Lot 14
  • 14

Magnifique coupe royale, peuples Kalundwe, Luba occidentaux, République Démocratique du Congo

Estimate
70,000 - 100,000 EUR
Sold
161,550 EUR
bidding is closed

Description

  • Magnifique coupe royale, peuples Kalundwe, Luba occidentaux

Provenance

Pierre Dartevelle, Bruxelles
Acquise d'Hélène et Philippe Leloup, Paris

Literature

Exposée et reproduite dans:
Neyt, Luba, aux sources du Zaïre, 1993 : 212, catalogue de l'exposition, Musée Dapper, Paris, 25 novembre 1993 – 17 avril 1994
Dapper, Réceptacles, 1997 : 112, catalogue de l'exposition, Musée Dapper, Paris, 23 octobre 1997 – 30 mars 1998
LaGamma, Genesis, Ideas of origin in African sculpture, 2002 : 51, n°18, catalogue de l'exposition, The Metropolitan Museum of Art, New York, 19 novembre 2002 – 13 avril 2003

Catalogue Note

Les coupes royales en forme de tête humaine et dont les réceptacles jumeaux se trouvent sur la partie inférieure comptent parmi les plus rares des objets cérémoniels Luba ou apparentés aux Luba. Il existe très peu d'objets de ce type et chacun se singularise par son élaboration esthétique. La plupart de ces coupes proviennent des Kanyok et des groupes apparentés du centre-ouest du pays Luba. Celle-ci a été attribuée, en raison de certaines caractéristiques formelles, à un atelier situé dans la région de Kalundwe (Felix, 1987 : 48-49; Neyt, 1993 : 212), située non loin du cœur du pays Luba. Elle présente aussi une ressemblance marquée avec une coupe exposée au Museum für Völkerkunde de Berlin, acquise en 1925 auprès de Hermann Haberer.

La coupe de Berlin et celle-ci sont très comparables: elles arborent toutes deux une coiffure imposante composée de voluptueux chignons élégament striés, des yeux en forme de cauris et une langue émergeant légèrement entre les lèvres. Cette coupe ne possède pas les épingles métalliques ornant la coupe de Berlin,  qui servent à « capturer l'esprit » (Roberts et Roberts, 1996, p.68; 2007, p.32). Toutefois le trou percé ici au sommet de la coiffure était sans doute utilisé pour activer la tête sculptée et la rendre opérante en y insérant de puissantes substances médicinales.

Ce type de coupe Luba a fait l'objet d'une étude par Albert Maesen, ancien directeur du département d'ethnographie au Musée Royal de l'Afrique Centrale à Tervuren, qui a mené une mission de recherche et de collecte dans le sud du Congo belge dans les années 50. Maesen rapporte que, chez les Kanyok, les récipients servant aux boissons royales sont les seuls objets qu'il ne lui fut pas permis de voir dans le lieu où sont gardés les emblèmes du souverain, notamment les trônes et les sceptres. Il pût néanmoins observer les boîtes rectangulaires dans lesquelles les coupes étaient conservées mais fût informé que ces dernières n'étaient utilisées que lors de l'investiture du souverain et lors de certaines occasions sacrées (A. Maesen, communication personnelle, 1987).

Maesen découvrit que les coupes royales appelées musenge étaient aussi utilisées lors de cérémonies en l'honneur de l'esprit des ancêtres paternels, au cours desquelles le célébrant faisait une offrande de manioc cuit et le souverain entrait en communion avec ses ancêtres. Le conseiller principal, appelé Shinga Hemb, buvait du vin de palme dans le réceptacle situé d'un côté de la coupe puis la passait aux autres participants qui buvaient dans celui situé de l'autre côté. Les mêmes gestes étaient reproduits après les séances de divination ou lors de l'apparition d'une nouvelle lune (A. Maesen, communication personnelle, 1982).

