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Details & Cataloguing

Contemporary Art

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Paris

Jean-Michel Basquiat
1960 - 1988
JOY
signé, titré et daté au dos
acrylique, crayon gras et collage de papiers Xerox sur toile
218,4 x 172,7 cm; 86 x 68 in.
Exécuté en septembre 1984.
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Provenance

Tony Shafrazi Gallery, New York
Gagosian Gallery, New York
Vente: Phillips, de Pury et Company, Londres, 28 février 2008, lot 154
Vente: Sotheby's, New York, 12 novembre 2008, lot 481

Exhibited

Paris, Galerie Enrico Navarra, Jean-Michel Basquiat - Paintings, 1996

Literature

Richard Marshall et Jean-Louis Prat, Jean-Michel Basquiat - Vol.I, 1ère édition, Paris, 1996, p.167, illustré en couleurs
Richard Marshall et Jean-Louis Prat, Jean-Michel Basquiat - Vol.I, 2ème édition, Paris, 1996, p.203, illustré en couleurs
Catalogue d'exposition : Kaohsiung, Kaohsiung Museum of Fine Arts - Taichung, Taichung Museum, Jean-Michel Basquiat, 1997, p.59, illustré en couleurs
Catalogue d'exposition : Séoul, Gallery Hyundai, Jean-Michel Basquiat, 1997, p.53
Catalogue d'exposition : Tokyo, Mitsukoshi Museum - Marugame, M.I.M.O.C.A., Jean-Michel Basquiat, 1997, p.65, illustré en couleurs
Catalogue d'exposition : Forte dei Marmi, Galleria Dante Vecchiato - Cortina d'Ampezzo, Galleria Dante Vecchiato, Jean-Michel Basquiat, 1999, p.25
Catalogue d'expiosition : Naples, Castel Nuovo, Jean-Michel Basquiat, 1999, p.89, illustré en couleurs
Enrico Navarra, Jean-Michel Basquiat - Vol.III, 3ème édition, Paris, 2000, p.188, illustré en couleurs
Géraldine Pfeffer-Lévy, Jean-Michel Basquiat - Vol.I, 3ème édition, 2000, p.273, illustré en couleurs

Catalogue Note

signed, titled and dated on the back; acrylic, oilstick, Xerox collage on canvas. Executed in September 1984.

" La joie est la meilleure défense contre le démon."
(Thomas de Celano, Vita Secunda,  paragraphe 125)

Big Joy, 1984, 218,5 x 172,5 cm, Collection particulière © The Estate of Jean-Michel Basquiat / ADAGP, Paris 2010
Red Joy, 1984, 218,5 x 172,5 cm, Collection particulière © The Estate of Jean-Michel Basquiat / ADAGP, Paris 2010
Basquiat à New York, 1988, © D.R.

La figure humaine est au centre de l'œuvre de Basquiat. Originaire d'Haïti par son père et de Portorico par sa mère, Basquiat est concerné par la question du racisme et de l'histoire du peuple noir. Il le représente dans son œuvre à travers ses grands jazzmen, boxeurs etc.  Après avoir annoncé que Samo était mort fin 1978, et qu'il se consacrait désormais à la peinture, Basquiat n'en continue pas moins à mêler les mots, les signes, les symboles à ses peintures. Joy est à ce titre exemplaire de ce travail. Les signes sont agglutinés, télescopés, biffés et enserrent la figure de l'homme noir dans laquelle Richard D. Marshall voit Charlie Parker. (Les Dessins de Jean-Michel Basquiat, in Galerie Enrico Navarra, Basquiat, Œuvres sur papier, Paris, 1999)

Basquiat s'est constitué très vite un répertoire de symboles, renvoyant à diverses expériences de sa vie et à ses origines, dans lequel il puise abondamment pour construire ses œuvres. Parmi ses signes célèbres, la couronne et le copyright, issu de son passé de graffeur sont présents dans Joy. De multiples références à la médecine apparaissent également. Gregor Mendel, père de la génétique voit son nom cité à de multiples reprises dans sa composition. Les images d'anatomie renvoient quant à elle à un épisode de son enfance, au mois de mai 1968, quand il est renversé accidentellement par une voiture. Pendant sa convalescence, sa mère lui offre l'Anatomie de Gray, ouvrage qui le fascine et produit une influence profonde sur nombre de ses œuvres.

