two men met in 1937 and, whilst they were both in New York during the war, made a habit of regularly lunching together. One particular work by Duchamp, La Mariée mise à nu par ses Célibataires, même (Le Grand Verre) of 1923, intensely fascinated Matta. The young painter had discovered this work in an edition of Cahiers d'Art before seeing it in person at the house of its then owner, Katherine Dreier. The glass covering this work had been broken during transportation and the resultant network of cracks, a random work of chance which ennobled and embellished the work, had a great influence on Matta. It is this same random network of cracks that Matta endeavours to emulate in a number of works painted between 1941-42, especially the present work where the sharp black and white lines visible in the lower and right parts of the composition are particularly redolent of jagged splinters of glass.

Related to the series of works which Matta himself qualified as "chaoscosmic", Le Pendu also testifies to the painter's equal fascination for volcanic activity which he first experienced during a trip to Mexico in 1941 when he is said to have realised the "terrifying power of the earth". The present work plunges the observer into this dislocated universe where molten fragments of the world crash together. A probable allusion to the terrible global conflict which provides the immediate context for this work, this chaos could equally be a reflection of the artist's very personal torment; he was on the verge of becoming a father for the first time. As he confided in an interview with Romy Golan, the distinctive form on the left side of the composition from which the figure of the hanged man looms is also an evocation of the double foetal form of his unborn twins, floating in an apocalyptic universe and powerfully translating the anxiety of the artist at the idea of becoming a father in the middle of a world war.

Beyond this personal interpretation, Le Pendu ultimately represents a metaphor of Matta's almost alchemical artistic quest (Breton described him as a "visionary, seeking agate") and it is certainly possible that this fluorescent configuration constitutes an image of the ever-chimerical philosopher's stone. The title of the present work finds its origins in Tarot cards, a game which was in vogue with the Surrealists at the time: the card in question, depicting an upside-down hanged man, is traditionally the symbol of one who meditates and dwells within an interior world; an allusion to the philosophical pursuit of the artist.

 

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