Le secret qui entoure ces coupes et leur nombre limité suggère une autre association possible : les premières sources coloniales et la tradition orale signalent l'importance que revêtait, pour son successeur, le crâne du souverain précédant. Le crâne était le véhicule par lequel il obtenait le pouvoir, la bénédiction et le savoir de son prédécesseur et qui consolidait son propre maillon dans la chaîne de l'autorité morale et politique. La méditation silencieuse en présence du crâne constituait un élément essentiel de l'investiture et certains écrivains allèguent que le roi buvait du sang humain contenu dans le crâne afin de passer du statut d'être humain à celui de demi-dieu souverain (Verbeke, 1937, p.59; Van Avermaet et Mbuya, 1954, p.709-711; Theuws, 1962, p.216). En effet le terme Luba signifiant la royauté, bulopwe, fait référence au « statut du sang » (Roberts et Roberts, 2007, p.32). On a affirmé que les coupes en bois sculpté pouvaient remplacer et symboliser les crânes lors des rituels importants (Huguette Van Geluwe, communication personnelle, 1982). Toutefois de telles assertions demeurent une explication hypothétique de l'existence de ces coupes magnifiquement ciselées et soigneusement dissimulées.

Il est difficile d'établir avec certitude le genre - féminin ou masculin - de cette tête saisissante. L'agencement complexe des cheveux suggère, au vu d'autre emblèmes Luba, une coiffure féminine. Toutefois les chefs et les rois pouvaient arborer des coiffures de femmes lors de leur investiture, renforçant ainsi la complexité inhérente à l'autorité politique chez les Luba. Dans la culture Luba ou apparentée aux Luba, il existe de nombreuses situations où les femmes se voient confier la garde des secrets royaux et exercent d'autres prérogatives et pouvoirs remarquables. Elles ont longtemps assumé des fonctions de diplomates, d'ambassadrices et de conseillères auprès de leurs homologues masculins et étaient garantes des fondements spirituels du pouvoir. Seul un corps de femme était considéré comme suffisamment fort pour contenir l'esprit d'un roi et les hauts responsables Luba faisaient fréquemment référence au roi en employant le féminin. La confusion des genres entretenue délibérément autour du pouvoir permet aux caractéristiques masculines et féminines de se rencontrer dans le bulopwe, le terme de royauté ne pouvant être caractérisé en fonction du sexe, tout comme le terme « kingship » dans un contexte anglophone.

Cette coupe royale présente un autre trait caractéristique qui dénote sa féminité : sa langue dépasse visiblement. Une explication a été fournie par une femme Luba du nom de Ngoi Zaina : la langue qui dépasse ainsi signale qu'une femme est prête à être courtisée, à se marier et à porter des enfants, ce qui montre qu'elle est dans la fleur de l'âge (Nooter, 1991, p.250). Les sculptures représentent le plus souvent des figures féminines parées des attributs de la beauté selon les Luba, notamment de nombreuses scarifications et d'élégantes coiffures. Un esprit sera attiré par un emblème royal qui comporte ces attributs tout comme les hommes le sont par des femmes portant des ornements similaires. De fait, cette coupe Luba devait attirer irrésistiblement les esprits, recevoir les secrets royaux et symboliser la continuité de la dynastie.

Mary Nooter Roberts, UCLA



Magnificent Royal cup, Kalundwe peoples, western Luba, Democratic Republic of the Congo

Royal cups shaped like human heads with twin drinking receptacles on their underside are among the rarest of Luba and Luba-related insignia. There are only a few such objects, and each is singular in its aesthetic elaboration. Most cups of this type have emanated from Kanyok people and perhaps related groups to the west of the Luba heartland. This cup has been attributed to a workshop in the Kalundwe region (Felix 1987: 48-49; Neyt 1993: 212), not far from the Luba heartland, as evidenced by certain formal attributes. It also bears a close resemblance to a cup in the Berlin Museum für Völkerkunde, purchased by the museum from Hermann Haberer in 1925.