Son admiration pour les jazzmen noirs et sa connaissance de leur répertoire musical transparaît souvent dans ses peintures. Miles Davis voit son nom apparaître à droite du personnage. Charlie Parker, idole de Basquiat, est symbolisé par les lignes de portée de la chanson Red Cross, morceau bebop mythique enregistré par Tiny Grimes, dont le nom apparaît en haut à gauche, avec le Bird par le label Savoy en 1945. Le saxophone de Parker est visible à deux reprises dans Joy.

L'univers du cartoon américain, par leur efficacité visuelle et leur liberté stylistique sont présents à travers des onomatopés comme «slam» ou «pouf», un chat, une souris qui rappelle Mickey, le dessin «smoke bomb». Premiers souvenirs d'artiste de Basquiat quand il dessinait enfant, d'après les dessins animés qu'il regardait à la télévision.

Comme le rappelle Jeffrey Deitch dans son compte rendu de l'exposition à la galerie Annina Nosei à New York en mars 1982: «La grande force de Basquiat est son habileté à mêler sa perception des images de la rue, des journaux et de la télévision, avec la spiritualité de son héritage haïtien, et de les fondre l'une et l'autre dans une compréhension merveilleusement intuitive du langage de la peinture moderne»

Basquiat intègre continuellement des dessins dans ses peintures, ce procédé lui permettant d'enrichir le contenu de son œuvre. Mais la technique du collage de Xerox, que l'on peut voir dans Joy, est probablement celle qui lui permet avec le plus d'efficacité de composer encore plus largement avec son répertoire: il réutilise certains de ses dessins en les photocopiant et en les collant sur des toiles, jouant à faire apparaître seulement certaines parties des feuille en des endroits différents. Dans Joy sont visibles Untitled (Tiny Grimes) et Untitled (Francesco Clemente), mais aussi des photocopies d'autres dessins incluant des références à Miles Davis, Titien, les «12 Apôtres», le «Combat du Championnat» et «Célèbre».

Si deux autres œuvres de Basquiat portent le titre Joy: Big Joy et Red Joy, c'est seulement dans ce dernier que la figure de Charlie Parker réapparaît dans un collage. Que ce titre soit associé des deux œuvres à Charlie Parker est symbolique, lui que Basquiat a représenté souriant à pleine dents dans son dessin. Sans voir ces trois œuvres comme une série, elles montrent que la mort, la violence, la maladie ne sont pas les seuls sujets de l'artiste comme le rappelle Johnny Depp:

« Certaines de ses œuvres me tuent  et d'autres me laissent complètement indifférent. Mais dès qu'il vous touche, vous êtes saisis par l'émotion, ou bien vous vous retrouvez douloureusement pliés en deux de rire. En effet, en dépit de toute l'honnêteté, l'histoire et l'expérience de la vie qu'il vomissait dans ses dessins, peintures, objets, écrits etc..., il possédait un sens de l'humour des plus corrosifs. Même dans certaines de ses œuvres les plus poignantes, son sens diabolique de l'absurde transparaissait tel des copains de bande, sans aucun filtre. Il en était de même pour ses désillusions sincères à l'égard de la race humaine et les espoirs qu'il mettait en elle. Les images qui viennent à l'esprit, signature de ses états d'âme, sont les suivantes : la couronne, l'auréole d'épines, des portraits dépourvus de chair, des organes vitaux pompant du sang – veinés de bleu ou exempts de toute vie, ses héros d'enfance Hank Aaron et Charlie Parker, etc., portés au rang de saints pour l'éternité, l'hommage rendu à ses ancêtres, des référence continuelles de son enfance. (...) il n'a jamais été véritablement capable de dissimuler ses sentiments ou ses influences dans son œuvre.» Johnny Depp, Basquiat et ses peintures, in Galerie Enrico Navarra, Jean Michel Basquiat, Paris, 2000

 

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