            The Berlin and this cup are similar: Each possesses a dramatic coiffure with elegantly striated, voluptuous chignons, cowry-shell shaped eyes, and the tongue slightly protruding from the mouth. This cup does not have the metal pins that adorn the Berlin cup, which are used to "fasten the spirit" (Roberts and Roberts 1996: 68; 2007: 32). However, this example does have a hole carved into the top of the coiffure which may have been used for the insertion of powerful medicinal substances to activate the sculpted head and to render it efficacious.

            Luba cups of this sort were documented by the late Albert Maesen, former Head of the Ethnography Section at the Royal Museum of Central Africa in Tervuren, who conducted research and a collecting mission in southern Belgian Congo in the 1950s. Maesen reports that among the Kanyok, royal drinking vessels were the only objects he was not permitted to see in a storeroom in which the ruler's emblems were guarded, including thrones and scepters. He was allowed to view the rectangular box in which the cups were kept, but he was informed that they were only used during a ruler's investiture and for other sacred occasions (A. Maesen, personal communication, 1987).

Maesen found that royal cups called musenge were also used in a ceremony to honor paternal ancestral spirits, when a titleholder made an offering of cooked cassava while the ruler communed with his ancestors. The chief counselor named Shinga Hemb drank palm wine from one side of the cup and then passed it to the participants who drank from the other side. Similar acts were performed after divination or at the rising of a new moon (A. Maesen, personal communication, 1982).

The secrecy associated with these royal cups and their limited number suggests another possible association: Early colonial sources and oral traditions point to the importance of the skull of the previous ruler to the investiture of his successor. The skull was the vehicle through which the new ruler obtained power, blessing, and wisdom from his predecessor and validated his own link in the chain of political and moral authority. Quiet contemplation with the skull was essential to investiture, and some writers assert that the king consumed human blood from the cranium, to effect his transformation from an ordinary human being to a semi-divine ruler (Verbeke 1937: 59; Van Avermaet and Mbuya 1954: 709-711; Theuws 1962:216). Indeed, the Luba word for royalty, bulopwe," refers to "the status of the blood" (Roberts and Roberts 2007:32). It has been asserted that carved wooden cups might have replaced and symbolized the use of skulls in important rituals (Huguette Van Geluwe, personal communication, 1982). Such an assertion remains a hypothetical explanation for the existence of these beautifully carved and carefully concealed cups.

                            The gender of this strikingly sculpted head cannot be ascertained with certainty. Its elaborate coiffure would suggest a female hairdo judging from other Luba emblems, yet chiefs and kings were known to don women's coiffures during their investitures, thus reinforcing the complexities that Luba ascribe to political authority. In many contexts of Luba and Luba-related culture, women serve as guardians of royal secrets and possess other remarkable prerogatives and powers. They have long held roles as diplomats, ambassadors, advisors, and counselors to their male counterparts, and are responsible for the spiritual underpinnings of power itself. Only a woman's body is considered to be strong enough to hold the spirit of a king, and a king was often referred to as a woman by Luba officials. Such deliberately ambiguous gendering of power allows the special attributes of men and women to coalesce in bulopwe, the realm of royalty that is not qualified by gender, as the word "kingship" is in English-speaking contexts.

This particular royal cup has another trait that associates it with womanhood: its visibly protruding tongue. A Luba woman named Ngoi Zaina explained that this artistic motif was the sign of a woman ready for courtship, marriage, and childbearing, and therefore suggested that a woman was in the prime of her life (Nooter 1991: 250). Luba sculptures usually represent female figures with attributes of Luba beauty, including dense scarification marks and elegant coiffures. A spirit is attracted to an emblem of royal power that bears these marks of beauty, just as men are to those of a woman. In effect, a Luba cup such as this one must have been a magnet for spiritual power, a receptacle of royal secrets, and a symbol of continuity for the dynastic line.

Mary Nooter Roberts, UCLA

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